5 novembre 2026
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QUAND LES PORTES DE L’ÉTAT DEVIENNENT UN PASSAGE POUR LES FAUX RÉSEAUX D’INFLUENCE… QUI PROTÈGE SON AUTORITÉ ET QUI REND DES COMPTES AUX CITOYENS ? | Gilbert Moujabber

Gilbert Moujabber interroge les contrôles d’accès aux institutions libanaises et l’usage de photographies officielles pour suggérer une influence. Cette tribune appelle à protéger les familles contre les intermédiaires abusifs, à vérifier les qualités des visiteurs et à renforcer la responsabilité publique, dans le respect de la présomption d’innocence de chacun.

Couverture de la tribune du Dr Gilbert Moujabber sur les faux réseaux d’influence et la protection des institutions, avec une photographie d’archives de la façade du Parlement libanais.
Couverture éditoriale sur une photographie d’archives de la façade du Parlement libanais. Illustration générale des institutions, sans représentation d’une affaire particulière. Photo : François el Bacha / Libnanews. Tous droits réservés. © François el Bacha / Libnanews. Tous droits réservés.

Par Dr Gilbert Moujabber

Toutes les affaires graves ne se résument pas à l’arrestation d’une personne ou à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Certaines révèlent des questions bien plus profondes et mettent l’État tout entier face à ses responsabilités. Les soupçons d’usurpation de qualité, de courtage judiciaire et d’exploitation de relations prétendues soulèvent une interrogation fondamentale : comment une personne peut-elle construire une image d’influence à travers des photographies, des distinctions honorifiques, des titres et des rencontres avec des responsables officiels, puis utiliser cette image pour convaincre autrui qu’elle détient un pouvoir qu’elle ne possède pas ?

Le danger apparaît lorsque l’image remplace la réalité, lorsque le titre remplace la compétence et lorsque la proximité photographique avec un responsable devient un prétendu certificat d’influence. Une photographie avec un ministre ne confère aucune autorité. Une distinction honorifique ne donne aucun pouvoir judiciaire. Une rencontre officielle ne transforme personne en intermédiaire habilité à intervenir dans une procédure.

L’État n’est ni un salon de réception ni un espace destiné à la multiplication des photographies protocolaires. Chaque rencontre doit avoir un objectif précis, chaque visite doit être encadrée et chaque institution doit protéger son autorité et sa réputation.

OÙ SE TROUVE LE CONTRÔLE DES ENTRÉES ET DES SORTIES DANS LES INSTITUTIONS DE L’ÉTAT ?

Qui vérifie l’identité des visiteurs avant leur admission ? Qui contrôle la réalité des fonctions et des associations qu’ils prétendent représenter ? Qui examine le motif de leur visite et l’objectif de leur rencontre avec les responsables publics ? Les contrôles se limitent-ils à inscrire un nom à l’entrée, ou comprennent-ils une véritable vérification de l’identité, de la qualité et du motif de la visite ?

La sécurité institutionnelle ne commence pas après la découverte d’une fraude. Elle commence avant l’ouverture de la porte. La vérification de l’identité et de la qualité d’un visiteur n’est pas une formalité secondaire : elle constitue une obligation essentielle pour protéger les institutions, leurs représentants et les citoyens.

Mais la responsabilité ne s’arrête pas au moment où le visiteur quitte les lieux. Qui veille à l’utilisation ultérieure des photographies prises dans les bureaux officiels ? Qui empêche que ces images soient transformées en outils de publicité trompeuse ou en prétendues preuves de relations privilégiées ? Qui intervient lorsque le nom ou l’image d’une institution sont utilisés pour induire le public en erreur ?

Un bâtiment officiel n’est pas un lieu ordinaire. Toute personne qui y est reçue est, dans l’esprit du public, associée à une institution représentant l’État. La responsabilité de protéger cette institution ne peut donc pas être réduite à la présence d’agents de sécurité à l’entrée.

DE LA PHOTOGRAPHIE À L’INFLUENCE PRÉTENDUE : COMMENT LE MENSONGE PREND-IL DE L’AMPLEUR ?

Le mécanisme peut être progressif : une première rencontre, une photographie, une cérémonie de remise de distinction, puis cette image est présentée à une autre personne comme la preuve d’une relation privilégiée. Une nouvelle rencontre renforce ensuite cette apparence, jusqu’à ce qu’une construction artificielle ressemble à une réalité établie.

Les services du protocole, les bureaux chargés des rendez-vous et les administrations concernées doivent donc disposer de procédures professionnelles capables de prévenir l’exploitation abusive des rencontres officielles. Il ne s’agit pas de considérer chaque visiteur comme suspect ni de fermer les portes de l’État à la société civile. Il s’agit de faire reposer la confiance sur la vérification et d’appliquer les mêmes règles à tous.

LES ASSOCIATIONS NE DOIVENT PAS DEVENIR DES COUVERTURES POUR LE POUVOIR PERSONNEL.

Le travail associatif, civil et humanitaire est une mission essentielle. Les associations sérieuses méritent respect et protection. Toutefois, l’autorisation administrative d’une association ne confère à son président aucune autorité judiciaire ou politique et ne lui donne aucun droit d’intervenir dans les procédures.

Il serait injuste de jeter le discrédit sur toutes les associations en raison des agissements éventuels de certaines personnes. Il faut distinguer le véritable engagement humanitaire de l’utilisation abusive des titres et des structures associatives à des fins personnelles.

LE PLUS GRAVE RESTE L’EXPLOITATION DE LA SOUFFRANCE DES FAMILLES.

Imaginons une mère qui attend des nouvelles de son fils détenu, un père épuisé par les démarches judiciaires et une famille qui a épuisé ses économies pour assurer sa défense. Puis apparaît une personne qui exhibe des photographies avec des responsables, évoque des contacts privilégiés et laisse entendre qu’elle peut ouvrir des portes ou influencer le cours d’une affaire.

Quelle exploitation peut être plus cruelle que de transformer l’angoisse d’une mère en occasion de profit ? Quelle déchéance morale peut être plus grave que de tirer avantage des larmes d’une famille en lui faisant croire que la justice peut s’acheter grâce à une photographie, un titre ou un numéro de téléphone ?

Si des paiements ont effectivement été exigés en échange de promesses d’intervention judiciaire, les faits doivent faire l’objet d’une enquête approfondie et de poursuites conformément à la loi. La justice n’est pas un marché. Une personne détenue n’est pas une opportunité commerciale. La souffrance d’une famille ne peut devenir un capital pour ceux qui cherchent à s’enrichir sur son désespoir.

Les familles ne doivent pas laisser quiconque leur faire croire que la justice s’achète ou que le sort de leurs proches dépend d’un intermédiaire prétendument influent. Les avocats compétents, les procédures régulières et une justice indépendante doivent rester les seules références légitimes.

LA RESPONSABILITÉ NE PEUT PAS TOUJOURS SE CACHER DERRIÈRE : « NOUS NE SAVIONS PAS ».

Un responsable peut avoir reçu quelqu’un de bonne foi sans connaître l’utilisation qui serait faite ultérieurement de cette rencontre. Une photographie ne constitue pas, à elle seule, une preuve de complicité ou de participation à une infraction. Mais cela ne dispense pas les institutions de revoir leurs procédures et de renforcer leurs mécanismes de contrôle.

La fonction publique n’est pas une propriété personnelle. L’image d’un responsable ne doit jamais devenir un instrument de tromperie. Des règles claires doivent encadrer les réceptions, les cérémonies et les visites, et toute utilisation abusive doit pouvoir faire l’objet d’un examen conforme à la loi.

QUE DOIT FAIRE L’ÉTAT MAINTENANT ?

Cette affaire doit conduire à une révision sérieuse des procédures d’accès et d’accueil dans les présidences, les ministères et les administrations publiques. Il faut renforcer la vérification des identités et des qualités professionnelles ou associatives, organiser les registres des visites et des rendez-vous, encadrer l’utilisation des photographies et des symboles officiels et enquêter sur toute tentative d’exploiter le nom d’un responsable pour obtenir de l’argent ou promettre une intervention illégitime.

Les investigations doivent établir la vérité : comment ces pratiques ont-elles commencé ? Comment ont-elles pu durer ? Des alertes avaient-elles été ignorées ? Des familles ont-elles subi un préjudice ? Des photographies, des relations ou des titres officiels ont-ils été utilisés pour obtenir des avantages illicites ? Ces questions appellent des réponses fondées sur des preuves, et non sur des rumeurs ou des jugements prématurés.

NOTRE POSITION : L’AUTORITÉ DE L’ÉTAT N’EST PAS UNE PHOTOGRAPHIE ACCROCHÉE AU MUR.

Le Liban ne manque ni de titres, ni de distinctions, ni de photographies protocolaires. Ce qui lui manque, c’est le respect de la fonction publique, le contrôle effectif, la transparence, la responsabilité et le rétablissement de la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Nous ne voulons pas de responsables qui accueillent des visiteurs uniquement pour une photographie, mais de responsables qui savent qui ils reçoivent et pourquoi. Nous ne voulons pas d’institutions qui se contentent de surveiller leurs portes, mais d’institutions qui protègent leur mission, leur nom et leur réputation. Nous voulons une justice devant laquelle tous sont égaux et dont les décisions ne sont ni à vendre ni à négocier.

Personne ne doit être condamné avant que la justice se prononce. Aucun responsable ne doit être accusé d’une infraction qui n’a pas été établie. Mais le respect de la présomption d’innocence ne saurait devenir un prétexte au silence face aux défaillances administratives et institutionnelles.

Un État dont les portes s’ouvrent sans contrôle risque de découvrir un jour que des citoyens ont été trompés en son nom, que des familles ont été dépouillées au nom de la justice et que la confiance publique a été sacrifiée au détriment de la dignité humaine.

Une photographie avec un responsable peut offrir un instant de prestige, mais elle ne confère aucun pouvoir. Une distinction peut être accrochée à un mur, mais elle ne crée pas l’intégrité. Un titre peut être inscrit sur une carte, mais il ne donne à personne le droit de jouer avec le destin des autres.

L’autorité de l’État ne se mesure pas au nombre de personnes qui franchissent les portes de ses institutions, mais à sa capacité de savoir qui mérite d’y être reçu et d’empêcher que son nom soit utilisé pour tromper ses propres citoyens.

Dr Gilbert Moujabber

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