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Netanyahou assume l’élargissement de la zone tampon au Liban

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Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a franchi un nouveau cap mercredi en affirmant qu’Israël était en train d’élargir sa « zone tampon » au Liban afin d’éloigner la menace du Hezbollah de la frontière nord. Dans une vidéo diffusée par son bureau, il a expliqué qu’Israël avait déjà créé « une véritable zone de sécurité » pour empêcher les infiltrations vers la Galilée et qu’il s’employait désormais à l’élargir pour repousser la menace des missiles antichars et installer un cordon plus étendu. Cette déclaration donne une portée politique explicite à ce que l’appareil militaire israélien et le ministre de la Défense avaient déjà laissé entendre ces derniers jours : le sud du Liban n’est plus seulement un théâtre de frappes ponctuelles, mais l’objet d’une recomposition militaire assumée, avec la perspective d’un contrôle prolongé jusqu’au Litani.  

Derrière le vocabulaire de la « sécurité », c’est bien une extension du contrôle militaire israélien sur une partie du territoire libanais qui se dessine. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déjà affirmé vouloir tenir une large bande du Liban-Sud jusqu’au Litani, soit environ un dixième du territoire libanais. Cette ligne s’accompagne de destructions ciblées d’infrastructures, notamment de ponts, et d’une pression accrue sur les localités proches de la frontière. L’annonce de Netanyahou s’inscrit donc dans une séquence où l’objectif affiché n’est plus seulement de frapper le Hezbollah, mais de redessiner durablement la profondeur militaire au nord d’Israël, au prix d’une transformation du terrain libanais.  

Une doctrine de sécurité qui prend une dimension territoriale

Le discours israélien continue de présenter cette évolution comme une mesure défensive. Officiellement, il s’agit d’empêcher les infiltrations, de protéger les localités du nord d’Israël et de maintenir à distance les missiles antichars du Hezbollah. Mais le glissement est désormais clair. Il ne s’agit plus seulement d’opérations limitées ou de ripostes ponctuelles. En plaçant le Litani au cœur de sa doctrine, Israël donne à sa zone de sécurité une profondeur stratégique qui dépasse largement la simple bordure frontalière.  

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Cette évolution change la nature du conflit. Pendant longtemps, Israël a présenté ses opérations au Liban comme des actions ciblées contre les capacités militaires du Hezbollah. Désormais, le langage officiel assume une présence élargie sur le sol libanais. Ce glissement ouvre immédiatement plusieurs questions : combien de temps cette zone sera-t-elle tenue, que deviendront les habitants déplacés du Sud, et où s’arrête la logique de “prévention” pour commencer celle d’une occupation de fait. Même parmi les partenaires d’Israël, cette rhétorique suscite des réserves, car elle touche directement à la souveraineté libanaise.  

Des bombardements qui accompagnent l’extension annoncée

L’annonce de Netanyahou intervient dans un contexte de pression militaire continue sur le Liban-Sud. Les derniers bilans relayés dans la journée au Liban font état d’un coût humain toujours plus lourd, avec plus de 1 000 morts depuis début mars. Les zones frappées ces dernières heures montrent que l’intensification ne se limite pas à une bande étroite au contact de la frontière. Des frappes israéliennes ont été signalées à Mieh Mieh, à l’est de Saïda, où trois personnes ont été tuées, ainsi qu’entre Adloun et Abou al-Aswad, où deux personnes ont trouvé la mort. Un raid a aussi visé un bâtiment à Tyr et une attaque de drone a touché une moto à Maaraké. La veille, une frappe sur un appartement à Hazmieh, près de Beyrouth, avait fait un mort.  

Ces frappes ne doivent pas être lues comme une simple succession d’incidents locaux. Elles accompagnent une stratégie plus large de pression sur le Sud et sur les infrastructures de circulation. La destruction de ponts et de maisons, relevée ces derniers jours, s’inscrit dans une logique d’isolement du terrain, de restriction des mouvements et d’empêchement d’un retour rapide à la vie civile. Pour les habitants, la « zone tampon » n’est donc pas une abstraction militaire. Elle se traduit concrètement par des routes coupées, des villages vidés, des bâtiments détruits et une incertitude croissante sur la possibilité même de rentrer chez soi.  

Les fermes de Chebaa au cœur des opérations terrestres

L’autre élément important de la journée concerne l’annonce de l’armée israélienne sur une opération menée dans le secteur de fermés de Chebaa — et non, du point de vue libanais, “Mount Dov”. Israël affirme y avoir arrêté un chef de cellule des Brigades de la résistance libanaise, groupe présenté comme affilié au Hezbollah et impliqué dans des attaques contre ses troupes. Selon le communiqué israélien, cette opération résulte d’une surveillance de renseignement prolongée et le suspect a été transféré en Israël pour interrogatoire.  

Le choix des mots compte ici. Parler de “Mount Dov” revient à adopter la dénomination israélienne. Dans la perspective libanaise, il s’agit des fermes de Chebaa, territoire occupé et disputé, chargé d’une forte portée politique et symbolique. Employer ce nom n’est pas un détail de style. C’est restituer le cadre libanais du conflit. L’annonce israélienne sur cette opération terrestre sert d’ailleurs son récit du jour : elle permet de justifier l’élargissement de la zone tampon par l’existence persistante de cellules armées actives dans des secteurs frontaliers sensibles. Mais, vue du Liban, elle renforce surtout l’idée d’un élargissement de la présence militaire israélienne sur des espaces déjà au cœur du contentieux territorial.  

Une guerre qui ne vise plus seulement les combattants

Ce qui frappe dans la séquence actuelle, c’est que la guerre ne se lit plus seulement à travers les affrontements entre Israël et le Hezbollah. Elle touche les infrastructures, les axes de circulation et les conditions de survie mêmes des civils. En détruisant ponts, maisons et bâtiments dans le Sud, Israël transforme la zone frontalière en espace de dépeuplement et de contrôle. Les autorités israéliennes justifient ces actions par la nécessité d’empêcher le Hezbollah de se réimplanter ou de déplacer hommes et armes. Mais pour le Liban, cela signifie surtout un Sud de plus en plus disloqué, où le retour devient matériellement plus difficile à mesure que la guerre avance.  

Le coût humain s’inscrit dans ce cadre. Les morts et les blessés ne sont pas seulement le produit de frappes ponctuelles. Ils sont aussi le symptôme d’un environnement civil qui s’effondre progressivement. Une route coupée ralentit les secours. Un pont détruit complique l’accès aux hôpitaux. Un village vidé rend le retour plus incertain. C’est ce qui donne à la formule israélienne de « zone tampon » une signification beaucoup plus lourde au Liban : elle ne désigne pas seulement un périmètre de sécurité, mais la possible installation d’une nouvelle réalité territoriale imposée par la force.  

Une annonce qui pèse aussi sur le front politique libanais

La déclaration de Netanyahou tombe au moment où le Liban traverse déjà une crise politique intérieure majeure autour du Hezbollah, de l’Iran et du monopole des armes. Beyrouth a ordonné le départ de l’ambassadeur iranien, dans un geste sans précédent récent, tandis que le Hezbollah refuse toute négociation « sous le feu » et présente la poursuite du combat comme une nécessité nationale. L’annonce israélienne sur la zone tampon ajoute une pression supplémentaire sur l’État libanais. Elle nourrit à la fois les accusations d’expansionnisme israélien et, paradoxalement, l’argumentaire du Hezbollah selon lequel la menace territoriale justifie le maintien de la résistance armée.  

C’est l’un des paradoxes de la séquence. Plus Israël assume publiquement son avancée au Liban, plus il fragilise les partisans d’une simple désescalade institutionnelle. Et plus le Hezbollah peut présenter ses armes comme la réponse à un projet territorial israélien, même au moment où une partie croissante de l’opinion libanaise le tient pour responsable d’avoir entraîné le pays dans la guerre. La déclaration de Netanyahou n’est donc pas seulement une annonce militaire. C’est aussi un événement politique qui recompose le débat intérieur libanais.  

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