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Litani, Hasbani, Wazzani : les faits avérés sur le détournement des eaux libanaises

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Au Liban, la question des eaux du Sud ne relève pas d’un simple contentieux technique. Elle touche à la souveraineté, à l’occupation et à l’usage d’un territoire par une armée étrangère. Depuis des décennies, un récit domine : lors de l’occupation israélienne du Sud-Liban, Israël aurait détourné les eaux libanaises, notamment celles du Litani, vers son propre système hydraulique. Sur ce point, la prudence reste nécessaire. Tous les éléments souvent avancés dans le débat public ne relèvent pas du même niveau de preuve. En revanche, plusieurs faits sont bien documentés. Ils montrent qu’Israël a exercé un contrôle direct sur des ressources hydrauliques du Sud-Liban, qu’il a connecté des réseaux d’eau de villages libanais occupés au système de la Galilée, qu’il s’est intéressé de longue date aux eaux libanaises et que des études de faisabilité sur une dérivation partielle de certaines eaux du Sud ont bien existé.  

L’essentiel, pour un article rigoureux, consiste donc à resserrer le propos sur les faits avérés. Il est établi, d’abord, que l’occupation israélienne a permis un contrôle physique de zones clés du système hydrique du Sud-Liban. Il est établi, ensuite, que des raccordements de réseaux d’approvisionnement en eau de villages libanais voisins ont été réalisés vers le système de la Galilée. Il est établi, aussi, que la littérature académique sérieuse décrit un usage israélien du contrôle sur les sources du Wazzani et du Hasbani pour accroître les flux rejoignant le Jourdain, avec pose de canalisations pour capter du ruissellement. En revanche, l’existence d’un grand détournement massif, permanent et pleinement démontré du Litani vers le Jourdain reste, elle, discutée dans les travaux disponibles. C’est précisément cette hiérarchie des preuves qui permet de distinguer les faits établis des affirmations plus larges.  

Une occupation qui a donné un contrôle direct sur l’eau

Le premier fait avéré concerne le contrôle territorial. Après l’invasion de 1978, puis plus encore après celle de 1982, Israël a occupé durablement une partie du Sud-Liban jusqu’à son retrait de 2000. Cette présence lui a donné la maîtrise de zones proches de ressources hydrauliques décisives. Reuters rappelait encore le 26 mars 2026 que l’occupation israélienne du Sud-Liban avait duré jusqu’en 2000 et que le Litani demeure, aujourd’hui encore, une ligne militaire et politique centrale dans la doctrine israélienne au Liban-Sud. Ce cadre territorial est essentiel, car aucun usage ou détournement local de l’eau n’aurait été possible sans ce contrôle militaire du terrain.  

La littérature académique précise ce que recouvrait ce contrôle. Dans The Waters of the Litani in Regional Context, Thomas Naff et John Kolars écrivent qu’après l’invasion de 1978, Israël a consolidé son emprise sur les sources du Wazzani et du Hasbani. Ils ajoutent qu’Israël a utilisé ce contrôle pour augmenter le débit entrant dans le Jourdain et pour installer des canalisations destinées à capter une partie du ruissellement. Le même travail indique qu’après l’invasion de 1982, Israël contrôlait aussi le Litani inférieur et le réservoir de Qaraoun dans le cadre de la zone de sécurité du Sud-Liban. Ces éléments constituent un noyau dur de faits avérés : l’occupation n’a pas seulement touché des routes et des villages, elle a aussi concerné des points hydrauliques majeurs.  

Ce point change la manière de raconter le sujet. Il ne s’agit plus d’une simple théorie générale sur une convoitise israélienne pour l’eau libanaise. Il s’agit d’une situation où une armée occupante contrôle physiquement des sources, des cours d’eau, des infrastructures et des réseaux situés dans la zone qu’elle domine. À partir de là, la question n’est plus de savoir si l’eau faisait partie du paysage stratégique. Elle en faisait manifestement partie. Le débat porte plutôt sur l’ampleur exacte des prélèvements, sur leur destination précise et sur la différence entre captations locales, redirections partielles et hypothèse d’un transfert plus vaste du Litani.  

Le raccordement des villages libanais à la Galilée, un fait documenté

Le second fait avéré est plus concret encore. Il figure dans les documents onusiens. Une lettre libanaise reproduite dans les archives des Nations unies affirme qu’en 1983 Israël a achevé le raccordement du système d’approvisionnement en eau de villages libanais voisins à celui de la Galilée. Ce point réapparaît aussi dans un document de l’Assemblée générale de 1990, qui mentionne explicitement cette connexion du système d’eau des villages voisins au système israélien. Ces textes reflètent certes la position officielle libanaise, mais ils documentent un fait précis, vérifiable dans les archives : le réseau d’alimentation en eau de villages libanais occupés a été connecté au système de la Galilée.  

Ce raccordement est important pour deux raisons. D’abord, il sort le débat de l’abstraction. On ne parle plus seulement d’intentions, mais d’une infrastructure concrète et d’une intégration locale de réseaux d’eau. Ensuite, il montre que le contrôle israélien sur l’eau au Sud-Liban n’était pas purement militaire ou passif. Il existait une capacité d’intervention sur la distribution elle-même. Même si cela ne suffit pas à démontrer un transfert massif du Litani vers le Jourdain, cela établit clairement qu’Israël a modifié à son profit l’organisation hydraulique de certains villages libanais occupés. C’est un fait matériel, documenté dans les plaintes diplomatiques libanaises conservées par l’ONU.  

Le poids politique de ce fait est souvent sous-estimé. Dans un territoire occupé, raccorder un réseau d’eau local à celui de la puissance occupante ne relève pas d’un simple choix technique. C’est un geste de contrôle territorial, administratif et économique. L’eau devient alors un outil de dépendance. Cette dimension explique pourquoi le sujet continue d’occuper une place centrale dans la mémoire libanaise. Le souvenir n’est pas seulement celui d’une menace abstraite sur le Litani. Il est aussi celui de réseaux locaux placés sous la coupe du système israélien.  

Wazzani et Hasbani : les cas les plus solides

Lorsqu’on cherche les faits les plus solidement établis sur le détournement ou la redirection des eaux libanaises, ce sont moins les formules globales sur le Litani que les cas du Wazzani et du Hasbani qui apparaissent les plus robustes. Dans leur étude, Naff et Kolars indiquent explicitement qu’après 1978 Israël a augmenté le flux entrant dans le Jourdain grâce au contrôle des sources du Wazzani et du Hasbani. Ils mentionnent également la pose de tuyaux destinés à capter le ruissellement. Ce passage est fondamental, car il décrit non seulement un contrôle, mais aussi une action hydraulique orientée vers le système du Jourdain.  

Cette distinction entre Litani d’un côté, Wazzani-Hasbani de l’autre, est capitale pour la rigueur du récit. Dans l’espace public libanais, tous ces noms sont souvent mêlés dans une même accusation générale de vol de l’eau. Pourtant, sur le plan documentaire, les éléments les plus précis concernent surtout les ressources directement connectées au bassin du Jourdain. Cela ne retire rien à la portée stratégique du Litani, mais cela oblige à dire que les faits les mieux établis sur une redirection effective des eaux libanaises vers le système israélien se trouvent d’abord autour du Wazzani et du Hasbani.  

Ce point aide aussi à comprendre comment le récit d’un “détournement des eaux libanaises” a pris forme. Il s’appuie sur des pratiques réelles, localisées, documentées, qui ont ensuite été agrégées dans une mémoire plus vaste de prédation. Cette mémoire n’est pas née de rien. Elle s’est construite à partir d’occupations de sources, de modifications de réseaux, d’interventions sur les flux et de l’ancien intérêt israélien pour l’ensemble des eaux du Sud-Liban. En d’autres termes, le récit général s’est nourri de faits concrets, même lorsque sa formulation la plus large dépasse parfois ce que les preuves permettent d’affirmer pour le Litani lui-même.  

L’intérêt pour le Litani, lui, est ancien et bien documenté

Autre fait avéré : l’intérêt israélien pour le Litani n’a rien d’un mythe récent. L’article de Hussein A. Amery, publié dans Geographical Review en 1993, souligne que les efforts israéliens pour utiliser les eaux du Litani aident à comprendre l’établissement de la zone de sécurité au Sud-Liban. Le résumé même de cet article met en avant le lien entre les ambitions israéliennes sur le Litani et la structuration de l’espace occupé au Sud-Liban. Cela ne signifie pas que l’eau fut l’unique moteur de la politique israélienne, mais cela établit qu’elle faisait partie des déterminants stratégiques étudiés sérieusement par les chercheurs.  

Là encore, la précision des mots compte. Dire qu’Israël s’intéressait au Litani est un fait documenté. Dire qu’Israël a étudié comment utiliser cette ressource est également documenté. Dire qu’Israël a physiquement contrôlé le Litani inférieur pendant l’occupation est documenté aussi. En revanche, conclure automatiquement de ces trois éléments qu’un grand détournement structurel du Litani vers le Jourdain a été effectivement réalisé à grande échelle nécessite une marche supplémentaire que les sources disponibles ne permettent pas de franchir sans réserve. Le travail journalistique sérieux consiste donc à s’arrêter au bon niveau de certitude.  

Cette nuance ne diminue pas l’importance du dossier. Au contraire, elle le rend plus solide. Car la question centrale n’est pas seulement celle d’un éventuel grand ouvrage de transfert. Elle est aussi celle d’une appropriation graduelle des ressources du Sud-Liban par le contrôle militaire, par la domination des réseaux locaux et par l’exploration technique de solutions de dérivation. Sur ce terrain, les faits sont déjà lourds. Ils suffisent à montrer que l’occupation a bien comporté une dimension hydraulique avérée.  

Des études de faisabilité et des préparatifs techniques

Le quatrième fait établi par les travaux académiques est l’existence d’études et de relevés techniques. Naff et Kolars écrivent qu’il existe de “bonnes preuves” selon lesquelles des ingénieurs israéliens ont mené des sondages sismiques, des relevés et certains travaux préliminaires afin d’évaluer la faisabilité d’une dérivation d’une partie des eaux du Sud-Liban, en particulier celles de l’Awali et du Litani. Ce passage n’atteste pas qu’un transfert massif a ensuite été pleinement mis en œuvre. En revanche, il documente un point essentiel : la dérivation des eaux du Sud-Liban n’était pas une simple accusation politique lancée sans base technique. Elle faisait l’objet d’une exploration pratique.  

Cette donnée est décisive pour le dossier libanais. Elle montre que, dans la période de l’occupation, l’eau était considérée comme un objet d’ingénierie stratégique. Les autorités ou les ingénieurs israéliens n’étaient pas seulement dans une posture d’observation. Ils étudiaient des solutions, évaluaient des terrains et examinaient la faisabilité de détournements partiels. Même si l’exécution finale de ces projets à grande échelle n’est pas démontrée de manière complète, le fait même que ces études aient existé renforce considérablement la crédibilité du soupçon libanais.  

Pour un article centré sur les faits avérés, ce point doit être clairement distingué du reste. Une étude de faisabilité n’est pas un détournement effectif. Mais ce n’est pas non plus une simple hypothèse spéculative. C’est une étape intermédiaire, lourde de sens, entre l’intérêt stratégique ancien et une éventuelle exploitation concrète. Dans le cas du Sud-Liban, elle confirme que les eaux libanaises ont bien été envisagées comme un réservoir mobilisable dans un contexte d’occupation.  

Pourquoi ces faits restent centraux aujourd’hui

Cette mémoire revient avec force parce que le Litani est redevenu une ligne stratégique dans la guerre actuelle. Reuters a rapporté fin mars 2026 qu’Israël entend établir une zone tampon au Sud-Liban jusqu’au Litani, avec contrôle des ponts et maintien d’une présence sécuritaire. Dans ce contexte, les faits anciens sur les réseaux d’eau, les sources captées et les études de dérivation prennent une résonance immédiate. Au Liban, beaucoup y voient la preuve que la question de l’eau n’appartient pas au passé. Elle revient dès que le contrôle militaire du Sud-Liban revient lui aussi.  

Le sujet reste central aussi parce qu’il relie l’échelle locale et l’échelle régionale. Localement, des villages ont vu leur approvisionnement raccordé à un autre système. Régionalement, des sources reliées au bassin du Jourdain ont été intégrées à une logique israélienne de sécurisation des ressources. Entre les deux, il existe une continuité : l’occupation du territoire permet de reconfigurer l’eau. C’est cette continuité, bien plus que l’image d’un unique grand tunnel ou d’un seul ouvrage monumental, qui ressort le plus nettement des faits documentés.  

Le cœur de l’article, dès lors, peut être formulé simplement. Oui, il existe des faits avérés de détournement, de redirection ou de mise sous contrôle de certaines eaux libanaises durant l’occupation israélienne du Sud-Liban. Les cas les mieux documentés concernent les sources du Wazzani et du Hasbani, les réseaux d’approvisionnement de villages voisins raccordés à la Galilée, et les études techniques sur des dérivations possibles. Pour le Litani au sens strict, l’intérêt stratégique, le contrôle territorial et les études de faisabilité sont établis. Ce qui demeure plus discuté, c’est l’existence d’un détournement massif, permanent et totalement démontré du fleuve vers le Jourdain. 

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