lundi, janvier 26, 2026

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Liban: une hausse insensée du marché de l’art liée au blanchiment d’argent

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Le marché de l’art est un secteur fascinant mais également complexe, où la spéculation, le blanchiment d’argent et l’art en tant que valeur refuge se croisent souvent, notamment dans des contextes de crise économique comme celui du Liban. Ce marché, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars à l’échelle mondiale, attire non seulement des passionnés et des investisseurs, mais aussi des individus avec des motivations parfois moins scrupuleuses. L’évolution du marché de l’art au Liban, avant et pendant la crise économique actuelle, illustre parfaitement les dynamiques de spéculation et de blanchiment d’argent qui traversent ce secteur.

Spéculation dans le marché de l’art : le cas libanais

Dans un contexte international, la spéculation est une pratique courante où les acheteurs acquièrent des œuvres d’art non seulement pour leur valeur artistique, mais aussi pour réaliser un profit à long terme. Ce phénomène a également été observé au Liban, où plusieurs secteurs artistiques ont connu une hausse des prix significative, avant et pendant la crise.

1. La peinture contemporaine libanaise
Avant la crise, les œuvres d’artistes contemporains libanais comme Ayman Baalbaki ou Nadim Karam étaient déjà prisées sur le marché international. Cependant, à partir de 2019, l’effondrement de la livre libanaise et les restrictions bancaires ont poussé de nombreux Libanais à investir dans l’art pour protéger leur capital. Le marché local a alors vu une forte demande pour ces artistes, faisant exploser les prix. Les œuvres de ces peintres sont devenues des objets spéculatifs, parfois achetés en devises étrangères puis exportés à l’étranger, facilitant ainsi la fuite de capitaux hors du pays.

2. Antiquités et patrimoine historique
Les antiquités, en particulier celles provenant des périodes phénicienne et byzantine, ont également vu leurs prix augmenter considérablement. Alors que la dévaluation rapide de la monnaie locale créait une incertitude économique, les antiquaires et collectionneurs se sont tournés vers ce marché pour sécuriser leurs investissements. Cela a conduit à une spéculation accrue, avec une demande internationale croissante qui a fait grimper les prix de ces objets précieux, accentuant l’écart entre le marché local et international.

3. Artisanat et design
L’artisanat libanais, notamment la céramique, les meubles traditionnels et les objets de design, a également connu une inflation importante des prix. La diaspora libanaise, cherchant à soutenir les artisans locaux frappés par la crise, a commencé à acheter ces pièces à des prix bien plus élevés qu’avant. Cela a conduit à une spéculation accrue sur ces objets, les rendant inaccessibles pour les résidents locaux dont les revenus sont en livres libanaises.

4. La photographie
Les œuvres de photographes libanais tels que Randa Mirza et Fouad Elkhoury, qui documentent l’identité nationale et le paysage social du Liban, ont vu leur valeur augmenter sur le marché international. La photographie, en particulier les œuvres centrées sur la mémoire collective du Liban, est devenue un support artistique spéculatif, attirant les collectionneurs et les investisseurs étrangers, ce qui a contribué à l’inflation des prix.

Le blanchiment d’argent via le marché de l’art

Le marché de l’art présente également un terrain favorable au blanchiment d’argent, en raison de son opacité et de l’absence de régulation stricte. Les transactions privées, souvent réalisées sans grande transparence, permettent de dissimuler l’identité des acheteurs et des vendeurs, ce qui facilite le déplacement de fonds d’origine douteuse.
Les œuvres d’art sont parfois utilisées pour blanchir de l’argent en étant achetées à des prix gonflés et revendues ensuite, légitimant ainsi des fonds acquis illégalement. Dans le cas du Liban, cette pratique s’est intensifiée avec la crise économique, lorsque l’art est devenu un moyen de sortir des capitaux du pays. Les œuvres vendues à des prix élevés sans traçabilité claire sont devenues des instruments idéaux pour le blanchiment d’argent.

Cas récents et scandales

Des scandales notoires ont révélé l’ampleur du blanchiment d’argent via l’art à l’échelle internationale. Un exemple est le scandale 1MDB, où des fonds publics malaisiens ont été détournés pour financer l’achat d’œuvres d’art onéreuses, illustrant comment ce marché peut servir à dissimuler des flux financiers illicites.
Au Liban, bien que les scandales liés à l’art ne soient pas aussi visibles, l’opacité du marché et l’absence de régulation stricte ont permis à certaines élites économiques et politiques de blanchir de l’argent à travers des achats d’œuvres d’art. Les transactions se sont souvent faites en devises fortes, ce qui a exacerbé l’écart entre le marché local et international.

L’impact de la crise économique sur le marché de l’art

La crise économique au Liban, marquée par l’effondrement de la livre libanaise, la fuite des capitaux et la méfiance vis-à-vis des banques, a profondément bouleversé le marché de l’art. Plusieurs phénomènes ont contribué à l’augmentation des prix dans certains secteurs artistiques :

  1. L’art comme valeur refuge
    Dans un climat de grande incertitude économique, les riches Libanais ont cherché à protéger leur capital en investissant dans des œuvres d’art. L’art est devenu un des rares secteurs où la valeur n’a pas seulement été préservée, mais a souvent augmenté, attirant ainsi les spéculateurs. L’achat d’œuvres en dollars ou en euros a permis à certains individus de sortir leur argent du pays.
  2. La dollarisation du marché
    Avec l’effondrement de la livre libanaise, une grande partie du marché de l’art s’est dollarisée, rendant les œuvres d’art inaccessibles pour la population locale. Les collectionneurs et investisseurs internationaux ont dominé le marché, augmentant les prix de manière significative. Cela a également facilité les pratiques de blanchiment d’argent, en raison de la difficulté à tracer ces transactions en devises étrangères.
  3. Le rôle des galeries internationales
    Certaines galeries libanaises avec des antennes à l’étranger ont profité de la crise pour exporter des œuvres, facilitant ainsi la spéculation. En vendant des œuvres à des collectionneurs internationaux, ces galeries ont pu contourner les difficultés économiques locales, mais ont également renforcé les pratiques de blanchiment d’argent.

Le marché de l’art libanais, avant et pendant la crise économique, est devenu le théâtre de dynamiques complexes où la spéculation et le blanchiment d’argent jouent un rôle central. La crise a accéléré la dollarisation du marché, rendant les œuvres d’art inaccessibles à une grande partie de la population locale. Par ailleurs, l’opacité des transactions et l’absence de régulation stricte continuent de permettre des pratiques illicites, notamment le blanchiment d’argent. Bien que des appels à une meilleure régulation existent, les efforts pour contrôler ces aspects restent insuffisants pour endiguer totalement ces activités, soulignant ainsi les défis que le marché de l’art libanais devra affronter pour retrouver une certaine intégrité.

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