La dévaluation de la livre libanaise, symbole de la crise économique et politique qui frappe le Liban depuis 2019, a plongé le pays dans une situation sans précédent. Plus de 90 % de la valeur de la monnaie nationale a été perdue en moins de cinq ans, entraînant une inflation galopante et une explosion de la pauvreté. Alors que le pays cherche des solutions pour stabiliser son économie, la question de la dévaluation reflète des enjeux structurels complexes, mêlant mauvaise gestion, corruption et instabilité politique.
Les racines de la dévaluation : une crise structurelle
La dévaluation de la livre libanaise n’est pas un phénomène soudain, mais le résultat de décennies de mauvaise gestion économique. Le modèle libanais, basé sur les transferts de la diaspora et une parité fixe artificielle avec le dollar américain, a rendu l’économie vulnérable. Selon Al Liwaa (21 décembre 2024), la forte dépendance aux importations et les déséquilibres structurels dans les finances publiques ont accentué la pression sur la monnaie.
En 2019, la perte de confiance des marchés et l’effondrement des flux financiers externes ont provoqué une crise de liquidité majeure. Le système bancaire, autrefois pilier de l’économie libanaise, a été paralysé par des politiques opaques et des pratiques spéculatives. Comme le souligne Al Diyar (21 décembre 2024), l’absence de régulation efficace et la surévaluation prolongée de la livre ont conduit à une spirale de dévaluation incontrôlable.
Facteurs aggravants : paralysie politique et corruption
Au-delà des causes économiques, la crise monétaire est exacerbée par une instabilité politique persistante. Les divisions internes entre les blocs parlementaires, couplées aux ingérences étrangères, ont bloqué les réformes essentielles. Selon Al Joumhouriyat (21 décembre 2024), les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), conditionnées à des réformes structurelles, n’ont pas avancé en raison de la corruption et du manque de consensus.
La situation est aggravée par le rôle controversé du Hezbollah, dont les liens avec l’Iran compliquent les relations du Liban avec les États du Golfe. Ces derniers, autrefois principaux bailleurs de fonds du pays, ont réduit leur soutien économique, accentuant la dépendance du Liban à des sources de financement internes limitées.
Impacts sociaux dévastateurs
La dévaluation de la livre libanaise a eu des répercussions catastrophiques sur les conditions de vie de la population. Plus de 80 % des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, selon Al 3arabi Al Jadid (21 décembre 2024). Les prix des produits de première nécessité, tels que le pain, ont grimpé en flèche, rendant ces biens inaccessibles pour de nombreuses familles.
Les salaires, en grande partie libellés en livres libanaises, n’ont pas suivi l’inflation, ce qui a provoqué une baisse drastique du pouvoir d’achat. Les employés du secteur public, particulièrement affectés, ont multiplié les grèves pour protester contre leurs conditions de travail. Al Bina’ (21 décembre 2024) rapporte que ces mouvements sociaux paralysent des secteurs clés comme l’éducation et la santé, accentuant les tensions sociales.
Un tissu économique en déclin
Le secteur privé, déjà affaibli par des années de stagnation, est également frappé de plein fouet par la dévaluation. Selon Al Akhbar (21 décembre 2024), de nombreuses petites et moyennes entreprises ont fermé leurs portes, incapables de faire face à l’augmentation des coûts des importations et à la baisse de la demande locale. Les restrictions sur les retraits en devises étrangères imposées par les banques ont également asphyxié les entreprises, limitant leur accès aux liquidités nécessaires pour fonctionner.
Dans le secteur agricole, crucial pour les régions rurales, la hausse des coûts des intrants, comme les semences et les engrais, a réduit la capacité de production. Cela entraîne une dépendance accrue aux importations alimentaires, augmentant la vulnérabilité du pays face aux fluctuations des prix mondiaux.
Les solutions envisagées : entre espoir et défis
Plusieurs scénarios sont discutés pour stabiliser la livre et relancer l’économie. Les négociations avec le FMI, bien qu’au point mort, restent une option centrale pour obtenir des financements internationaux. Cependant, ces aides sont conditionnées à des réformes rigoureuses, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la gouvernance. Selon Al Sharq Al Awsat (21 décembre 2024), ces réformes nécessitent un consensus politique, qui semble difficile à atteindre dans le contexte actuel.
Une autre proposition consiste en une dollarisation complète de l’économie libanaise. Ce mécanisme, qui a été adopté par certains pays en crise, permettrait de stabiliser les prix à court terme. Cependant, comme le souligne Al Quds (21 décembre 2024), cette solution risque d’accentuer les inégalités, les Libanais les plus pauvres ayant peu ou pas accès aux devises étrangères.
Enfin, des initiatives locales émergent pour renforcer la résilience des communautés. Les coopératives agricoles, les programmes d’économie circulaire et les projets d’énergie renouvelable offrent des pistes prometteuses pour pallier les carences de l’État. Ces solutions, bien que limitées, montrent la capacité des citoyens à s’organiser face à l’effondrement des institutions publiques.
Perspectives et scénarios futurs
Le Liban fait face à des choix cruciaux pour sortir de cette crise monétaire. Un scénario optimiste implique une stabilisation progressive grâce à des réformes structurelles et à un soutien international coordonné. Cela nécessite un gouvernement fonctionnel, capable de restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs.
À l’inverse, un scénario pessimiste verrait le pays s’enfoncer dans une spirale de dévaluation, avec des conséquences sociales et économiques encore plus graves. Al 3arabi Al Jadid (21 décembre 2024) met en garde contre les risques d’une explosion sociale si aucune solution durable n’est mise en œuvre rapidement.



