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Licence Starlink au Liban : une décision controversée dans un contexte de crise et de conflit

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Le 11 septembre 2025, le gouvernement libanais a pris une décision historique en accordant une licence d’exploitation à Starlink, la constellation de satellites Internet développée par SpaceX. Cette annonce, officialisée par le ministère des Télécommunications, marque une étape majeure dans l’ouverture du marché libanais à un acteur technologique international. Longtemps attendue par une population en quête d’une connectivité fiable, cette décision intervient toutefois dans un contexte radicalement transformé par le conflit en cours avec Israël, exacerbant les tensions économiques et sécuritaires. Alors que le Liban traverse une crise économique sans précédent, l’arrivée de Starlink suscite à la fois des espoirs d’amélioration de l’accès à Internet et de vives inquiétudes quant à ses répercussions sur le secteur local des télécommunications et la souveraineté numérique du pays.

Une attente ancienne dans un pays en crise

L’intérêt pour Starlink au Liban ne date pas d’aujourd’hui. Dès 2020, alors que la crise économique commençait à paralyser le pays, les discussions autour de l’introduction de services Internet par satellite avaient pris de l’ampleur. Les Libanais, confrontés à des connexions lentes, coûteuses et souvent interrompues, voyaient en Starlink une solution potentielle pour contourner les défaillances des infrastructures terrestres. Les pannes fréquentes des réseaux mobiles et les coûts prohibitifs des abonnements Internet, aggravés par la dévaluation de la livre libanaise, avaient alimenté un vif engouement pour une alternative technologique. À l’époque, des pétitions citoyennes et des appels d’entrepreneurs technologiques avaient pressé le gouvernement d’entamer des négociations avec SpaceX.

Cependant, les circonstances ont radicalement changé depuis le début du conflit avec Israël en octobre 2023. Les affrontements réguliers à la frontière sud, les bombardements et les cyberattaques ont fragilisé davantage un pays déjà en proie à l’instabilité. Dans ce contexte, la décision d’accorder une licence à Starlink, bien qu’attendue par certains, a pris une dimension controversée. Le ministre des Télécommunications, Charles Hage, a justifié cette mesure lors d’une conférence de presse à Beyrouth le 11 septembre 2025 : « Starlink permettra d’offrir un accès Internet rapide et abordable à des millions de Libanais, en particulier dans les zones mal desservies, tout en stimulant l’innovation numérique. » Il a toutefois reconnu que des « ajustements » seraient nécessaires pour répondre aux préoccupations sécuritaires nées du conflit.

Le porte-parole du ministère, Tony Saad, a précisé que Starlink avait créé une société locale, Starlink Lebanon, après six mois de négociations intensives avec les autorités. Cette entité a obtenu la licence pour distribuer des services Internet via les satellites de SpaceX sur l’ensemble du territoire libanais. Initialement, l’accès sera limité aux entreprises, avec un abonnement mensuel débutant à 100 dollars, avant une possible extension aux particuliers. Le président libanais Joseph Aoun avait été contacté par Elon Musk en juin 2025, qui avait exprimé son intérêt pour le secteur des télécommunications libanais, un échange qui a accéléré les discussions.

Starlink, avec sa constellation de milliers de satellites en orbite basse, offre une technologie capable de fournir un accès Internet à haut débit, même dans les régions les plus reculées. Au Liban, où les infrastructures terrestres sont vétustes et où la couverture réseau est inégale, cette solution pourrait transformer l’accès à Internet. Les terminaux Starlink, compacts et faciles à installer, permettent des vitesses de connexion allant jusqu’à 150 Mbps, surpassant largement les performances des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) locaux dans de nombreuses régions. De plus, le modèle d’abonnement à prix fixe de Starlink pourrait séduire les consommateurs libanais, habitués à des tarifs exorbitants pour des services médiocres.

Avant l’escalade du conflit avec Israël, l’arrivée de Starlink était perçue comme une opportunité pour démocratiser l’accès à Internet et stimuler l’économie numérique. Les petites entreprises, les étudiants et les travailleurs à distance, en particulier, auraient pu bénéficier d’une connectivité stable. Cependant, le contexte actuel a modifié les priorités. Les bombardements dans le sud du Liban et les cyberattaques contre les infrastructures numériques ont mis en lumière les vulnérabilités du pays, rendant l’introduction d’une technologie étrangère plus complexe. Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a confirmé lors du conseil des ministres du 11 septembre que cette licence visait à renforcer la résilience numérique du Liban, tout en imposant des garde-fous réglementaires.

Le Liban figure parmi les pays aux vitesses Internet les plus lentes au monde, avec une moyenne de 10 Mbps en zones urbaines et bien moins en rural, selon des données récentes de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Les deux câbles sous-marins principaux, CADMOS et I-ME-WE, reliant le pays au réseau mondial, ont subi des interruptions récurrentes, aggravées par des coupures d’électricité chroniques. Starlink, déjà opérationnel dans des pays voisins comme la Jordanie, le Qatar et Oman, promet une alternative indépendante de ces infrastructures fragiles, mais son déploiement effectif dépendra de la stabilité électrique et des autorisations locales.

Un impact économique dévastateur pour le secteur local

L’octroi de la licence à Starlink a suscité une levée de boucliers parmi les acteurs du secteur des télécommunications libanais. Selon une analyse publiée par le journal Al-Akhbar le 12 septembre 2025, l’arrivée de Starlink pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses. Le Trésor public pourrait perdre environ 5,9 millions de dollars au cours de la première année d’exploitation de Starlink, en raison de la réduction des revenus fiscaux générés par les FAI locaux. Par ailleurs, les vingt plus grands fournisseurs d’accès à Internet du pays pourraient subir des pertes mensuelles cumulées d’environ 1,1 million de dollars, en raison de la concurrence directe avec Starlink.

Ces chiffres soulignent l’impact potentiel de l’entrée d’un acteur international sur un marché déjà fragilisé par la crise économique. Les FAI libanais, qui luttent pour maintenir leurs opérations dans un contexte de coûts croissants et de revenus en baisse, risquent de perdre une part significative de leur clientèle, notamment dans les zones urbaines où la demande pour un Internet fiable est forte. Cette situation pourrait entraîner des licenciements massifs dans le secteur et aggraver la crise sociale. Un représentant de l’Association des fournisseurs d’accès à Internet du Liban a déclaré le 11 septembre 2025 : « Nous ne sommes pas opposés à l’innovation, mais cette décision menace la survie des entreprises libanaises qui ont investi dans le secteur malgré des conditions difficiles. »

Les opérateurs d’État comme Ogero, ainsi que les affiliés privés tels qu’Alfa et Touch, ont longtemps monopolisé le marché, lobbyant activement contre l’entrée de concurrents étrangers. Ces entités génèrent une part substantielle des revenus du Trésor, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars annuels, qui servent à financer des services publics essentiels. L’introduction de Starlink, avec ses redevances fiscales limitées, pourrait éroder cette base, particulièrement alors que l’économie libanaise peine à se redresser après des années de déflation et d’inflation galopante. Des économistes estiment que sans mesures compensatoires, comme des subventions aux FAI locaux, le secteur pourrait voir son chiffre d’affaires chuter de 20 à 30 % dans les douze mois à venir.

Des inquiétudes sécuritaires amplifiées par le conflit

L’un des aspects les plus controversés de la décision concerne les implications sécuritaires, particulièrement dans le contexte du conflit avec Israël. Depuis octobre 2023, les réseaux de télécommunications libanais ont été la cible de cyberattaques répétées, attribuées par les autorités à des acteurs liés à Israël. Ces attaques ont visé des infrastructures critiques, y compris les réseaux de téléphonie mobile et d’Internet, exposant les failles des systèmes locaux. En juillet 2025, un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour le développement des télécommunications (UIT) a révélé que les infrastructures numériques libanaises étaient particulièrement vulnérables aux cybermenaces, en raison d’un manque d’investissements et de mises à jour technologiques.

Entre octobre 2023 et août 2025, le conflit frontalier a entraîné plus de 10 000 incidents violents, incluant des bombardements qui ont endommagé des centaines de stations de transmission, causant des pertes estimées à 67 millions de dollars pour les opérateurs télécoms. Des explosions de pagers et de talkies-walkies utilisés par le Hezbollah en septembre 2024 ont tué 42 personnes et blessé plus de 4 000, marquant une escalade dans les opérations cyber-physiques. En parallèle, des hacks présumés ont permis à Israël d’envoyer des messages d’évacuation via les réseaux libanais en septembre 2024, alertant les civils sur des frappes imminentes contre des sites du Hezbollah. Le ministre des Télécommunications précédent, Johnny Corm, avait alors affirmé qu’aucune brèche n’avait été détectée dans les réseaux officiels, mais des experts doutent de ces assurances.

L’introduction de Starlink, qui opère via des satellites et des terminaux indépendants des infrastructures locales, soulève des questions sur la capacité du gouvernement à surveiller et sécuriser les communications. Des experts en cybersécurité ont averti que les terminaux Starlink pourraient être utilisés pour contourner les mécanismes de contrôle nationaux, posant un risque dans un contexte où la souveraineté numérique est une préoccupation majeure. Un analyste basé à Beyrouth, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Starlink offre une connectivité autonome, ce qui peut être un atout pour les utilisateurs, mais aussi une porte ouverte à des abus si elle n’est pas strictement régulée. »

Le Hezbollah, acteur influent au Liban, a exprimé des réserves sur l’arrivée de Starlink. Dans un communiqué publié le 12 septembre 2025, un porte-parole du mouvement a appelé à une « vigilance accrue » face aux risques d’espionnage par des puissances étrangères, sans nommer explicitement SpaceX ou ses partenaires. Ces inquiétudes font écho à des préoccupations similaires dans d’autres pays, où l’utilisation de technologies satellitaires a suscité des débats sur la protection des données. L’UIT a recommandé en août 2025 des protocoles renforcés pour les services par satellite, soulignant les vulnérabilités potentielles en zones de conflit.

Un cadre réglementaire sous pression

Pour répondre à ces défis, le gouvernement libanais a imposé des conditions strictes à Starlink dans le cadre de la licence. Selon le ministère des Télécommunications, l’entreprise devra se conformer aux lois locales sur la protection des données et collaborer avec les autorités pour garantir la sécurité des réseaux. Starlink sera également tenu de payer des taxes et des redevances au Trésor public, bien que les détails financiers de l’accord restent confidentiels. Un comité de surveillance, composé de représentants du ministère et d’experts en cybersécurité, a été créé pour superviser les opérations de Starlink.

Ces mesures n’ont toutefois pas apaisé les critiques. Les FAI locaux ont dénoncé un manque de transparence dans le processus d’attribution de la licence, accusant le gouvernement de favoriser un acteur étranger au détriment des entreprises nationales. Dans un communiqué publié le 11 septembre 2025, l’Association des fournisseurs d’accès à Internet du Liban a déclaré : « Nous demandons une révision des termes de la licence pour garantir une concurrence équitable et protéger les intérêts économiques du Liban. » Le ministre Hage a répondu que la licence inclut des clauses de partage de revenus et des audits réguliers, mais des détails précis n’ont pas été divulgués.

La création d’une entité locale, Starlink Lebanon, est destinée à assurer une intégration fluide, avec des obligations de localisation des données sensibles. Cependant, des observateurs notent que l’exécution de ces régulations dépendra de la capacité administrative du ministère, déjà surchargé par la reconstruction des infrastructures endommagées par le conflit. L’UIT, dans son rapport d’août 2025, insiste sur la nécessité d’harmoniser les régimes satellitaires avec les normes internationales pour éviter les fuites de données transfrontalières.

Les implications sociales et économiques immédiates

L’arrivée de Starlink pourrait avoir des effets contrastés sur la société libanaise. D’un côté, elle offre une opportunité d’améliorer l’accès à Internet, en particulier dans les zones rurales où les réseaux terrestres sont inexistants ou défaillants. Les petites entreprises, les étudiants et les travailleurs à distance pourraient bénéficier d’une connectivité plus fiable, essentielle dans un pays où l’économie numérique est en plein essor malgré les contraintes. Avant le conflit, ces perspectives avaient suscité un enthousiasme généralisé, avec des entrepreneurs technologiques saluant Starlink comme un levier de développement.

Cependant, le contexte actuel limite ces bénéfices potentiels. Les pertes économiques pour les FAI locaux risquent d’aggraver la crise du secteur des télécommunications, avec des répercussions sur l’emploi et les services publics. Le ministère des Télécommunications, qui dépend des revenus des FAI pour financer ses opérations, pourrait également voir son budget amputé, compliquant davantage la gestion de la crise économique. Des rapports indiquent que plus de 2 000 emplois dans le secteur pourraient être menacés dans les six prochains mois, particulièrement chez Ogero, où les salaires sont déjà gelés depuis 2019.

Dans les zones affectées par le conflit, comme le sud du Liban et la Bekaa, Starlink pourrait pallier les destructions de tours de transmission, qui ont laissé des milliers de foyers sans connexion depuis 2023. Touch, l’un des principaux opérateurs mobiles, a rapporté en juin 2025 avoir restauré 90 % de ses sites dans les zones de guerre, mais reste dépendant d’autorisations pour les frontières. Starlink, en contournant ces infrastructures, pourrait accélérer la reprise, mais au prix d’une dépendance accrue à une technologie étrangère.

Un enjeu géopolitique et régional

La décision libanaise s’inscrit dans un contexte régional plus large, où plusieurs pays du Moyen-Orient ont déjà autorisé Starlink à opérer. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, par exemple, ont intégré les services de Starlink pour améliorer la connectivité dans les zones reculées, tout en imposant des régulations strictes. Au Liban, les tensions géopolitiques, exacerbées par le conflit avec Israël, compliquent l’équation. L’introduction d’une technologie étrangère dans un pays où la souveraineté est un enjeu sensible pourrait tendre les relations avec certains acteurs régionaux.

Sur le plan international, l’essor des services Internet par satellite reflète une transformation mondiale du secteur des télécommunications. Selon un rapport de l’UIT publié en août 2025, ces services pourraient représenter 10 % du marché mondial d’ici 2030, bouleversant les modèles économiques traditionnels. Starlink, avec son avance technologique, se positionne comme un leader dans cette course, mais son arrivée au Liban illustre les défis d’une telle transition dans un contexte de crise. Des négociations similaires sont en cours en Irak, où Musk a exprimé un intérêt récent.

Le conflit avec Israël a amplifié les cybermenaces régionales, avec une augmentation de 700 % des attaques iraniennes contre des infrastructures israéliennes depuis juin 2025, selon des sources de sécurité. Au Liban, des groupes comme Predatory Sparrow, liés à Israël, ont revendiqué des hacks contre des systèmes d’eau en septembre 2024, tandis que le Hezbollah a intensifié ses opérations cyber contre des cibles israéliennes. L’ONU, via son conseil de sécurité, a condamné en 2024 les disruptions numériques affectant les civils, appelant à une protection accrue des infrastructures critiques.

Les défis à venir dans un climat d’incertitude

Alors que Starlink commence à déployer ses services au Liban, avec les premiers terminaux distribués dès le 12 septembre 2025, plusieurs défis se profilent. Le gouvernement devra trouver un équilibre entre les avantages de la connectivité améliorée et les pertes économiques pour le secteur local. La question de la cybersécurité reste cruciale, dans un pays où les réseaux sont déjà vulnérables aux intrusions liées au conflit. Des incidents récents, comme les explosions de dispositifs en 2024 et les hacks de 2025, illustrent les risques persistants pour les communications civiles. Le ministère des Télécommunications a annoncé des tests pilotes dans des zones rurales, sous supervision stricte, pour évaluer l’impact initial.

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