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Les nominations clés : des postes au centre des enjeux internationaux
Le gouverneur de la Banque centrale, le ministre des Finances et le commandant de l’armée libanaise sont des postes stratégiques, non seulement pour l’administration libanaise, mais aussi pour ses relations internationales. Ces fonctions, liées aux réformes économiques, à la sécurité nationale et aux négociations financières internationales, font l’objet d’une attention particulière des États-Unis. Les pressions exercées par Washington visent à garantir que ces nominations soient alignées avec les attentes des bailleurs de fonds et des institutions internationales.
Cependant, la stratégie américaine est guidée par une volonté claire de limiter l’influence du Hezbollah. Cette priorité stratégique a souvent conduit Washington à soutenir des figures controversées, comme Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque centrale. Bien que son rôle ait été présenté comme essentiel à la stabilité économique, Salamé est désormais accusé d’avoir orchestré des politiques financières opaques et d’avoir contribué à la corruption systémique.
La Banque centrale : un poste stratégique sous influence
Le poste de gouverneur de la Banque du Liban reste au cœur des discussions internationales. La Banque joue un rôle crucial dans la stabilisation de la livre libanaise, dont le taux de change avoisine désormais 89 700 livres pour un dollar, et dans la mise en œuvre des politiques économiques nécessaires pour débloquer les aides internationales. Les États-Unis insistent sur la nomination d’une figure apolitique et compétente, jugée acceptable par le FMI et les autres partenaires internationaux.
Cependant, le soutien passé des Américains à Riad Salamé reflète les contradictions de leur approche. Sous sa gouvernance, la Banque centrale a mis en œuvre des « ingénieries financières » coûteuses qui ont creusé les déficits et fragilisé l’économie. Bien que Salamé ait été perçu comme un rempart contre l’influence du Hezbollah, ses pratiques ont contribué à une dégradation sans précédent de la confiance des Libanais envers le système bancaire. Les débats actuels sur sa succession mettent en lumière la difficulté pour les États-Unis de réconcilier leurs objectifs politiques et économiques.
Dans des câbles publiés par Wikileaks, Feltman aurait reconnu que la gestion financière de Salamé comportait des risques élevés de détournements, mais qu’il restait un acteur clé pour contenir les forces politiques opposées à Washington, notamment le Hezbollah. Ces informations soulignent comment les États-Unis ont pu tolérer, voire encourager, un système économiquement dysfonctionnel pour poursuivre leurs objectifs géopolitiques.
Le commandant de l’armée : garantir la neutralité
La nomination du commandant de l’armée libanaise est un autre dossier clé pour les États-Unis, principaux bailleurs de fonds de l’institution militaire. L’armée libanaise, considérée comme une force neutre face aux tensions confessionnelles et politiques, reçoit chaque année plusieurs centaines de millions de dollars en assistance américaine. Washington considère cette institution comme un contrepoids essentiel à l’influence du Hezbollah.
Les discussions autour de ce poste reflètent une volonté de préserver l’indépendance de l’armée. Les noms évoqués doivent répondre à des critères stricts, notamment une expérience militaire solide et une distance claire vis-à-vis des partis politiques. Les États-Unis cherchent à éviter toute politisation de l’armée, en soulignant que l’aide militaire pourrait être suspendue si des figures partisanes accédaient à ce rôle.
Le ministère des Finances : un pivot des réformes
Le ministre des Finances, traditionnellement issu de la communauté chiite, joue un rôle crucial dans les négociations avec le FMI et les créanciers internationaux. Ce poste, actuellement occupé par un ministre par intérim, fait l’objet d’intenses discussions. Les États-Unis insistent sur la nomination d’un candidat capable de mettre en œuvre des réformes budgétaires et de rétablir la transparence dans la gestion des finances publiques.
Cependant, le rôle du ministre des Finances est également perçu par Washington comme un outil pour limiter l’influence du Hezbollah sur les ressources de l’État. Cette approche conduit parfois à des compromis controversés, où l’objectif de neutraliser des forces perçues comme hostiles prend le pas sur les considérations liées à la compétence ou à l’intégrité.
Les critiques de l’ingérence américaine
Si les pressions américaines visent à favoriser des réformes, elles suscitent également des critiques parmi les acteurs politiques libanais. Certains dénoncent une atteinte à la souveraineté nationale, accusant Washington d’utiliser ces nominations comme un levier pour imposer ses propres priorités. D’autres, en revanche, estiment que cette pression est nécessaire pour briser l’immobilisme des élites libanaises et éviter une prise de contrôle accrue par des groupes comme le Hezbollah.
Les critiques soulignent également que la stratégie américaine est parfois contradictoire. En cherchant à limiter l’influence du Hezbollah, Washington a soutenu des figures comme Riad Salamé, dont les pratiques douteuses ont contribué à la crise actuelle. Cette approche, perçue comme pragmatique à court terme, a exacerbé les fragilités économiques et institutionnelles du Liban.
Une stratégie conditionnelle mais risquée
Les nominations clés au Liban montrent comment les États-Unis utilisent leur influence comme levier diplomatique. Cependant, cette stratégie repose sur la capacité des dirigeants libanais à surmonter leurs divisions et à parvenir à des compromis. Les retards accumulés dans ces nominations risquent de freiner davantage l’accès aux aides internationales, aggravant une situation économique déjà critique.



