Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, s’est rendu sur le site de l’effondrement d’un immeuble dans le quartier de Qobbeh, à Tripoli, pour une inspection terrain qui souligne les défis persistants en matière de sécurité des bâtiments. Cette visite intervient alors que les équipes de secours poursuivent leurs efforts pour localiser une dernière personne disparue, dans un contexte où la ville du Nord-Liban fait face à une multiplication des risques structurels.
Arrivé sur les lieux tôt dans la matinée, Nawaf Salam a déclaré : « J’ai tenu à venir pour confirmer que Tripoli n’est pas seule. » Ces mots, prononcés au milieu des décombres encore fumants, reflètent une volonté d’engagement direct de l’État face à une catastrophe qui a déjà coûté des vies et blessé plusieurs personnes. L’immeuble, un bâtiment de cinq étages datant de plusieurs décennies, s’est effondré à l’aube du 24 janvier 2026, piégeant une famille sous les gravats. Les causes immédiates pointent vers des fissures préexistantes aggravées par des conditions météorologiques défavorables, comme des pluies intenses qui ont saturé le sol et fragilisé les fondations.
L’intervention rapide des services d’urgence a permis d’extraire vivants une femme et un enfant, mais les recherches se concentrent désormais sur les autres membres de la famille. Nawaf Salam a préféré cette visite sur le terrain à une réunion formelle prévue plus tard dans la journée au Sérail gouvernemental, expliquant qu’une évaluation directe était essentielle pour élaborer une « solution radicale aux problèmes des bâtiments fissurés ». Cette approche met en lumière les priorités du gouvernement face à une urgence qui dépasse le cas isolé de Qobbeh.
Une inspection au cœur des décombres
Sur place, le Premier ministre a rencontré les équipes de secours engagées dans l’opération de déblaiement. Les volontaires du Défense civile, épaulés par des unités de la Croix-Rouge libanaise, travaillent sans relâche depuis l’effondrement, affrontant des conditions extrêmes : amas de béton instables, poussière épaisse et risques d’éboulements secondaires. Nawaf Salam a salué leurs efforts, les qualifiant de « déployés dans des circonstances d’une difficulté extrême ». Il a exprimé le souhait que ces opérations aboutissent à la localisation de la dernière disparue, avec l’espoir qu’elle soit encore en vie.
Lors de cette inspection, le Premier ministre s’est entretenu avec Wasef Karima, responsable du Défense civile à Tripoli. Ce dernier lui a fourni un point détaillé sur les mesures adoptées : déploiement de chiens renifleurs, utilisation de caméras thermiques pour détecter des signes de vie sous les décombres, et coordination avec des ingénieurs structurels pour sécuriser les zones adjacentes. Nawaf Salam a également passé un appel téléphonique depuis le site à Imad Khreish, directeur général du Défense civile, pour coordonner les renforts nécessaires. Ces échanges mettent en évidence le rôle central du Défense civile dans les opérations de recherche et de sauvetage, une institution qui gère annuellement des dizaines d’incidents similaires au Liban, des effondrements urbains aux inondations saisonnières.
Le quartier de Qobbeh, densément peuplé et marqué par une architecture ancienne, illustre les vulnérabilités accumulées. L’immeuble effondré, évacué partiellement la veille en raison de fissures visibles, abritait une famille qui avait refusé de partir faute d’alternatives de relogement. Cet incident rappelle que de nombreux bâtiments dans la région présentent des signes de dégradation : fondations affaiblies par l’humidité, absence de maintenance due à la pauvreté des locataires, et normes de construction datant d’avant les réglementations antisismiques modernes.
Le rôle accru du gouvernement dans la gestion des risques
La présence de Nawaf Salam sur le terrain marque un tournant dans la réponse gouvernementale aux catastrophes urbaines. Nommé Premier ministre en janvier 2025, après une période de vacance prolongée du pouvoir exécutif, il a formé un cabinet en février de la même année, axé sur la réforme et le salut national. Issu d’une famille beyrouthine influente, avec une carrière de diplomate et de juriste international – notamment en tant que juge à la Cour internationale de justice à La Haye –, Nawaf Salam apporte une expertise en droit international et en gestion de crises qui transparaît dans sa gestion de cet incident.
Le gouvernement a mobilisé la Haute commission de secours, un organisme rattaché au Premier ministère, pour assister les familles affectées. Cette entité, créée pour coordonner les réponses aux catastrophes naturelles et humaines, joue un rôle pivotal en fournissant aide matérielle et logistique. Dans le cas de Qobbeh, elle assure le suivi des victimes, l’allocation de fonds d’urgence pour les relogements temporaires, et l’évaluation des bâtiments voisins. Nawaf Salam a insisté sur le fait que la commission « se tient aux côtés des familles dans cette épreuve », une déclaration qui souligne l’engagement de l’État à ne pas laisser les citoyens du Nord isolés.
Cette intervention s’inscrit dans un cadre plus large de réformes initiées depuis février 2025. Le cabinet Salam a priorisé la stabilisation économique, avec des négociations en cours auprès du Fonds monétaire international pour un programme d’assistance. Les missions de l’IMF en juin et septembre 2025 ont évalué les progrès en matière de digitalisation de l’administration fiscale, un pas vers la restructuration de la dette publique, estimée à des niveaux insoutenables. Ces efforts visent à libérer des ressources pour investir dans les infrastructures, y compris la réhabilitation des bâtiments à risque.
La visite à l’hôpital Al-Nini, un geste de solidarité
Après son passage sur le site de l’effondrement, Nawaf Salam s’est rendu à l’hôpital Al-Nini, situé au cœur de Tripoli. Fondé en 1928 par le docteur Wahib Nini, cet établissement est l’un des principaux centres médicaux du Nord-Liban, offrant des services couvrant une large gamme de spécialités, des urgences pédiatriques à la chirurgie critique. Avec une capacité de plusieurs centaines de lits, il dessert une population souvent défavorisée, confrontée à la dégradation du système de santé public depuis la crise de 2019.
À l’hôpital, le Premier ministre a visité Amal Al-Sayed, la survivante extraite des décombres. Blessée mais stable, elle reçoit des soins pour des fractures et des contusions multiples. Nawaf Salam lui a présenté ses condoléances pour les pertes subies et a souhaité un prompt rétablissement à elle et à sa famille. Il a réaffirmé que les équipes de secours « poursuivent leurs opérations jusqu’à ce que le sort de sa fille disparue soit clarifié ». Cette rencontre met en lumière les drames humains derrière les statistiques : une mère séparée de son enfant, une famille déchirée par une catastrophe évitable.
L’hôpital Al-Nini, comme d’autres institutions médicales à Tripoli, fait face à des défis accrus. Les coupures d’électricité récurrentes obligent à recourir à des générateurs, tandis que les pénuries de médicaments persistent malgré les aides internationales. La visite de Nawaf Salam souligne l’importance de soutenir ces structures, essentielles pour absorber les chocs des urgences urbaines.
Les défis structurels des bâtiments à Tripoli
Tripoli, deuxième ville du Liban avec plus de 500 000 habitants, concentre une grande partie des problèmes d’urbanisme du pays. Selon les autorités locales, 105 bâtiments menacent d’un effondrement imminent, nécessitant une évacuation immédiate, tandis que près de 700 autres présentent des risques modérés. Ces chiffres, issus d’inspections récentes, révèlent une crise profonde : beaucoup de ces structures datent des années 1950-1970, construites sans respect des normes antisismiques, et négligées en raison de la crise économique.
Les causes sont multiples : infiltration d’eau due à des toitures défectueuses, corrosion des armatures en béton, et surcharge des étages par des ajouts illégaux. À Qobbeh, un quartier populaire où la densité démographique est élevée, ces problèmes sont exacerbés par la pauvreté. Les locataires, souvent issus de classes modestes, ne peuvent financer les réparations, et les propriétaires manquent de moyens face à des loyers gelés par des lois datant de la guerre civile.
Cet incident n’est pas isolé. En 2022, un effondrement similaire à Tripoli avait fait craindre une « série noire », avec des experts pointant le coût élevé des matériaux de rénovation dans un contexte d’inflation galopante. Les tremblements de terre de 2023 en Syrie et Turquie ont ravivé les alertes, soulignant la vulnérabilité du Liban à des séismes potentiels. Le gouvernement Salam a lancé une cartographie des risques, en partenariat avec des ingénieurs civils, pour identifier et prioriser les interventions.
L’impact de la crise économique sur le Nord-Liban
La catastrophe de Qobbeh s’inscrit dans le sillage de la crise économique qui frappe le Liban depuis 2019. À Tripoli, le taux de pauvreté a explosé, atteignant plus de 60 % selon des enquêtes récentes. La dévaluation de la livre libanaise, qui a perdu 98 % de sa valeur, a érodé le pouvoir d’achat, rendant impossible la maintenance des habitations. L’inflation, bien que ralentie à 14,7 % au premier semestre 2025, reste élevée comparée aux standards mondiaux, due à des structures de marché oligopolistiques et à une concurrence limitée.
Le Nord-Liban, historiquement marginalisé, souffre d’un chômage endémique touchant particulièrement les jeunes. Les infrastructures publiques, des routes aux réseaux d’eau, sont délabrées, avec des investissements publics en berne en raison de la dette souveraine insoutenable. La Banque mondiale estime que le conflit régional de 2023-2024 a causé 6,8 milliards de dollars de dommages physiques et 7,2 milliards de pertes économiques, aggravant la situation. Des projets comme le Lebanon Emergency Assistance Project (LEAP), doté de 250 millions de dollars, visent à réparer les infrastructures critiques, mais leur mise en œuvre reste lente.
Dans ce contexte, les familles comme celle d’Amal Al-Sayed se retrouvent piégées : incapables de quitter des logements dangereux faute de solutions alternatives, elles risquent leur vie quotidiennement. Le gouvernement a alloué des fonds d’urgence pour les relogements, mais les besoins dépassent les capacités budgétaires, limitées par l’absence d’un accord final avec le FMI.
Les opérations de secours en cours et leurs implications
Les efforts de déblaiement se poursuivent à Qobbeh, avec des équipes renforcées par des volontaires locaux. La Défense civile, en coordination avec la Haute commission de secours, utilise des équipements lourds pour soulever les blocs de béton, tout en veillant à éviter de nouveaux effondrements. Les recherches, entravées par la pluie persistante, se concentrent sur des zones identifiées par des sondes acoustiques.
Cette opération révèle les lacunes en matière d’équipements : manque de grues spécialisées et de formations avancées pour les sauveteurs. Le gouvernement Salam a appelé à une mobilisation maximale, avec des contacts politiques pour sécuriser un financement d’urgence dédié aux bâtiments menacés. Les implications immédiates touchent la sécurité publique : des inspections supplémentaires sont en cours dans les quartiers adjacents, où des fissures similaires ont été signalées.
À l’hôpital Al-Nini, les médecins surveillent l’état d’Amal Al-Sayed, dont les blessures nécessitent une rééducation prolongée. La Haute commission de secours assure un soutien logistique à la famille, couvrant les frais médicaux et l’hébergement temporaire. Ces mesures, bien que palliatives, illustrent les défis persistants pour stabiliser les communautés affectées.
Les dynamiques régionales influencent également la réponse : le Nord-Liban, avec sa composition confessionnelle mixte – sunnite majoritaire à Tripoli –, requiert une approche équilibrée pour éviter les tensions. Le cabinet Salam, respectant l’équilibre confessionnel, intègre des figures de divers horizons pour gérer ces crises.
Les recherches sous les décombres se prolongent, avec des mises à jour régulières des autorités sur les progrès. Les implications pour les familles voisines incluent des évacuations préventives, tandis que les experts évaluent les coûts de renforcement structurel dans la zone.

