De longue date, lâArabie saoudite a caressé le rêve dâaccéder au rang de «puissance du seuil», à lâinstar de son grand rival, la République Islamique iranienne, finançant clandestinement le programme nucléaire pakistanais avec pour objectif sous-jacent de doter lâIslam sunnite de lâarme atomique, face à lâInde majoritairement hindouiste et à lâIran chiite.
Deux autres puissances limitrophes font planer des menaces sur «la Terre de la prophétie»:
- lâURSS, que le «Gardien des Lieux saints de lâIslam», combattra vigoureusement aux quatre coins de la planète, de lâAfghanistan au Nicaragua, en passant par lâAfrique via le Safari club et le djihadisme islamiste.
- Israël, mais cette menace là valait argument propagatoire pour la consommation intérieure en quelque sorte, en raison du fait que lâArabie saoudite était au sein du monde arabo musulman lâallié privilégié des Ãtats-Unis, le protecteur de lâÃtat hébreu, dâune part, et que la dynastie wahhabite, dâautre part, avait dès la décennie 1980 â câest à dire dès lâavènement de la République Islamique iranienne- amorcé un processus souterrain de rapprochement avec Israël, un état considéré alors comme lâennemi officiel des Arabes et lâusurpateur de la Palestine.
Pour aller plus loin sur ce sujet, cf à ce propos
Explorez la carte en direct des evenements et points de situation.
- https://www.renenaba.com/salmane-israel-13-relations-saoudo-israeliennes-decennie-1980/
- https://www.madaniya.info/2016/03/08/salmane-israel-2-3-moujtahed-acte-3/
Mais le fait que les deux puissances atomiques du Monde musulman soient, le premier, le Pakistan, un état sunnite non arabe, le second, pire, lâIran, un état non arabe et non sunnite, faisait ombrage au leadership spirituel du chef de file du Monde musulman.
Il sera vécu comme une humiliation à lâorgueil national saoudien, dâautant plus vive que le Monde arabe constitue le cÅur historique de lâIslam et que la langue arabe, la langue de prière et de propagation de lâIslam.
Envisagé par le Prince Sultan Ben Abdel Aziz, inamovible ministre de la défense pendant près dâun demi siècle, en poste de 1963 à 2011, et père du prince Bandar Ben Sultan, lâancien commandant en chef occulte de la Légion Islamique des groupements terroristes, ce rêve sera poursuivi par le Roi Abdallah qui édifiera une «cité atomique» portant son nom, ainsi que son successeur le Roi Salmane.
Le Roi Abdallah a dâailleurs passé une grande partie de ces quinze dernières années à envisager sérieusement la construction de réacteurs nucléaires. En 2011, il a annoncé un ambitieux projet concernant la construction de seize réacteurs qui génèreraient 18 gigawatts dâélectricité en vingt ans, plus quâun quart des besoins prévisionnels en énergie du royaume.
Le relais du Roi Salmane
Le double véto essuyé par lâArabie saoudite tant de la part des Ãtats Unis que dâIsraël nâa pas découragé son successeur Salmane de reprendre à son compte le projet nucléaire saoudien, fort, soutenait-il, de son partenariat avec Donald Trump, artisan du «Muslim Ban», et surtout de la complicité de son fils, le prince héritier Mohamad Ben Salmane avec le gendre présidentiel américain Jared Kushner, maitre dâÅuvre de la «transaction du siècle», le bradage de la Palestine avec la caution des pétromonarchies du Golfe.
Mais le comportement compulsif de ce prince fougueux (affaire Jamal Khashoggi) a sérieusement compliqué la tâche du royaume et dressé des obstacles complémentaires sur son chemin, réduisant considérablement la possibilité dâobtenir le feu vert américain.
Le 19 Février 2019, soit cinq mois après lâassassinat du journaliste saoudien au consulat saoudien à Istanbul et quatre mois après la reconquête de la chambre des représentants par les démocrates, le «comité de surveillance et de réforme de la chambre des représentants des Ãtats-Unis» alertait lâopinion sur les manÅuvres de coulisses de lâadministration Trump en vue dâopérer un transfert de la technologie nucléaire sensible américaine au Royaume saoudien. Le rapport se fondait sur des témoignages confidentiels parvenus au comité, faisant office en la matière de lanceurs dâalerte.
Le Plan Marshall nucléaire pour le Moyen Orient
Selon ce rapport, lâadministration républicaine a participé à plusieurs activités secrètes notamment la constitution dâun groupe de conseillers occultes autour de Donald Trump, constitué principalement de généraux à la retraite, en vue de mettre sur pied un consortium de firmes américaines chargé de lâédification de centrales nucléaires en Arabie saoudite.
Derek Harvey, responsable du Moyen Orient et de lâAfrique du Nord au sein du Conseil National de Sécurité (Février-Juillet 2017), précise que Donald Trump a donné son feu vert au lancement dâun plan Marshall nucléaire» pour le Moyen Orient, «dans la première semaine de son mandat».
Ce plan, mis au point par le général Michael Flynn, éphémère président du Conseil National de Sécurité, devait déboucher sur lâinstallation dâune dizaine de centres IP3 au Moyen orient, câest à dire des centres de productions dâénergie nucléaire de type IP3, dont lâun est en cours dâinstallation en Arabie saoudite.
A lâintention du locuteur arabophone, pour aller plus loin sur ce sujet, cf ce lien
« Les interactions de lâadministration Trump avec lâArabie saoudite ont été faites dans le secret, ce qui soulève dâimportantes questions sur la nature de la relation », indique le rapport, citant les relations étroites du gendre de Donald Trump, Jared Kushner avec la famille royale saoudienne, ainsi que la réponse de Trump à lâassassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.
Le rapport parlementaire américain met lâaccent en outre sur la nécessité pour lâArabie saoudite se se conformer à la convention 123 américaine concernant la non prolifération nucléaire. Mais Derek Harvey a passé outre aux objections de la commission parlementaire et a transmis de la technologie nucléaire à lâArabie saoudite. A ce jour, un seul centre de ce type est en phase dâexécution en Arabie saoudite.
Donald Trump sâest retiré en 2017 de lâaccord sur le nucléaire avec lâIran, qui empêchait le rival régional de lâArabie saoudite de mettre au point une arme nucléaire, affirmant quâil allait à lâencontre des intérêts des Ãtats-Unis.
Depuis lors, lâAgence internationale de lâénergie atomique, qui surveille les programmes nucléaires de lâIran, a régulièrement signalé que la République Islamique ne travaillait pas sur une arme nucléaire. Mais Trump et les hauts responsables de son gouvernement rejetteront régulièrement les rapports des services de renseignement américains selon lesquels lâIran ne travaille pas sur une arme nucléaire.
En réponse à lâassassinat de Jamal Kashoogi,Trump sâest montré disposé à accepter la version donnée par lâArabie saoudite, malgré une évaluation de « grande confiance » de la CIA selon laquelle le prince héritier Mohammed ben Salman a commandité lâassassinat.
Lâempressement de Donald Trump à parvenir à un accord avec Riyad, son dangereux mépris envers des décennies de prudence en matière de nucléaire pourrait avoir des conséquences désastreuses.
Un marché nucléaire de 14 milliards de dollars.
Fin janvier 2019, lâArabie saoudite se félicitait publiquement dâavoir reçu des offres de cinq pays pour la construction de réacteurs nucléaires dans la région riveraine du Golfe dâune valeur de 14 milliards de dollars.
Effet dâannonce orchestré par la garde rapprochée du prince héritier saoudien, en pleine quarantaine diplomatique internationale et soucieux de valoriser son action auprès de son opinion intérieure, les digitalistes des réseaux sociaux saoudiens célébraient alors, au diapason, lâémergence dâune «Grande Arabie saoudite», «Puissance nucléaire».
Le 5 novembre 2018, soit un mois après lâassassinat de Jamal Khashoggi, MBS inaugurait 7 projets qualifiés par les médias saoudiens de «stratégiques», notamment la pose de la première pierre du «Centre de Recherches Nucléaires Saoudien». Une opération de relations publiques destinée à restaurer son image ternie auprès de lâopinion interne saoudienne.
Le précédent dâAbou Dhabi
Les centres de recherches sont nombreux à travers le monde, notamment au sein des universités. Leur création ne nécessite pas lâaccord préalable des grandes puissances nucléaires. Six pays arabes disposent de neuf centres de recherches de lâénergie atomique. Neuf sur un total de 168 à travers le Monde.
Les Ãmirats arabes Unis ont ainsi ratifié, en 2009, la convention 123 américaine concernant la non prolifération nucléaire et ont été autorisés à édifier un centre dans la périphérie dâAbou Dhabi. Ce centre sera opérationnel en 2019, mais son fonctionnement sera soumis à un contrôle rigoureux: lâUranium sera fourni par les Américains qui en superviseront lâusage.
Les Saoudiens rejettent depuis 2011 cette tutelle et insistent pour être exonérés de la clause de non prolifération se ménageant ainsi la possibilité de faire évoluer la recherche nucléaire saoudienne vers une application militaire.
Israël et les Ãtats-Unis hostiles à lâaccession des pays arabes à la technologie nucléaire
En Mars 2018, Mike Pompeo, secrétaire dâétat, avait essuyé de vives critiques de la part du sénateur républicain Rand Paul, lors de son audition devant la commission des Affaires étrangères du sénat américain, à lâoccasion du débat sur la décision de Donald Trump de se retirer unilatéralement de lâaccord international sur le nucléaire iranien.
Rand Paul à Mike Pompeo: «Comment lâadministration Trump compte-t-elle concilier des attitudes aussi contradictoires en exigeant une stricte application des conditions de non prolifération de la part de lâIran et son laxisme à lâégard dâautres pays du Moyen orient ?»
Réponse Mike Pompeo: «Nous avons demandé aux Saoudiens exactement les mêmes choses que nous avons demandé aux Iraniens. Les Saoudiens nous ont assuré quâils cherchaient à développer un programme nucléaire à usage pacifique. Nous leur avons demandé dâobserver des critères conformes à la règle dâor instaurée par la convention 123 américaine concernant la non prolifération».
Les propos de Mike Pompeo donnent à penser que les Ãtats Unis, et derrière eux Israël, ont mis leur veto aux Saoudiens. Israël et les Ãtats Unis sont, en effet, soucieux quâaucun pays arabe, quelque soit son degré de partenariat avec les Ãtats Unis, ne dispose de la capacité dâenrichissement de lâuranium.
Toujours à cette même date de Mars 2018, en prélude à son voyage aux Ãtats Unis, dans une opération de relations publiques destinée à lui gagner les faveurs de lâopinion occidentale, MBS avait assuré à la chaine CBS que lâArabie saoudite ne cherchait pas à se doter de la bombe atomique. « »LâArabie saoudite ne souhaite pas acquérir de bombe atomique, mais il est évident que si lâIran développait une bombe atomique, nous ferions de même, et dans les meilleurs délais », avait déclaré le prince héritier saoudien en 2018, rejetant la responsabilité de lâescalade sur lâIran.
Le lobby pro nucléaire saoudien aux Etats Unis: les Mic Mac de Pillsbury Winthrop Shaw Pittman et de Jeremy Meyerfield and co.
Les propos du prince héritier saoudien ont coïncide avec la décision de Riyad de sâoffrir les services de trois importants groupes de pression américains en vue du lobbying en faveur du nucléaire saoudien.
A- Pillsbury-Whinthrop-Shaw-Pittam
Sous Abdallah, la «Cité Atomique Roi Abdallah», pour surmonter la vive opposition du congrès américain au programme nucléaire saoudien avait conclu, en juillet 2011, avec Pillsbury-Winthrop-Shaw-Pittman, un contrat en vue de conseiller le gouvernement saoudien dans ses démarches visant à obtenir le feu vert de Washington au lancement du programme nucléaire saoudien.
Le coût de la prestation sâétablissait comme suit:
- Grands conseillers (senior): 875 dollars par heure de travail.
- Moyens conseillers (junior): 775 dollars
sur une base de 10 heures de travail par jour avec un minimum garanti de 2.250 dollar par jour, soit trois heures de travail par jour en moyenne.
Lâaccord a été conclu pour une durée de trois ans. Mais, curieusement, la firme ne sâest livrée à aucune activité de lobbying dans ce domaine en faveur de la «Cité atomique Roi Abdallah».
Autre grosse surprise qui accentue le mystère, Pillsbury and co, dans une démarche non moins curieuse, a avisé le ministère américain de la justice que son contrat avec les Saoudiens avait pris fin, le 23 Janvier 2015, le jour de lâintronisation du Roi Salmane. Sâest posé alors la question de lâidentité des bénéficiaires de ce contrat de lobbying et son usage.
Nouveau rebondissement: A la veille de la visite de MBS aux Etats Unis, au printemps 2018, le ministère saoudien de lâindustrie et des minerais, prenant la relève de «La Cité Atomique Roi Abdallah» concluait un contrat avec 3 groupes de pression pour aider Riyad à arracher lâagrément de Washington à un programme nucléaire à mettre en oeuvre à la «Cité Atomique». Riyad a sans doute jugé plus discret de mettre en avant le ministère de lâindustrie et des mineraios et non la «Cité Atomique Roi Abdallah» dont lâun des termes sent le souffre.
Tout aussi curieusement, Pillsbury and co a été sollicité à nouveau dans cette transaction. Lâaccord conclu par mel le 18 février 2018 a été confirmé par une convention officielle, le 22 janvier 2019, à lâoccasion de 4eme anniversaire de lâintronisation du Roi Salmane, 3 mois après lâéquarrissage de Jamal Khashoggi.
Pillsbury est ainsi devenu agent officiel du ministère saoudien de lâindustrie et son démarcheur officiel auprès de lâadministration américaine.
B- Jeremy Meyerfield:
Signataire pour le compte du consortium Pillsbury de lâaccord de lobbying pro saoudien, Jeremy Meyerfield est un homme dâinfluence et de réseaux, aux multiples facettes.
Délégué de la commission américaine pour la réglementation de lâénergie atomique (1997-2008), ancien conseiller juridique du Sénat américain, Jeremy Meyerfield est lâhomme qui a supervisé lâopération fusion acquisition entre Westinghouse, General Electric et Brookfield Business, assurant au nouveau groupe la gestion de 450 réacteurs nucléaires à travers le monde. Il bénéficiait, de surcroît, du soutien de Donald Trump pour la fourniture à lâArabie saoudite de réacteurs nucléaires.
Tâche sombre sur son tableau toutefois, Jeremy Meyerfield avait été accusé, deux mois avant sa retraite, dâavoir abusé de sa fonction en octroyant des facilités à trois entreprises, en contrepartie dâun emploi auprès de ces sociétés: Shaw Group, Westinghouse, General Electric.
Pillsbury deviendra par la suite le pivot dâune structure de Shaw Group, qui prendra le nom de Pillsbury-Winthrop-Shaw-Pittman LLP
Le consortium conclura un accord avec le prince héritier saoudien Mohamad Ben Salmane via David Colingten, ancien secrétaire de lâARAMCO, le géant pétrolier saoudien, poste quâil occupa de 2010 à 2018, avant de prendre sa retraite et dâouvrir un cabinet dâavocat au Texas. Il percevra une prestation de 450.000 dollars pour prix de son intervention, dont lâobjectif final est la lâadhésion saoudienne à la convention 123 américaine, ultime étape avant libre disposition dâun réacteur nucléaire çà usage commercial. Le contrat sera signé par le ministère saoudien de lâénergie et la cité atomique Roi Abdallah.
Tour cet édifice onéreux et structuré de même que le processus mis en Åuvre pour accéder à la possibilité de lancer un programme nucléaire ambitieux fiable sâest effondré avec lâassassinat de Jamal Khashoggi. Toutefois, le sénateur Tim Kaine, (démocrate-Minnesosta), membre de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, a accusé lâadministration Trump dâavoir autorisé des transferts de technologie nucléaire au Royaume saoudien à deux reprises depuis lâélimination du journaliste saoudien: la première fois en octobre 2017, seize jours après lâéquarrissage de lâopposant, et la deuxième fois, le 20 Février 2019.
Sur ce lien , pour le lectorat arabophone la déclaration du sénateur Tim Kaine
Pour aller plus loin sur le lobby pro saoudien aux Etats-Unis, cf :
- https://www.madaniya.info/2019/03/20/le-lobby-pro-saoudien-aux-etats-unis-1-2/
- https://www.madaniya.info/2019/03/20/le-lobby-pro-saoudien-aux-etats-unis-1-2/
Le nucléaire saoudien entre les phases de lucidité du Roi Fahd et les velléités de son frère, le prince Sultan.
Le Roi Fahd, qui régna 23 ans sur lâArabie saoudite de 1982 à 2005, a exercé avant son accession au trône des responsabilités gouvernementales à des postes sensibles depuis 1962, date à laquelle il avait été nommé au poste clé pour la sécurité du Royaume de ministre de lâintérieur et vice premier ministre. En tandem avec son frère, le Prince Sultan, ministre de la défense, ils ont pris la décision dâengager lâArabie saoudite sur la voie du nucléaire.
Mais le programme saoudien balancera entre les phases de lucidité de Fahd et les velléités de Sultan, sans le moindre progrès en 30 ans de balancement, mais générateurs néanmoins de considérables rétrocommissions pour les divers intervenants.
Amateur de la dive bouteille, pensionnaire assidu des salles de jeux des casinos dâEurope, Fahd renoncera toutefois aux plaisirs champêtres et rupestres pour se draper dans la dignité de gardien austère des lieux saints de lâislam. 5eme monarque, Fahd sera victime dâune attaque cérébrale en 1995. Il sera affligé une dizaine dâannées dâhémiplégie, impotent à une période charnière de lâhistoire du Golfe (1995-2005) marquée par la rupture avec Oussama Ben Laden, chef dâAl Qaida et la 2eme guerre du Golfe contre lâIrak.
Sur la dynastie wahhabite, cf ce lien
Ci joint le Témoignage de Mohamad Al Massari, tel quâil a été rapporté par le journal libanais «Al Akbar», auteur de la révélation sur dossier nucléaire saoudien:
Titulaire dâun doctorat en physique nucléaire diplômé dâuune iniversité de la République Fédérale dâAllemagne, Mohamad Al Massari est un opposant historique à la dynastie wahhabite. Il a obtenu lâasile politique au Royaume-Uni en 1994. Il dirige le «Comité pour la défense des droits légitimes» du peuple saoudien, conseiller de la «Commission islamique des droits de lâhomme».
«En 1987, jâai été sollicité pour travailler au sein dâun comité chargé dâélaborer un programme nucléaire secret. Ce comité devait jeter les bases visant à doter le royaume saoudien de la capacité nucléaire, en sâappuyant principalement sur lâexpertise saoudienne en la matière.
«Ce projet a été lancé à lâinitiative dâun savant arabe résidant Londres, dont Massari ne rèvele pas lâidentité, qui sâest adressé au prince Sultan en ces termes: «lâArabie saoudite doit se lancer dans la mise au point dâun programme nucléaire afin de doter le royaume dâune force de dissuassion tant vis à vis de lâIran que dâIsraël et dâaffirmer sa prééminence».
«A lâinstigation du Prince Sultan, le comité secret a été constitué. Présidé par Rached Al Roubeidah, (Chimie), il était constitué de quatre autres savants spécialisés, lâun en géologie, lâautre en génie électrique, le 3eme en énergie, en plus de Massari (physique nucléaire).
«En fait lâobjet secret du comité était de mettre au point un programme visant à doter lâArabie saoudite de lâarme atomique. Le prince Sultan, ministre de la défense, a présidé les deux premières séances de travail du comité, lequel recommanda lâembauche de savants de pays arabes et musulmans, en leur octroyant la nationalité saoudienne.
Une demande en ce sens a été adressée au Pakistan.
«Lors de la 2me et ultime réunion, le prince Sultan était accompagné de deux officiers supérieurs saoudiens, qui avaient été missionnés pour servir dâofficiers de liaison entre le prince et le comité. Cette décision a déplu aux scientifiques hostiles à lâidée quâun programme scientifique, qui plus est nucléaire, soit placé sous le contrôle dâofficiers dépourvus de compétence en la matière.
«Contournant la tutelle, le président du comité adressa directement une lettre au Prince Sultan pour faire valoir ses observations et réclar une 3eme réunion sous son égide. Ce message est demeuré sans réponse.
«Au terme dâune attente de trois mois, le président du comité renouvelle sa tentative. En vain. Le président du comité jugea alors que les Saoudiens nâétaient pas sérieux dans leur volonté de se lancer dans un programme nuclaire fiable.
Mohamad Al Massari pense que «le Roi Fahd nâétait pas dans un état normal, car sâil avait été dans une phase de lucidité, il nâaurait jamais osé prendre cette décision, sachant pertinement quâil se serait heurté à un veto abolu américain».
Fin du témoignage de Mohamad Al Massari
Le prince Sultan en visite dans un centre nucléaire au Pakistan
En 1999, Sultan se rend au Pakistan, qui avait procédé un an plus tôt à des expériences nucléaires. Le prince saoudien a visité le centre nucléaire de Kahuna, à proximité dâIslamabad, sâinformant notamment sur le processus dâenrichissement de lâuranium, suscitant en retour de vives protestations de la part de Washington.
Depuis lors lâArabie saoudite a multiplié les allusions sur sa possibilité dâacquérir une arme atomique auprès du Pakistan et de se lancer dans un programme nucléaire en vue dâaméliorer la capacité de la bombe, en collaboration avec le Pakistan.
Les missiles chinois à la parade militaire de Hafr Al Baten
Invoquant la menace iranienne, lors de la phase des négociations de lâaccord international sur le nucléaire iranien (5+1), lâArabie saoudite a organisé en avril 2014 une grande parade militaire à la base de Hafr Al Baten, au nord est du Royaume, cloturant de manoeuvres militaires de grande envergure baptisées «Le Sabre dâAbdallah».
Lors de ce défilé, deux véhicules transportant des missiles de fabrication chinoise ont été montrés au public.
De type CSS-2, ces missiles avaient été achetés par lâArabie saoudite en 1987, à lâépoque de la constitution du comité scientifique secret saoudien. Mais leur participation à ce défilé révélait publiquement la possession par lâArabie saoudite de vecteurs ayant la capacité de se doter de charges nucléaires.
Le défilé sâest déroulé en présence du chef dâétat major de lâarmée pakistanaise, le général Rahul Charaf, présent à la tribune dâhonneur. Les observateurs en ont déduit que lâArabie saoudite a voulu adresser un claire message sur sa détermination à se doter de lâarme atomique, en coopération avec le Pakistan, si les négociations sur le nucléaire iranien aboutissaient.
Lâuniversité de Princeton: LâArabie saoudite nâa pas besoin de lâénergie atomique.
En mai 2014, soit un mois après la parade militaire de Hafr Al Baten, lâUniversité de Princeton un rapport établi par son laboratoire de prospectives nucléaires dans le cadre de son programme de recherche sur la sécurité mondiale, mettant en doute lâéconomie de lâélectricté produite par lâArabie saoudite.
Co signé par deux scientifiques, Ali Ahmad et M.F Ramaya, le rapport estimait que les «perspectives prometteuses offertes par lâénergie solaire en Arabie saoudite, tant du fait de la superficie du royaume que de son positionnement géographique, de même que les réserves de gaz naturel que recèle le sous sol du royaume (encore que 15 pour cent des reserves ont été à ce jour exploités), aboutissent à la conclusion ne saurait constituer une option sérieuse sur le plan économique pour lâArabie».
«En optant pour la technologie nucléaire, lâArabie saoudite ne vise pas un objectif économique. Son choix répond à dâautres considérations et vise un objectif politique et sécuritaire dâune grande compléxité», conclut le rapport.
Argument imparable, dâune grande limpidité.
Epilogue: LâIran un préxtexte
LâIran a servi de prétexte à toutes les turpitudes saoudiennes. Pendant un demi siècle, la dynastie wahhabite a financé à coups de milliards de dollars le terrorisme islamique, la subversion transcontinentale, du Nicaragua, à lâAfghanistan à lâAfrique, la destruction de nombreux pays arabes, notamment les régimes à structure républicaine (Irak, Syrie, Yémen).
Troisième pays au monde par lâimportance de ses achats dâarmement, le royaume nâest pas parvenu à vaincre son voisin yéménite, le pays le plus pauvre du Monde arabe, malgré une coalition pétromonarchique de sept pays, le soutien illimité et multiforme des pays occidentaux et des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes.
Au terme de six ans de guerre sans répit, la guerre du Yémen a produit son effet contraire, lâaccroissement de lâinfluence régionale de lâIran et la fragilisation concomittante du Royaume saoudien, désormais objet de la risée du monde, en proie au chantage permanent de son allié américain. Du fait de lâincompétence de la dynastie wahhabite, de son inconsistance et de son impuissance.https://platform.twitter.com/embed/index.html?creatorScreenName=renenaba&dnt=true&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=509987518272778240&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.madaniya.info%2F2020%2F10%2F15%2Fnucleaire-monde-arabe-3-4-doter-l-islam-sunnite-de-larme-atomique%2F&siteScreenName=MadaniyaInfo&theme=light&widgetsVersion=ed20a2b%3A1601588405575&width=550px
On ne saurait mieux dire.
En tournée électorale pour un 2me mandat, en 2019, il récidivera, «Sans nous ils ne tiendraient pas dix minutes face à lâIran», décrochant au passage un nouveau contrat de 14 milliards de dollars dâarmement de lâArabie saoudite et des Emirats Arabes Unis
Cauda: le 4eme volet de ce dossier aura pour thème: LâOtan, la Russie et les avatars du nucléaire arabe



