Beyrouth – Le Premier ministre Nawaf Salam a réaffirmé avec force, devant les ambassadeurs des pays arabes et étrangers réunis à Beyrouth, que « le Liban tout entier est victime » et que le gouvernement persévère dans sa détermination à faire respecter le monopole exclusif de l’arme par l’État, au bénéfice exclusif des Libanais. Cette déclaration solennelle intervient au lendemain d’une nouvelle escalade militaire marquée par des tirs de missiles et de drones depuis le territoire libanais et des frappes israéliennes de riposte.
Dans les termes précis rapportés par l’Agence nationale d’information, le chef du gouvernement a insisté : « La décision de la guerre et de la paix doit rester entre les mains de l’État et nous poursuivons notre travail avec tous nos partenaires internationaux pour arrêter l’agression israélienne ». Il a ajouté que « une partie des Libanais paie un prix très lourd, mais tout le Liban est victime », tout en soulignant la continuité de la politique de l’État visant à concentrer l’usage légitime de la force entre les seules mains des institutions légales.
Une prise de position au cœur d’une escalade brutale
Cette intervention diplomatique s’inscrit directement dans la séquence ouverte le 2 mars 2026. Ce jour-là, des projectiles ont été lancés depuis le Liban en direction de cibles israéliennes, provoquant une réaction immédiate et intense de l’armée israélienne. Les frappes ont visé notamment les banlieues sud de Beyrouth, plusieurs localités du Sud-Liban et des zones de la plaine de la Bekaa. Les premiers éléments communiqués par les services de sécurité et les hôpitaux font état de dizaines de morts et de centaines de blessés, avec un afflux massif de déplacés vers des centres d’accueil improvisés dans le Nord et les régions montagneuses.
Face à cette situation, le Conseil des ministres, réuni en session d’urgence sous la présidence du chef de l’État, le général Joseph Aoun, a adopté une position sans équivoque. Le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé le rejet absolu de toute action militaire ou sécuritaire lancée depuis le territoire libanais en dehors du cadre des institutions légales. Il a qualifié ces actes de « violation flagrante des décisions du Conseil des ministres » et de « sortie de la volonté de la majorité des Libanais ».
Le tournant historique du Conseil des ministres
Dans le détail de la décision gouvernementale rendue publique immédiatement après la session, le cabinet a ordonné l’interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, considérées comme illégales et extérieures au cadre constitutionnel. Le parti est désormais sommé de remettre l’ensemble de son arsenal à l’État libanais et de se limiter strictement à son rôle politique dans le respect des institutions. Le Premier ministre a explicitement demandé aux forces armées et aux services de sécurité de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher tout nouveau lancement de roquettes, de drones ou d’opérations similaires.
Cette ligne de conduite s’appuie sur le principe constitutionnel selon lequel la décision de la guerre et de la paix relève exclusivement de l’État. Elle s’inscrit dans la continuité des engagements pris par le gouvernement Salam depuis sa formation en février 2025, engagements réitérés à plusieurs reprises devant la communauté internationale, notamment lors des rencontres avec les envoyés français, américains et arabes.
Les efforts de longue date pour restaurer l’autorité de l’État
Depuis l’entrée en fonction du cabinet dirigé par Nawaf Salam, la question du monopole de l’arme constitue l’un des axes prioritaires de l’action gouvernementale. Le plan élaboré par l’armée libanaise, adopté en Conseil des ministres, a déjà permis de réaliser une première phase au sud du Litani, avec un déploiement renforcé des troupes régulières et une collecte progressive d’armes non autorisées dans cette zone. La seconde phase, visant les régions situées au nord du fleuve, est désormais engagée avec une détermination accrue.
Le Premier ministre a rappelé à plusieurs reprises que cette politique ne constitue pas une concession à des pressions extérieures, mais une nécessité libanaise interne, conforme à l’accord de Taëf et à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution, adoptée en 2006, exige précisément le désarmement de tous les groupes armés non gouvernementaux et le déploiement exclusif de l’armée libanaise le long de la frontière sud.
La dimension diplomatique et le soutien international
Lors de sa rencontre avec le corps diplomatique, Nawaf Salam a tenu à souligner le travail constant mené avec les partenaires internationaux pour mettre fin à l’agression israélienne. Il a évoqué les contacts permanents avec les capitales arabes, européennes et avec les États-Unis, ainsi que la coopération avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) et le mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Plusieurs ambassadeurs, dont le représentant français, ont d’ailleurs transmis dans les heures suivantes le soutien explicite de leurs pays à la position ferme du gouvernement libanais.
Cette diplomatie active vise à isoler les acteurs qui tentent de contourner l’autorité de l’État et à obtenir une désescalade rapide. Le chef du gouvernement a insisté sur le fait que le Liban, en tant que victime collective, ne saurait être tenu responsable des actes isolés qui le plongent à nouveau dans le cycle de la violence.
L’impact immédiat sur une économie déjà exsangue
L’escalade du 2 mars 2026 vient frapper une économie libanaise encore convalescente après des années de crise structurelle. Les hausses de prix, déjà perceptibles depuis plusieurs semaines en raison des tensions régionales, se sont accélérées dans les heures suivant les frappes. Les marchés de Beyrouth, de Tripoli et de Saïda ont enregistré une augmentation rapide des denrées de première nécessité, du carburant et des produits de base, liée aux craintes de pénuries et aux perturbations des routes d’approvisionnement.
Dans les régions agricoles du Sud et de la Bekaa, particulièrement touchées, les dommages aux cultures et aux infrastructures de transport aggravent une situation déjà précaire. Les prix des légumes, des fruits et des produits laitiers ont grimpé de manière notable, tandis que le coût du transport et de l’énergie suit la même courbe ascendante. Des milliers de familles déplacées se retrouvent confrontées à une inflation supplémentaire dans les zones d’accueil, où la demande excède soudainement l’offre disponible.
Le gouvernement, conscient de ces réalités, maintient une coordination étroite avec la Banque du Liban et le ministère des Finances pour garantir la continuité des paiements publics et l’acheminement de l’aide d’urgence. Le Premier ministre a rappelé que la stabilité monétaire et la protection du pouvoir d’achat des citoyens constituent des priorités parallèles à la défense de la souveraineté.
Les conséquences humanitaires et les mouvements de population
Les frappes israéliennes ont provoqué un nouvel exode interne. Des villages entiers du Sud ont été évacués sur ordre des autorités militaires, tandis que les banlieues sud de la capitale ont vu leurs habitants fuir vers le Nord et la montagne. Les écoles, les centres communautaires et les bâtiments publics ont été réquisitionnés pour accueillir les déplacés, dont le nombre s’élève déjà à plusieurs dizaines de milliers selon les estimations des services de la protection civile.
Les organisations humanitaires internationales, en lien avec le gouvernement, ont commencé à distribuer des aides alimentaires et médicales. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de préserver l’unité nationale face à cette épreuve collective, rappelant que « tout le Liban paie le prix » et que la réponse doit être nationale et non confessionnelle ou partisane.
Le cadre légal et constitutionnel de la décision gouvernementale
La position adoptée par le Conseil des ministres s’appuie sur plusieurs textes fondamentaux. Outre l’accord de Taëf de 1989, qui consacre le monopole de la violence légitime à l’État, et la résolution 1701, le gouvernement s’est référé à son propre programme ministériel approuvé en 2025. Celui-ci place la restauration de l’autorité de l’État au premier rang des priorités, aux côtés de la réforme économique et de la lutte contre la corruption.
Le ministre de la Défense, dans les heures suivant la décision, a confirmé que l’armée libanaise dispose des instructions claires pour appliquer le plan de désarmement sur l’ensemble du territoire. Des unités supplémentaires ont été déployées dans les zones sensibles pour prévenir toute nouvelle initiative unilatérale.
La réaction des acteurs politiques et la cohésion nationale
Si certaines voix au sein de l’opposition ont salué la fermeté gouvernementale, d’autres, proches du Hezbollah, ont exprimé leur désaccord, estimant que cette politique affaiblit la capacité de dissuasion nationale. Le Premier ministre a répondu par avance à ces critiques en rappelant que le monopole de l’arme n’est pas une option mais une obligation constitutionnelle, et que toute action contraire expose le pays entier à des représailles disproportionnées.
Les consultations se poursuivent au Parlement, où plusieurs commissions examinent les modalités pratiques de mise en œuvre de la décision du 2 mars. Des réunions techniques sont également prévues avec les représentants des forces de sécurité pour coordonner les opérations sur le terrain.
Les opérations en cours et les mesures immédiates prises par les autorités
Dans les heures ayant suivi la déclaration du Premier ministre aux ambassadeurs, les forces armées ont renforcé leur présence le long des axes principaux du Sud et de la Bekaa pour sécuriser les routes d’évacuation et empêcher tout nouveau mouvement de troupes non autorisées. Les services de renseignement travaillent en coordination avec leurs homologues internationaux pour identifier les responsables des tirs du 2 mars et engager les poursuites judiciaires prévues par la loi.
Parallèlement, le ministère de l’Intérieur a activé le plan d’urgence pour les déplacés, avec la mise en place de centres d’accueil supplémentaires et la mobilisation des réserves de carburant et de denrées stockées par l’État. La Banque du Liban, de son côté, a confirmé le maintien d’une liquidité suffisante pour permettre le versement des salaires publics et le financement des opérations humanitaires d’urgence.
Les contacts diplomatiques se sont intensifiés : plusieurs ambassadeurs ont été reçus individuellement au Grand Sérail pour recevoir des précisions sur les mesures adoptées et sur la volonté du gouvernement de poursuivre le dialogue avec tous les partenaires afin de rétablir le calme. Ces échanges visent à consolider le soutien international à la position libanaise et à préparer les conditions d’une désescalade durable sur la ligne bleue. Les autorités continuent de suivre heure par heure l’évolution de la situation sécuritaire et ses répercussions directes sur la vie quotidienne des Libanais confrontés à ces nouvelles hausses de prix et à l’instabilité régionale.
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