Le centre des opérations d’urgence du ministère libanais de la Santé a publié à 15 h 46 un bilan global actualisé. Depuis l’aube du lundi 2 mars jusqu’à l’après-midi du samedi 7 mars, l’agression israélienne a fait 294 morts et 1023 blessés à travers le pays. Ces chiffres, qui intègrent les victimes de Nabi Chit et des autres théâtres d’opérations, marquent une hausse sensible par rapport aux décomptes provisoires de la matinée.
L’est du Liban a été le théâtre, dans la nuit de vendredi à samedi, d’une opération militaire israélienne d’une rare audace. Des forces spéciales ont été héliportées dans la plaine de la Békaa pour une mission de recherche des restes du pilote Ron Arad, disparu en 1986. L’intervention s’est soldée par des affrontements directs avec des combattants du Hezbollah et des frappes aériennes massives. Le ministère libanais de la Santé a actualisé samedi le bilan à 41 morts et 40 blessés dans la localité de Nabi Chit et ses environs, dans le district de Baalbek. Cette opération, confirmée par Tsahal comme infructueuse, intervient au cinquième jour d’une escalade qui a déjà coûté la vie à près de 300 personnes depuis lundi dans tout le pays.
Une incursion héliportée au cœur de la Békaa orientale
Vers 22 h 30 locales vendredi, quatre hélicoptères israéliens ont été repérés par le Hezbollah alors qu’ils infiltraient l’espace aérien libanais depuis la Syrie. Les appareils ont atterri dans la plaine de la Békaa, près de Nabi Chit, une localité chiite située à une vingtaine de kilomètres de la frontière syrienne. Selon un communiqué du mouvement islamiste, un groupe de ses combattants a immédiatement engagé le combat avec les soldats israéliens au niveau d’un cimetière local. Des échanges de tirs intenses ont suivi, soutenus par des frappes aériennes israéliennes répétées – au moins treize selon l’Agence nationale d’information libanaise.
Les troupes au sol ont procédé à une fouille ciblée, creusant notamment une tombe, comme l’ont montré des images diffusées samedi par des médias libanais et israéliens. L’objectif était clair : localiser les restes de Ron Arad, officier de l’armée de l’air israélienne éjecté de son appareil abattu en 1986 au-dessus du Liban pendant la guerre contre l’OLP. Capturé par des groupes chiites, l’aviateur avait envoyé des lettres à sa famille avant que toute trace ne disparaisse en 1988. Présumé mort depuis des décennies, son dossier reste un symbole national en Israël, où le rapatriement des disparus constitue une priorité absolue.
Tsahal a confirmé l’opération dans un communiqué diffusé samedi. « Aucun reste ou objet lié à Ron Arad n’a été trouvé sur le lieu des recherches », a-t-il indiqué, précisant que l’intervention n’avait causé aucune perte dans ses rangs. L’armée israélienne a ajouté qu’elle « continuera à mener ses opérations sans relâche, jour et nuit, pour ramener tous les fils d’Israël, les soldats tombés au combat et ceux portés disparus, dans leur patrie ». Les forces se sont repliées après plusieurs heures d’affrontements, laissant derrière elles un paysage de destructions visibles dès les premières heures de la matinée.
Le Hezbollah, de son côté, a revendiqué avoir repoussé l’infiltration. « Un groupe de combattants a engagé le combat avec les soldats israéliens au niveau d’un cimetière de Nabi Chit », a-t-il détaillé dans un communiqué. Le mouvement a affirmé que les troupes ennemies avaient multiplié les frappes intenses avant de se retirer. Un correspondant de l’AFP sur place a rapporté avoir entendu des avions de combat et des explosions tout au long de la nuit.
Le bilan humain s’alourdit dans le district de Baalbek
Samedi matin, le ministère libanais de la Santé a dressé un premier bilan de 16 morts et 35 blessés dans la région de Baalbek, avant de l’actualiser en fin de matinée à 41 morts et 40 blessés pour Nabi Chit et les localités environnantes. Parmi les victimes figurent au moins trois soldats de l’armée libanaise, tués lors des bombardements nocturnes, selon un communiqué de l’armée. Des frappes isolées ont également touché Chmestar, dans le même district, faisant six morts dont quatre enfants et une femme.
Ces chiffres portent le total des victimes des opérations israéliennes au Liban à près de 300 morts depuis le début de la semaine, selon les autorités sanitaires. Les blessés s’élèvent à plus de 800. La majorité des frappes ont visé des zones à forte présence du Hezbollah : le sud du pays, la Békaa orientale et, dans une moindre mesure, la banlieue sud de Beyrouth, le Dahiyeh.
Ordres d’évacuation urgents à Tyr et au sud du Litani
En parallèle de l’opération dans l’est, l’armée israélienne a émis samedi de nouveaux ordres d’évacuation dans le sud. Un porte-parole arabophone, le colonel Avichay Adraee, a averti les habitants du quartier de Zuqaq al-Mafdi, dans la ville de Tyr, de quitter immédiatement les lieux. « L’armée israélienne va bientôt frapper des infrastructures militaires appartenant à l’organisation terroriste Hezbollah », a-t-il déclaré, accompagnant le message d’une carte précise des secteurs visés.
Dans un second avertissement, Tsahal a réitéré son appel à l’ensemble des populations situées au sud du fleuve Litani – une zone couvrant des centaines de kilomètres carrés – à se déplacer vers le nord. « Les frappes se poursuivent alors que l’armée opère avec une grande force dans la zone. Pour votre sécurité, vous devez quitter immédiatement les lieux », a insisté le communiqué. De nombreux villages chiites de la région avaient déjà été en partie vidés depuis les premiers avertissements de la semaine.
Tel Aviv somme Beyrouth de désarmer le Hezbollah
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, s’est adressé directement aux autorités libanaises samedi matin. Dans une déclaration télévisée, il a mis en garde le président Joseph Aoun et le gouvernement : « Vous vous êtes engagé à respecter l’accord et à désarmer le Hezbollah, mais cela n’est pas le cas. Agissez avant que nous ne prenions des mesures plus sévères. » Référant à l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, Katz a ajouté : « Si Nasrallah a détruit le Liban, Naim Qassem le détruira à son tour. »
L’avertissement s’inscrit dans une ligne dure. Israël exige l’application stricte de la résolution 1701 de l’ONU, qui prévoit le retrait des forces armées non étatiques au sud du Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la Finul.
L’ONU appelle à des pourparlers directs entre Beyrouth et Jérusalem
La coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a réagi samedi en début de journée. Dans un communiqué, elle a plaidé pour l’ouverture immédiate de négociations bilatérales. « Des pourparlers entre le Liban et Israël peuvent être l’élément décisif qui permettra aux générations futures d’éviter de revivre sans cesse le même cauchemar », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté : « Si la situation est déjà grave, elle est vouée à s’aggraver encore. Trop de personnes risquent de souffrir. Les hostilités doivent cesser. »
Cet appel intervient alors que la Finul a rapporté des incidents récents, dont une attaque contre une de ses positions dans le sud ayant blessé des casques bleus. La coordinatrice a rappelé les obligations de toutes les parties en vertu du droit international humanitaire.
Le Hezbollah maintient la pression sur le front nord israélien
Samedi, le mouvement chiite a publié un nouvel avertissement à destination des habitants de Kiryat Shmona et d’autres localités du nord d’Israël. Il les a enjoint d’évacuer vers le sud, indiquant que des frappes étaient imminentes en réponse aux opérations israéliennes. Plusieurs roquettes ont été tirées vers le nord d’Israël au cours des dernières heures, sans faire de victimes selon les autorités israéliennes, qui ont intercepté la plupart des projectiles.
Le gouvernement libanais face à un dilemme existentiel
Depuis le début de la semaine, Beyrouth tente de contenir l’escalade. Le Premier ministre Nawaf Salam a qualifié les tirs initiaux du Hezbollah de « irresponsables » et a ordonné à l’armée et aux services de sécurité d’empêcher toute activité militaire non étatique sur le territoire. Le gouvernement a interdit au Hezbollah toute opération armée, y compris le lancement de roquettes ou de drones, et exigé le désarmement au nord du Litani. La justice a même ordonné l’arrestation des responsables des tirs du 1er mars.
L’armée libanaise, déployée dans plusieurs zones, se retrouve en première ligne. Trois de ses soldats ont péri dans les bombardements de Nabi Chit, soulignant la difficulté pour l’État de reprendre le contrôle sans confrontation directe.
L’exode massif des populations du sud et de l’est
Les ordres d’évacuation israéliens ont provoqué un déplacement de centaines de milliers de personnes. Des quartiers entiers du Dahiyeh, à Beyrouth sud, se sont vidés. Dans le sud et la Békaa, des villages entiers ont été abandonnés. Les abris d’urgence sont saturés, et les organisations humanitaires font état d’une crise qui s’aggrave d’heure en heure. Les routes vers le nord sont encombrées de véhicules chargés de familles fuyant les zones de combat.
Les destructions visibles à Nabi Chit après le retrait israélien
Samedi matin, le Hezbollah a organisé une visite de presse dans les ruines de Nabi Chit. Des images montrent des immeubles éventrés, des cratères dans les rues et un cimetière labouré par les explosions. Les correspondants ont pu constater l’ampleur des frappes : au moins treize raids distincts ont touché la localité et ses environs immédiats. Les habitants restés sur place décrivent une nuit d’horreur marquée par le bruit incessant des drones et des avions.
Frappes continues dans le sud et tensions autour de la Finul
Malgré le retrait des troupes de Nabi Chit, les opérations aériennes israéliennes se poursuivent dans le sud. Des infrastructures attribuées au Hezbollah ont été visées près de Tyr, justifiant les nouveaux ordres d’évacuation. Dans le même temps, la Finul maintient ses positions malgré les incidents. L’attaque de vendredi contre une base dans le sud, qui a grièvement blessé deux casques bleus ghanéens, a provoqué une condamnation internationale, y compris de la part du président français Emmanuel Macron qui a qualifié l’événement d’« inacceptable ».
Le rappel du contexte régional et des engagements internationaux
L’escalade actuelle trouve ses racines dans la décision du Hezbollah, le 1er mars, de tirer des projectiles vers Israël en réponse à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei lors d’opérations américano-israéliennes contre l’Iran. Ce geste a rompu la fragile trêve de novembre 2024. Israël a riposté par une campagne aérienne soutenue, élargissant progressivement ses objectifs au-delà du sud du Liban.
La résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006, reste la référence. Elle exige le désarmement de tous les groupes armés au sud du Litani et le déploiement exclusif des forces régulières libanaises. Le gouvernement de Beyrouth affirme vouloir appliquer ce cadre, mais reconnaît les difficultés opérationnelles face à un Hezbollah affaibli mais encore présent.
Les implications immédiates sur le terrain à Tyr et dans la Békaa
En fin d’après-midi samedi, les habitants de Zuqaq al-Mafdi continuaient de quitter leurs domiciles sous la surveillance de l’armée libanaise. Des colonnes de véhicules se dirigeaient vers le nord, tandis que des unités du Hezbollah étaient signalées en retrait de certaines positions exposées. À Nabi Chit, les équipes de secours poursuivaient les recherches sous les décombres, et les hôpitaux de Baalbek recevaient de nouveaux blessés. Le Hezbollah a maintenu une présence visible dans la zone, organisant des points de distribution d’aide et des patrouilles pour sécuriser les axes de déplacement des civils.
Les autorités libanaises ont également signalé des mouvements de troupes israéliennes le long de la frontière, sans confirmation d’une nouvelle incursion terrestre d’ampleur. L’aviation israélienne a effectué plusieurs survols à basse altitude au-dessus de la Békaa, maintenant une pression constante sur les positions suspectées d’abriter des infrastructures du mouvement chiite.
Les positions officielles inchangées en fin de journée
Le ministère israélien de la Défense a réitéré que toute activité militaire depuis le territoire libanais entraînerait une réponse proportionnée et immédiate. À Beyrouth, le président Joseph Aoun a consulté les chefs de l’armée et des services de renseignement, soulignant la nécessité de préserver les institutions étatiques face à la double pression israélienne et du Hezbollah. La coordinatrice de l’ONU, Jeanine Hennis-Plasschaert, a poursuivi ses contacts avec les parties, insistant sur l’urgence d’un canal de communication direct pour éviter une nouvelle spirale.
À 18 heures, les sirènes d’alerte retentissaient encore sporadiquement dans le nord d’Israël, tandis que des colonnes de fumée s’élevaient au-dessus de plusieurs villages du sud-Liban. Les opérations de secours se poursuivaient à Nabi Chit sous un ciel chargé de drones de reconnaissance.
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