La journée du 15 septembre 2025 a été marquée par une intense activité diplomatique et politique dans le monde arabe et islamique, à la faveur du sommet extraordinaire convoqué à Doha. Ce rassemblement, décrit comme une « session d’urgence arabe et islamique », a rassemblé chefs d’État, ministres et hauts représentants de plus de cinquante-cinq pays, dans un contexte dominé par le raid israélien contre la capitale qatarie. Plusieurs quotidiens libanais et arabes ont consacré leur couverture principale à cet événement.
Réunion sous tension à Doha
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Selon Al Liwa’ (15 septembre 2025), le sommet de Doha a été convoqué pour répondre à l’attaque israélienne contre la capitale qatarie, qualifiée d’« acte de guerre contre un État souverain ». Le président libanais Joseph Aoun y a représenté le Liban à la tête d’une délégation officielle. Le journal rapporte que le discours du président Aoun a insisté sur la « solidarité totale avec le Qatar » et sur la « nécessité d’une réponse collective des pays arabes face aux agressions répétées d’Israël ». Al Liwa’ souligne également que la participation libanaise à ce sommet est la première à ce niveau depuis plusieurs années, marquant selon des sources politiques une volonté affirmée de repositionnement régional.
Al Akhbar (15 septembre 2025) rappelle que l’attaque israélienne, qui a visé un quartier abritant des installations diplomatiques et civiles à Doha, a fait plusieurs morts et blessés, dont un citoyen qatari. Le sommet a été l’occasion pour plusieurs États, dont l’Iran, la Turquie et le Liban, de dénoncer « l’escalade israélienne contre les capitales arabes sous prétexte de sécurité nationale ». Le journal rapporte également que le président qatari a qualifié l’incident d’« acte de terrorisme d’État », appelant à « des mesures concrètes et unifiées de la part du monde islamique ».
Une condamnation sans mesures concrètes
Al Quds (15 septembre 2025) affirme qu’un projet de déclaration finale du sommet est en cours de négociation, dans lequel les termes restent largement diplomatiques. Selon les extraits obtenus par le journal, le projet dénonce « un acte hostile et provocateur mettant en péril la stabilité de la région », mais n’intègre aucune sanction économique ou diplomatique contre Israël. Le texte appelle néanmoins à « une coopération sécuritaire renforcée entre les États membres de l’Organisation de la coopération islamique » pour faire face aux menaces régionales.
Dans ses colonnes, Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025) révèle que plusieurs délégations, dont celles de la Tunisie, du Maroc et du Koweït, se sont opposées à des mesures coercitives, privilégiant une approche de médiation internationale. Le journal rapporte également que des voix palestiniennes, notamment celle de la délégation du Hamas, ont vivement critiqué « l’inaction chronique » des États arabes et réclamé l’activation immédiate de l’accord de défense commune signé au sein de la Ligue arabe.
Le Liban en quête d’alignement stratégique
Du côté libanais, plusieurs journaux soulignent le retour visible de Beyrouth dans les enceintes diplomatiques arabes. Al Joumhouriyat (15 septembre 2025) évoque la participation active de Joseph Aoun et de la délégation libanaise à plusieurs rencontres bilatérales en marge du sommet, notamment avec les représentants syriens, iraniens et qataris. Selon le quotidien, la priorité du président libanais était de « réaffirmer la souveraineté du Liban face aux violations israéliennes continues du territoire national, notamment dans le Sud ». Il aurait également appelé à un soutien arabe pour le financement des forces de maintien de la paix au Liban-Sud.
Al Sharq (15 septembre 2025) met en lumière un passage du discours du président Aoun, dans lequel il affirme que « le Liban n’acceptera jamais l’imposition d’un fait accompli militaire ou diplomatique dans sa région frontalière », dénonçant au passage les vols aériens israéliens à basse altitude observés depuis deux semaines dans plusieurs zones au sud du Litani. Le journal précise que cette intervention a été bien reçue par la plupart des États membres, mais sans promesse d’assistance spécifique.
Les critiques de l’opinion publique arabe
Par ailleurs, plusieurs titres ont rapporté l’indignation grandissante dans les sociétés civiles arabes. Al Bina’ (15 septembre 2025) publie un éditorial très critique à l’égard des dirigeants arabes, évoquant une « réunion rituelle aux résultats limités, incapable de faire face aux véritables défis géopolitiques de la région ». Le journal appelle les gouvernements à sortir d’une « diplomatie décorative » et à « adopter une stratégie de dissuasion collective, y compris sur les plans économique et énergétique ».
Dans une veine similaire, Al 3arabi Al Jadid rapporte que de nombreuses organisations non gouvernementales, dont des collectifs palestiniens, ont manifesté à l’extérieur du centre de conférence de Doha, appelant à un boycott complet d’Israël. Le journal indique que malgré leur présence médiatique, ces mouvements n’ont pas eu d’interaction formelle avec les délégations officielles, illustrant le fossé persistant entre la rue arabe et ses élites politiques.
Israël et les États-Unis en position de force
En parallèle, plusieurs articles ont détaillé la réaction israélienne et américaine. Al Quds rapporte que Tel-Aviv maintient sa ligne de justification sécuritaire, évoquant la présence « d’éléments hostiles » dans la zone visée à Doha. Selon des sources diplomatiques citées par le journal, les autorités israéliennes n’excluent pas de nouvelles frappes si elles jugent leur sécurité menacée.
Quant aux États-Unis, leur position a été confirmée par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a déclaré dans un entretien relayé par Al 3arabi Al Jadid que « les relations stratégiques entre les États-Unis et Israël ne seront pas remises en question par cet incident », tout en appelant à « une désescalade pour éviter une extension régionale du conflit ». Cette déclaration a été largement interprétée comme un feu vert implicite à la politique militaire israélienne.
Un sommet qui cristallise l’impuissance diplomatique
Enfin, la majorité des quotidiens ont souligné le décalage entre la gravité de la situation sécuritaire et les moyens diplomatiques mobilisés. Al Akhbar (15 septembre 2025) résume cette dissonance en parlant d’« un sommet historique par sa convocation, mais décevant par ses décisions ». Le journal évoque également la montée des tensions internes dans plusieurs capitales arabes, notamment en Égypte, en Algérie et en Irak, où des appels à une mobilisation populaire ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux en réaction à l’attaque contre le Qatar.
Les prochaines heures pourraient être décisives pour évaluer l’impact réel du sommet de Doha. Alors que les projecteurs sont braqués sur les salles de réunion, c’est dans les rues, les médias et les chancelleries que se joue désormais la suite de cette crise régionale.
Politique locale : rivalités institutionnelles et repositionnements internes
La scène politique libanaise, à la date du 15 septembre 2025, s’est articulée autour de plusieurs lignes de tension internes. Entre les répercussions institutionnelles de l’élection de Joseph Aoun à la présidence, les poursuites judiciaires internationales visant l’ancien Premier ministre Najib Mikati, et les tensions persistantes entre les partis, les journaux du jour offrent une cartographie précise des dynamiques politiques en cours.
Conséquences politiques de l’élection de Joseph Aoun
L’arrivée de Joseph Aoun à la présidence de la République continue de provoquer des réajustements dans les alliances politiques et les équilibres institutionnels. Selon Al Sharq (15 septembre 2025), cette élection est perçue comme une tentative de relancer les institutions bloquées depuis des mois par l’impasse présidentielle. Le journal évoque un « retour de l’État » symbolisé par un exécutif désormais au complet avec Nawaf Salam comme Premier ministre et Joseph Aoun comme chef de l’État. Al Joumhouriyat (15 septembre 2025) souligne, pour sa part, que la nouvelle présidence tente d’imprimer une dynamique diplomatique et sécuritaire forte, comme en témoigne la participation de Joseph Aoun à la réunion extraordinaire à Doha.
Néanmoins, plusieurs sources font état de frictions latentes entre la présidence et certains pôles politiques, notamment les blocs parlementaires issus de l’opposition souverainiste, qui redoutent un rapprochement stratégique avec des acteurs régionaux pro-iraniens. Al Liwa’ (15 septembre 2025) rapporte que ces partis se méfient d’un « retour de l’ancienne ligne militaire » via une lecture sécuritaire accrue des dossiers internes, notamment dans les zones sensibles du Sud et de la Békaa.
L’affaire Mikati relance les critiques sur l’impunité
Une autre affaire qui a occupé une place centrale dans la presse du 15 septembre 2025 est celle des révélations judiciaires visant l’ancien Premier ministre Najib Mikati. Al Sharq révèle que des magistrats français, saisis par l’association Sherpa et un collectif de plaignants libanais, ont ouvert une enquête pour enrichissement illicite, blanchiment d’argent et abus de biens sociaux. L’affaire concerne plusieurs biens immobiliers de luxe à Paris, ainsi que des actifs financiers liés à des sociétés-écrans établies dans des juridictions offshore. D’après le journal, la justice française soupçonne que ces avoirs proviennent d’un détournement de fonds publics libanais à travers des prêts préférentiels, des commissions occultes et des pratiques de sur-facturation dans les marchés publics.
Al Quds (15 septembre 2025) indique que cette enquête a été ouverte après que la France a reconnu la compétence extraterritoriale pour les crimes économiques liés à la corruption d’origine étrangère. Ce développement suscite des remous politiques au Liban. Plusieurs députés et formations politiques ont appelé à la transparence et à la coopération judiciaire. Cependant, selon Al Joumhouriyat, aucune déclaration officielle n’a encore été émise par Najib Mikati ni par ses avocats, ce silence étant interprété comme une stratégie d’attente.
Mobilisation autour du retour de l’État de droit
L’affaire Mikati intervient dans un contexte où les discours politiques appellent de plus en plus au rétablissement de l’État de droit. Al Akhbar (15 septembre 2025) consacre un article à la montée de l’exaspération populaire face à ce qu’elle décrit comme « une caste politico-financière insaisissable ». Le journal souligne que cette nouvelle affaire pourrait raviver les revendications de la société civile, à l’arrêt depuis plusieurs mois, faute de relais politiques crédibles.
Dans une perspective similaire, Al Bina’ (15 septembre 2025) souligne que l’opinion publique perçoit l’affaire Mikati comme « un test de crédibilité » pour la nouvelle gouvernance de Joseph Aoun. Le président serait sous pression pour ne pas interférer dans les procédures, mais en même temps pour encourager une coopération active avec les autorités françaises. Une telle position pourrait redéfinir les relations entre l’exécutif et les milieux d’affaires, longtemps considérés comme intouchables.
Manœuvres parlementaires et luttes d’influence
Parallèlement, la scène parlementaire demeure marquée par des luttes d’influence. Al Liwa’ rapporte que plusieurs blocs s’activent en coulisses pour modifier le règlement intérieur du Parlement, notamment concernant les sessions extraordinaires et les conditions de vote de certaines lois. Le but, selon le journal, serait de neutraliser des tentatives du président du Parlement Nabih Berri pour repousser certaines réformes structurelles, dont celle de l’indépendance de la justice.
Dans ce contexte, Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025) mentionne que des tensions se cristallisent entre le bloc du Courant patriotique libre et celui des Forces libanaises, chacun cherchant à élargir ses alliances sur les dossiers économiques et judiciaires. Le journal note que les députés issus des régions chrétiennes, notamment du Mont-Liban et du Nord, sont soumis à une double pression : répondre aux attentes sociales et maintenir leur position dans un Parlement de plus en plus fragmenté.
Réaction du Hezbollah et recomposition stratégique
Le Hezbollah, dirigé désormais par Naim Kassem, adopte une posture d’observation. Al Akhbar met en avant une déclaration récente du parti, selon laquelle « le moment est à la consolidation nationale et non à l’affrontement politique ». Toutefois, en arrière-plan, Al Bina’ indique que le Hezbollah poursuit une stratégie de renforcement territorial et de mobilisation sociale, notamment à travers des associations locales actives dans la Bekaa et le Sud.
Cette prudence stratégique serait, selon plusieurs analystes cités par Al Joumhouriyat, motivée par la crainte d’une mise sous surveillance financière accrue par les institutions internationales, dans le sillage de l’affaire Mikati. Le parti chercherait à éviter tout amalgame susceptible de le lier à des pratiques financières douteuses.
Un exécutif à l’épreuve des attentes populaires
Le tandem exécutif Aoun-Salam semble éprouver des difficultés à répondre aux attentes sociales croissantes. Al Nahar (15 septembre 2025) rapporte que les promesses de réforme de la fonction publique, de lutte contre la corruption et de rationalisation budgétaire peinent à se traduire en actes concrets. L’absence de feuille de route claire alimente une certaine frustration dans la population, aggravée par l’augmentation continue du coût de la vie et la lente reprise des services de base.
Le même journal indique que plusieurs associations de la société civile envisagent de relancer des campagnes de mobilisation autour de thèmes spécifiques comme la transparence des appels d’offres, l’indépendance des autorités de régulation et la publication obligatoire des déclarations de patrimoine des hauts responsables.
Les différentes forces politiques continuent de réajuster leurs positions à mesure que se dessinent les premiers contours du mandat présidentiel de Joseph Aoun. Entre volonté de réforme, prudence tactique et héritage institutionnel bloquant, la marge de manœuvre de l’exécutif reste tributaire des rapports de force parlementaires et des pressions extérieures croissantes.
Citation et discours des personnalités politiques : rhétorique de crise et positionnements diplomatiques
Les prises de parole des dirigeants politiques arabes et internationaux dans la presse du 15 septembre 2025 témoignent d’une intense mobilisation diplomatique, motivée par l’attaque israélienne sur Doha. Ces discours, relayés par les principaux journaux libanais et régionaux, mettent en lumière une rhétorique de solidarité arabe, mais également des divergences d’approche et des recalibrages géopolitiques. Les mots des chefs d’État, des ministres et des responsables régionaux révèlent les lignes de tension d’un espace politique fragmenté.
Joseph Aoun appelle à la solidarité arabe et à la souveraineté du Liban
Selon Al Liwa’ (15 septembre 2025), le président libanais Joseph Aoun a prononcé un discours devant les participants à la conférence extraordinaire de Doha, dans lequel il a souligné « l’importance d’une position arabe unifiée face aux agressions répétées d’Israël, non seulement contre la Palestine mais également contre des États souverains comme le Qatar ». Le journal rapporte que le président libanais a remercié l’émir du Qatar pour son invitation et a exprimé « la pleine solidarité du Liban avec le peuple qatari ».
Al Sharq (15 septembre 2025) cite également des extraits du discours dans lesquels Joseph Aoun insiste sur « l’urgence de restaurer la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, notamment dans les régions frontalières au Sud où les violations israéliennes persistent quotidiennement ». Il aurait également déclaré que « la stabilité de la région passe par le respect mutuel des souverainetés et le rejet de la logique des représailles militaires ».
Mohammed ben Abdulrahman Al Thani dénonce un acte terroriste d’État
Le Premier ministre qatari et ministre des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, a adopté un ton résolument offensif. D’après Al Quds (15 septembre 2025), il a qualifié l’attaque israélienne sur Doha de « terrorisme d’État », dénonçant « une tentative délibérée de saboter les efforts de médiation et de paix que conduit le Qatar dans la région ».
Toujours selon Al Quds, il a ajouté : « Ce n’est pas seulement la souveraineté du Qatar qui a été attaquée. C’est le principe même de la médiation diplomatique dans les conflits régionaux qui a été visé. Le silence sur cette agression serait une abdication morale et stratégique. » Le journal indique que ces propos ont été applaudis par une majorité des délégations présentes, à l’exception de quelques représentants dont les déclarations sont restées prudentes.
Naim Kassem affirme le droit à la résistance et critique les réponses modérées
Al Akhbar (15 septembre 2025) rapporte une déclaration publique de Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, à Beyrouth, dans laquelle il commente les événements en cours et s’adresse aux participants de la conférence de Doha. Il y affirme que « la résistance est le seul langage compris par l’occupant », et que « toute tentative de désescalade sans rapport de force réel ne fera que prolonger les souffrances des peuples opprimés ».
Il déclare également : « Ceux qui appellent à la retenue, alors que le sang des innocents est versé, se rendent complices de l’ennemi. » Ces propos ont été largement relayés dans les médias libanais pro-résistance, qui soulignent le soutien populaire dont continue de bénéficier le Hezbollah dans certaines régions.
Ahmed Aboul Gheit met en garde contre la passivité arabe
Dans son intervention devant la conférence, le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, cité par Al Bina’ (15 septembre 2025), a mis en garde contre les conséquences d’une réponse tiède à l’agression israélienne. « Ce qui s’est passé à Doha ne doit pas devenir une nouvelle ligne rouge franchie sans conséquences », a-t-il affirmé.
Il a poursuivi : « Le monde arabe ne peut plus se contenter de mots. Il faut des actions diplomatiques, économiques, et s’il le faut, stratégiques, pour rétablir l’équilibre dans cette région déséquilibrée par la politique d’agression continue d’Israël. » Il a également plaidé pour « l’activation de l’accord de défense arabe commun », proposition qui a suscité des réactions mitigées.
Marco Rubio réaffirme le soutien américain à Israël
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a été cité par plusieurs médias arabes, dont Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025), pour ses déclarations lors de son passage à Tel Aviv. Il a affirmé que « les relations entre les États-Unis et Israël sont plus solides que jamais, et ne seront pas remises en cause par des actions défensives nécessaires ».
Il aurait ajouté : « Le Qatar est un allié stratégique, mais cela ne signifie pas que nous accepterons une remise en cause du droit d’Israël à se défendre contre des menaces concrètes, où qu’elles se trouvent. » Ces propos ont été interprétés comme un désaveu implicite des revendications qataries, et ont provoqué des réactions critiques dans plusieurs chancelleries arabes.
Mahmoud Abbas appelle à l’unité palestinienne et à l’action collective
Le président palestinien Mahmoud Abbas, dans une déclaration reprise par Al Quds (15 septembre 2025), a appelé les États arabes et islamiques à « une position claire et unifiée, à la hauteur des crimes commis par Israël non seulement contre Gaza, mais aujourd’hui aussi contre un État frère comme le Qatar ». Il a insisté sur le fait que « l’impunité prolongée de l’agresseur crée un précédent dangereux pour l’ensemble des pays arabes ».
Il a également lancé un appel à l’unité des factions palestiniennes, déclarant que « seule une voix palestinienne unie pourra contraindre la communauté internationale à écouter notre cause avec sérieux ». Ses propos ont été soutenus par plusieurs représentants arabes, mais aussi contestés par des porte-parole du Hamas, selon lesquels l’Autorité palestinienne continue de « coopérer avec l’occupant ».
Déclarations des ministres des Affaires étrangères arabes : entre prudence et fermeté
Lors de la session préparatoire du sommet, plusieurs ministres arabes ont pris la parole pour exprimer leur position. Al Joumhouriyat (15 septembre 2025) cite le ministre des Affaires étrangères égyptien, qui a rappelé « l’attachement de l’Égypte à la stabilité régionale et à la préservation des relations équilibrées », appelant à « des mécanismes concertés de désescalade ».
Le représentant de l’Algérie, en revanche, a adopté une position beaucoup plus ferme, affirmant que « le silence collectif équivaut à une complicité », et appelant à l’expulsion des ambassadeurs israéliens des capitales arabes. Le journal rapporte que cette proposition a été soutenue par la Syrie et l’Irak, mais rejetée par plusieurs monarchies du Golfe.
Le Premier ministre irakien appelle à une nouvelle charte arabe de sécurité collective
Dans une déclaration reprise par Al Quds, le Premier ministre irakien a proposé la rédaction d’un nouveau pacte de sécurité collective, affirmant que « les accords actuels sont dépassés et inefficaces face aux nouvelles menaces hybrides, technologiques et transfrontalières ». Il aurait ajouté : « Le sommet de Doha doit être le début d’une refondation stratégique, et non un énième point-virgule diplomatique. »
Selon le journal, cette idée a été bien accueillie sur le plan rhétorique, mais n’a pas donné lieu à des engagements concrets dans le projet de déclaration finale en circulation.
Appels à la retenue de la part des diplomaties occidentales et positions ambivalentes
Parallèlement aux voix arabes, des diplomates occidentaux ont pris la parole dans les coulisses du sommet ou via des canaux officiels. Al Quds indique que plusieurs représentants européens, dont ceux de la France et de l’Allemagne, ont appelé à « une désescalade immédiate », tout en évitant de condamner explicitement Israël.
Selon le journal, un diplomate européen anonyme aurait déclaré : « Nous comprenons la colère du Qatar, mais nous devons protéger les efforts de paix en cours, y compris ceux liés aux accords d’Abraham. Toute décision précipitée pourrait compromettre des années de progrès fragiles. »
Diplomatie : alignements régionaux et tensions bilatérales dans l’ombre du sommet de Doha
La tenue du sommet arabe et islamique extraordinaire à Doha, le 15 septembre 2025, a catalysé une série de prises de position diplomatiques significatives. Dans un contexte marqué par les tensions croissantes entre Israël et plusieurs capitales arabes, les journaux ont mis en lumière les dynamiques de convergence mais aussi les lignes de fracture persistantes au sein du bloc régional. Les interactions bilatérales, les déclarations officielles, ainsi que les gestes symboliques témoignent d’un redéploiement stratégique progressif mais inégal des relations diplomatiques dans la région.
Le Qatar au centre de la scène diplomatique
Selon Al Quds (15 septembre 2025), le Qatar a mobilisé son appareil diplomatique au plus haut niveau pour organiser cette conférence de crise, convoquée à la suite de l’attaque israélienne sur un quartier civil de Doha. La capitale qatarie a accueilli plus de cinquante délégations, dont de nombreux chefs d’État, dans ce qui a été décrit par les diplomates présents comme « l’un des plus grands rassemblements arabes depuis plus d’une décennie ».
Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025) rapporte que le Qatar a orchestré plusieurs rencontres bilatérales en marge du sommet, notamment avec la Turquie, l’Iran, la Malaisie, et des États du Golfe. Le ministre des Affaires étrangères qatari, Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, a déclaré que « le Qatar est plus que jamais engagé dans la construction d’une plateforme de médiation, mais ne tolérera plus d’agressions unilatérales contre sa souveraineté ».
L’axe Téhéran-Doha-Ankara renforcé face à Tel Aviv
Plusieurs journaux, dont Al Akhbar (15 septembre 2025), ont noté le renforcement visible d’un axe de coopération entre l’Iran, la Turquie et le Qatar, illustré par des réunions bilatérales rapprochées durant le sommet. Al Bina’ précise que le chef de la diplomatie iranienne a rencontré à huis clos ses homologues qatari et turc pour convenir d’« une coordination accrue face aux provocations israéliennes ».
Le journal souligne également que ces pays ont convenu de maintenir des canaux de communication ouverts avec la Russie et la Chine, avec l’objectif de faire contrepoids à l’influence diplomatique des États-Unis dans la région. Cette stratégie s’appuie, selon les analystes cités, sur un socle de convergences politiques et énergétiques, ainsi que sur une opposition partagée à l’unilatéralisme militaire israélien.
Frilosité des pays du Golfe et divergence de position
Si le Qatar a réussi à obtenir la présence de la plupart de ses partenaires régionaux, plusieurs titres, dont Al Sharq (15 septembre 2025), soulignent la prudence manifeste de pays comme les Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman. Ces États n’ont pas exprimé de volonté d’annuler les accords d’Abraham, ni même de rappeler leurs ambassadeurs de Tel Aviv. Le journal rapporte que leurs délégations ont insisté sur « l’importance de la stabilité régionale » et sur « le besoin de préserver les acquis diplomatiques récents ».
Al Liwa’ indique que cette position a provoqué des frictions en séance plénière, notamment avec les représentants de l’Algérie, du Liban et de l’Irak, qui ont dénoncé « une attitude équivoque face à une agression caractérisée contre un État membre de la Ligue arabe ». Le journal fait également état d’une divergence manifeste sur le libellé de la déclaration finale, certains pays refusant d’y intégrer des termes comme « sanctions », « blocus », ou « rupture des relations ».
La diplomatie égyptienne sur une ligne médiane
L’Égypte a adopté une position d’équilibre, selon Al Joumhouriyat (15 septembre 2025). Le ministre des Affaires étrangères a plaidé pour une « réponse ferme mais mesurée », appelant à « éviter une escalade incontrôlable ». Il a soutenu les initiatives diplomatiques du Qatar tout en refusant de s’engager dans des mesures de représailles immédiates. Cette posture serait motivée par la volonté du Caire de jouer un rôle de modérateur entre les blocs rivaux, tout en préservant ses canaux avec les États-Unis et Israël.
Le journal rapporte également que l’Égypte a proposé la création d’un « mécanisme de consultation diplomatique permanent entre pays arabes », inspiré des dispositifs de l’Union africaine, afin d’anticiper les crises régionales et de coordonner les réactions diplomatiques futures.
Le Liban cherche à repositionner sa diplomatie
Dans ce contexte, la participation du président libanais Joseph Aoun a été largement couverte par la presse. Al Liwa’ rapporte que le président a profité du sommet pour rencontrer plusieurs chefs d’État, dont les dirigeants syriens, iraniens, qatariens et algériens. Ces entretiens auraient porté sur le renforcement de la coopération sécuritaire et économique, ainsi que sur le soutien aux forces de maintien de la paix déployées dans le sud du Liban.
Al Bina’ précise que le Liban a proposé, à travers sa délégation, la création d’un fonds arabe de stabilisation du Sud libanais, destiné à renforcer les infrastructures civiles et à soutenir les efforts de démilitarisation de certaines zones contestées. Si l’initiative n’a pas encore trouvé d’écho formel, elle a été jugée « digne d’intérêt » par les délégations irakienne et algérienne.
Renforcement des liens syro-libanais dans un cadre régional élargi
Al Akhbar note que l’un des développements diplomatiques majeurs du sommet a été le rapprochement discret entre le Liban et la Syrie. Le président libanais aurait rencontré à huis clos le ministre syrien des Affaires étrangères pour discuter de la coordination sécuritaire à la frontière, de la question des réfugiés syriens, ainsi que des perspectives d’accords bilatéraux dans les domaines de l’énergie et du transport.
Le journal précise que ce rapprochement s’inscrit dans une logique plus large de normalisation progressive des relations entre la Syrie et plusieurs États arabes, malgré les résistances persistantes de certains membres du Conseil de coopération du Golfe. Cette évolution serait également influencée par les négociations en cours entre la Syrie et des bailleurs internationaux sur la reconstruction post-conflit.
Blocage des initiatives contraignantes au sein de la Ligue arabe
Plusieurs journaux, dont Al Quds et Al 3arabi Al Jadid, ont mis en évidence l’impossibilité de parvenir à une déclaration commune contraignante au sein de la Ligue arabe. Les discussions autour d’éventuelles sanctions contre Israël ou de suspension des relations diplomatiques ont buté sur le refus de plusieurs délégations, notamment celles du Maroc, de la Jordanie et des Émirats arabes unis.
Al Quds rapporte qu’une version modérée du projet de déclaration finale a été validée, dénonçant l’agression israélienne mais sans engagement formel. Le texte appelle à « une réponse diplomatique coordonnée » et à « une réunion ministérielle de suivi », sans en préciser la date. Le journal cite un diplomate algérien qui aurait déclaré en marge du sommet : « Il est clair que l’unité arabe est aujourd’hui davantage un slogan qu’une réalité opérationnelle. »
Poids accru des acteurs non arabes dans les équilibres régionaux
Al Akhbar souligne que l’échec relatif de la diplomatie arabe à adopter une position ferme a renforcé l’espace diplomatique de l’Iran, de la Turquie et même de la Russie, dont des émissaires étaient présents en marge du sommet. Le journal rapporte que plusieurs délégations ont eu des échanges informels avec des représentants russes, notamment sur les enjeux énergétiques et les voies de transport alternatifs aux routes contrôlées par les puissances occidentales.
Dans ce cadre, la Turquie a proposé, selon Al Bina’, la création d’un corridor diplomatique entre Ankara, Doha et Beyrouth, destiné à faciliter les échanges économiques et les négociations indirectes entre factions libanaises et acteurs régionaux. Le journal précise que cette initiative reste informelle mais pourrait évoluer vers un cadre plus structuré si les tensions internes libanaises s’aggravent.
Tentatives de médiation européenne et prudence occidentale
Al 3arabi Al Jadid et Al Quds rapportent également que plusieurs chancelleries européennes, dont celles de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne, ont contacté les délégations arabes présentes pour proposer leurs services de médiation. Toutefois, ces propositions sont restées symboliques, les capitales européennes se contentant d’exprimer « leur inquiétude face à l’escalade en cours » et appelant « à une reprise du dialogue entre les parties ».
Le manque de fermeté des partenaires occidentaux a été critiqué par plusieurs représentants arabes, notamment le ministre des Affaires étrangères algérien, cité par Al Joumhouriyat, pour qui « la diplomatie européenne continue de faire preuve d’un double standard intenable sur la question palestinienne et sur les agressions israéliennes en général ».
Politique internationale : fracture du multilatéralisme et alliances conflictuelles
La couverture des journaux du 15 septembre 2025 révèle une intensification des lignes de fracture internationales, amplifiées par l’attaque israélienne sur Doha et la réaction mitigée de la communauté internationale. Plusieurs articles mettent en évidence la recomposition des alliances, le renforcement des logiques de blocs et la remise en question de l’efficacité des cadres multilatéraux existants. La répartition des soutiens et des silences diplomatiques face à cet incident démontre le degré d’alignement ou de distanciation des grandes puissances vis-à-vis des enjeux moyen-orientaux.
Washington persiste dans son soutien stratégique à Israël
Selon Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025), la réaction de l’administration américaine à l’attaque israélienne sur Doha a été sans équivoque. Le secrétaire d’État Marco Rubio a confirmé dans une conférence de presse que « les États-Unis soutiennent le droit d’Israël à défendre ses intérêts vitaux contre toute menace ». Il a précisé que Washington ne considère pas le raid aérien comme une violation du droit international, mais comme « une opération préventive contre une cible identifiée comme hostile ».
Ce positionnement a suscité de vives réactions dans le monde arabe. Al Quds rapporte que plusieurs délégations arabes au sommet de Doha ont exprimé leur déception face à « l’absence de condamnation claire » de la part de Washington. Un diplomate algérien aurait déclaré : « Les États-Unis sacrifient toute crédibilité morale au profit d’une relation univoque avec Israël, quelles que soient les circonstances. »
L’Union européenne divisée face à l’escalade israélienne
La position européenne, relayée par Al Quds, apparaît plus nuancée mais tout aussi inefficace. La France, l’Allemagne et l’Espagne ont exprimé leur « inquiétude face à l’escalade », sans toutefois condamner l’attaque. Le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères a évoqué « la nécessité de désamorcer les tensions pour éviter un embrasement régional ». Le journal souligne que cette réaction a été interprétée comme un signe de faiblesse, voire de complaisance.
Al Akhbar critique vertement l’inaction européenne, accusant Bruxelles d’être « prisonnière de ses équilibres internes et de ses relations transatlantiques », incapable de défendre une politique étrangère indépendante. Le journal affirme que cette passivité accentue le basculement de nombreux pays arabes vers d’autres partenaires plus affirmés, comme la Russie ou la Chine.
La Russie appelle à une désescalade mais renforce ses réseaux d’influence
Dans ses colonnes, Al Bina’ mentionne une déclaration du ministère russe des Affaires étrangères, selon laquelle « la Russie appelle à la retenue de toutes les parties et condamne toute atteinte à la souveraineté des États ». Bien que Moscou n’ait pas directement condamné Israël, le ton employé marque une différence notable avec celui des puissances occidentales.
Al Liwa’ rapporte que des émissaires russes ont multiplié les contacts en marge du sommet de Doha, proposant des initiatives de médiation, notamment avec l’Iran et le Liban. Le journal affirme que la Russie cherche à tirer profit de l’impasse diplomatique occidentale pour renforcer son rôle dans les médiations régionales, en particulier dans les dossiers libanais, syriens et yéménites.
La Chine maintient sa prudence et consolide ses relations économiques
Al Quds indique que la Chine, tout en refusant de s’impliquer directement dans la crise, a publié un communiqué appelant à « respecter la souveraineté des États et favoriser la résolution pacifique des différends ». Le journal rappelle que Pékin a des accords économiques stratégiques avec le Qatar, notamment dans le domaine énergétique, et qu’elle cherche à préserver une posture de neutralité tout en consolidant ses intérêts dans le Golfe.
Al 3arabi Al Jadid souligne que cette position s’inscrit dans la stratégie chinoise de « diplomatie silencieuse », qui évite les confrontations frontales mais multiplie les partenariats d’infrastructure et d’énergie dans les pays arabes. Cette approche suscite une attention croissante parmi les États qui se sentent marginalisés par les priorités américaines.
L’Iran exploite la crise pour renforcer son axe régional
La République islamique d’Iran a été l’un des premiers pays à condamner avec vigueur l’attaque contre Doha. Al Akhbar rapporte que le président iranien a qualifié l’agression israélienne de « crime contre un État musulman », affirmant que « l’axe de la résistance ne restera pas silencieux face à ce type de provocation ».
Le journal indique que cette posture a permis à Téhéran de renforcer ses liens avec plusieurs pays arabes, notamment le Liban, la Syrie, l’Algérie et l’Irak. Des diplomates iraniens auraient rencontré à Doha leurs homologues de ces pays pour discuter de la création d’un mécanisme de coordination diplomatique renforcé, avec un axe orienté vers la souveraineté, la défense et la coopération économique.
La Turquie en position de médiateur actif
Al Sharq (15 septembre 2025) rapporte que le président turc a adressé une lettre à l’émir du Qatar dans laquelle il exprime sa solidarité, tout en proposant « une initiative de dialogue trilatéral impliquant la Turquie, le Qatar et l’Iran ». Cette démarche, selon le journal, vise à installer Ankara dans une position de médiateur régional alternatif, en rupture avec l’alignement occidental.
Al Bina’ précise que la Turquie a également profité du sommet pour discuter avec des délégations africaines, cherchant à élargir sa zone d’influence au-delà du monde arabe. Cette stratégie s’inscrit dans une logique d’extension des partenariats Sud-Sud et de construction de coalitions diplomatiques indépendantes des blocs traditionnels.
Les pays du Sud global prennent leur distance avec les lectures occidentales
Al Quds évoque la réaction de plusieurs pays du Sud global, dont l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Indonésie, qui ont exprimé leur « préoccupation » face à l’agression israélienne. Le journal précise que ces pays ont refusé de s’aligner sur les positions occidentales et appellent à « une refonte du droit international humanitaire qui protège réellement les pays du Sud contre les agressions des puissances ».
Al Akhbar mentionne que plusieurs de ces États plaident pour un renforcement du rôle des Nations Unies, mais sans les blocages actuels du Conseil de sécurité. Le Brésil, en particulier, a proposé lors d’une réunion en marge du sommet de Doha, la création d’un « forum alternatif des Nations souveraines » pour les conflits non traités efficacement par les institutions existantes.
Le Conseil de sécurité paralysé par les vétos croisés
Dans sa couverture, Al 3arabi Al Jadid rapporte que les tentatives d’inscrire l’agression de Doha à l’ordre du jour du Conseil de sécurité ont été bloquées par les vetos croisés. Les États-Unis ont opposé leur véto à toute résolution condamnant Israël, tandis que la Russie et la Chine ont menacé de bloquer tout texte ne prenant pas en compte les précédents d’attaques israéliennes non sanctionnées.
Cette impasse a ravivé les critiques sur l’inefficacité de l’architecture onusienne actuelle. Al Liwa’ cite un diplomate libanais, qui estime que « le Conseil de sécurité est devenu un théâtre d’impuissance, incapable de garantir la sécurité collective, même symbolique ». Plusieurs États arabes, dont le Qatar et l’Algérie, ont appelé à une session extraordinaire de l’Assemblée générale pour contourner ce blocage.
Une diplomatie multilatérale sous tension
La couverture conjointe des médias laisse apparaître une crise profonde du multilatéralisme tel qu’il est pratiqué depuis la fin de la guerre froide. Les discours, alignements et postures traduisent une réalité géopolitique où les logiques de blocs, de proximités idéologiques et de rapports de force économiques prennent le pas sur les mécanismes de concertation collective.
Le clivage entre un axe occidental en repli stratégique, un pôle russo-chinois en montée d’influence, et des acteurs régionaux en quête d’autonomie diplomatique, redéfinit les contours de la politique internationale actuelle. Cette évolution est accentuée par la multiplication des conflits asymétriques, la désagrégation des consensus historiques et l’inefficacité des forums multilatéraux dominés par le droit de veto.
Économie : fragilité financière persistante et signaux de reprise contrariée
Les journaux libanais datés du 15 septembre 2025 dressent un tableau contrasté de la situation économique du pays. Tandis que certains indicateurs montrent une légère stabilisation des marchés financiers et une reprise de certaines activités, les fondamentaux macroéconomiques demeurent fragiles. La Banque du Liban, les milieux patronaux et les experts internationaux soulignent à la fois des améliorations techniques et les limites structurelles persistantes. L’enquête ouverte contre Najib Mikati en France vient également raviver les débats sur l’impunité économique et l’évasion des capitaux.
Les taux de change sur le marché parallèle et la politique monétaire
Al Joumhouriyat (15 septembre 2025) rapporte que le taux de change de la livre libanaise sur le marché parallèle est resté stable autour de 89 000 livres pour un dollar américain, sans variation significative par rapport à la semaine précédente. Cette stabilité relative est attribuée à une série d’interventions ciblées de la Banque du Liban, qui, selon le journal, a injecté de faibles volumes de devises sur le marché pour contenir les fluctuations.
Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, a déclaré dans une communication reprise par Al Liwa’ que « la stabilisation du taux de change demeure l’une des priorités de la politique monétaire, mais ne peut être atteinte durablement sans réformes structurelles et fiscales ». Il a précisé que les réserves de change restent en baisse, et que toute injection supplémentaire doit être compensée par un resserrement budgétaire.
Banque du Liban : réserves critiques et dilemmes monétaires
Al Akhbar (15 septembre 2025) publie une analyse détaillée sur les réserves en devises de la Banque centrale, estimées à 8,1 milliards de dollars, dont une partie est constituée d’or difficilement mobilisable à court terme. Le journal cite des sources bancaires selon lesquelles la marge de manœuvre du gouverneur reste extrêmement limitée, notamment en raison des pressions politiques contradictoires qui s’exercent sur la politique de change.
Le quotidien souligne également que les transferts d’argent des expatriés, qui représentent traditionnellement une source importante de liquidités en devises, ont connu une baisse de 11 % au second trimestre 2025 par rapport à la même période l’année précédente. Cette baisse est attribuée à une perte de confiance persistante dans les banques locales et à une réorientation vers des circuits alternatifs de transfert.
Les exportations et les secteurs productifs en difficulté
Selon Al Bina’ (15 septembre 2025), les exportations industrielles ont reculé de 5 % sur les huit premiers mois de l’année, principalement à cause des difficultés logistiques et de l’augmentation des coûts de production. Le journal cite les propos du président de l’Association des industriels libanais, Fadi Gemayel, qui affirme que « l’environnement des affaires reste toxique pour les entreprises locales, en raison de l’instabilité juridique et des taxes arbitraires ».
Al Nahar (15 septembre 2025) évoque également la situation du secteur agricole, en particulier dans la Békaa, où les producteurs de pommes et de raisins se plaignent de l’effondrement des prix à cause de la surproduction locale et de l’impossibilité d’écouler leurs marchandises sur les marchés régionaux. Le journal souligne que plusieurs coopératives agricoles sont au bord de la faillite.
Les négociations avec le FMI au point mort
L’un des constats récurrents dans la presse, notamment dans Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025), concerne l’enlisement des discussions entre le Liban et le Fonds monétaire international. Selon le journal, aucun progrès notable n’a été enregistré depuis la dernière visite d’une délégation technique à Beyrouth en juillet. Les divergences porteraient sur la loi sur le contrôle des capitaux, le plan de restructuration bancaire et la stratégie de réduction de la dette publique.
Le quotidien cite un responsable anonyme du ministère des Finances qui affirme que « la lenteur du processus parlementaire et les pressions des lobbys bancaires paralysent toute avancée ». Il indique que le FMI aurait menacé de retirer son soutien si des mesures concrètes ne sont pas adoptées d’ici la fin de l’année.
Affaire Mikati : répercussions sur la confiance économique
L’ouverture d’une enquête en France contre Najib Mikati pour enrichissement illicite, révélée par Al Sharq (15 septembre 2025), a relancé le débat sur la moralisation de la vie économique. Selon le journal, cette affaire pourrait avoir un effet négatif sur la perception des investisseurs étrangers, notamment dans le secteur immobilier, historiquement lié aux grands capitaux politiques.
Al Quds rapporte que les actifs concernés par l’enquête incluent des propriétés situées dans les quartiers huppés de Paris, ainsi que des participations dans des sociétés domiciliées à Genève et à Dubaï. Le journal mentionne également que des transactions douteuses liées à des crédits bancaires subventionnés font l’objet d’une coopération judiciaire entre la France et plusieurs juridictions fiscales.
Les salaires et le pouvoir d’achat en chute libre
Al Liwa’ consacre une enquête aux conditions de vie des fonctionnaires et des salariés du secteur privé. Le journal indique que malgré les ajustements récents des salaires dans le secteur public, la majorité des employés de l’administration perçoivent encore moins de 150 dollars par mois en équivalent réel. Cette situation alimente un exode discret vers les pays du Golfe et vers le Canada, notamment parmi les enseignants et les professionnels de santé.
Al Joumhouriyat ajoute que l’indice des prix à la consommation a progressé de 3,8 % en août, tiré par l’augmentation du coût des carburants et des produits importés. Le journal cite un économiste de l’Université libanaise qui estime que « la dynamique inflationniste reste auto-entretenue en l’absence de mécanismes de régulation des prix et de concurrence effective ».
Reconstruction lente et investissements gelés
Al Akhbar mentionne dans ses pages économiques que la reprise du secteur immobilier reste marginale, limitée à des projets financés par la diaspora ou des fonds arabes ciblés. Le journal cite un rapport de la Chambre de commerce de Beyrouth qui montre une baisse de 17 % des permis de construire délivrés sur les six premiers mois de 2025 par rapport à 2024. Les promoteurs invoquent l’instabilité politique et la flambée des coûts des matériaux de construction.
Al Bina’ souligne que plusieurs projets d’infrastructure, annoncés à grand renfort de communiqués depuis 2023, restent à l’arrêt. Il s’agit notamment de la réhabilitation du port de Tripoli, du projet d’interconnexion électrique avec la Jordanie, et de la modernisation de l’aéroport de Beyrouth. Ces blocages sont dus à la fois au manque de financement externe, à l’absence de décisions administratives claires et à la fragmentation des centres de décision.
Banques commerciales : crise de confiance persistante
Al Nahar (15 septembre 2025) rapporte que les banques commerciales libanaises restent sous pression, en raison du manque de confiance des déposants et de l’absence de restructuration formelle. Le journal cite une source proche de l’Association des banques du Liban qui indique que « les retraits restent limités et encadrés, mais les clients continuent d’exiger des remboursements à l’étranger, que les banques ne peuvent pas honorer ».
Le même journal souligne que les négociations sur la redistribution des pertes entre l’État, la Banque centrale et les banques restent bloquées, et que toute solution est conditionnée à l’adoption de la loi sur le contrôle des capitaux, toujours en discussion au Parlement.
Perspectives économiques incertaines
La presse du 15 septembre 2025 dépeint un tableau économique dominé par l’attentisme, l’inefficacité des réformes structurelles et la persistance des déséquilibres. Les signaux de reprise dans certains secteurs sont éclipsés par l’absence de visibilité institutionnelle, les blocages politiques et la crise de confiance durable qui affecte les investisseurs, les consommateurs et les partenaires internationaux.
Justice : l’affaire Mikati relance les débats sur l’impunité financière
Les révélations du 15 septembre 2025 concernant l’ouverture d’une enquête judiciaire contre l’ancien Premier ministre Najib Mikati en France pour enrichissement illicite ont dominé la couverture des pages judiciaires dans plusieurs quotidiens libanais. Cette procédure judiciaire, inédite à ce niveau de responsabilité, relance la question de l’impunité des élites financières et politiques libanaises, et alimente un débat renouvelé sur la coopération judiciaire internationale, la corruption systémique et l’indépendance des institutions judiciaires nationales.
Une enquête judiciaire déclenchée par des ONG internationales
Selon Al Sharq (15 septembre 2025), l’enquête française a été ouverte à la suite d’une plainte déposée en avril 2024 par l’association Sherpa, spécialisée dans la lutte contre les crimes financiers, et le Collectif des victimes de pratiques financières au Liban. Ces organisations accusent Najib Mikati d’avoir acquis des biens immobiliers de luxe en France via des circuits financiers opaques et grâce à des fonds issus d’un enrichissement personnel suspect.
Al Quds (15 septembre 2025) précise que l’enquête est conduite par le Parquet national financier (PNF) de Paris, avec le soutien d’une unité spécialisée dans les crimes économiques transnationaux. La plainte initiale fait état d’un patrimoine immobilier non déclaré à Paris, évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros, ainsi que d’actifs détenus par des sociétés-écrans aux Émirats arabes unis, au Luxembourg et aux îles Vierges britanniques.
Des biens immobiliers et actifs financiers au cœur de l’enquête
Les journaux mentionnent que les investigations portent sur l’origine des fonds ayant permis l’acquisition de plusieurs appartements dans le 8e arrondissement de Paris, d’un jet privé immatriculé à Malte et d’un yacht enregistré à Antigua. Selon Al Akhbar (15 septembre 2025), ces biens ont été achetés entre 2014 et 2021, à une période où Najib Mikati exerçait à plusieurs reprises des responsabilités gouvernementales.
Le journal précise également que les enquêteurs français cherchent à établir un lien entre ces acquisitions et des flux financiers provenant d’opérations bancaires réalisées au Liban via la Banque Audi et la Bankmed, deux institutions dans lesquelles Mikati et ses proches ont détenu des intérêts significatifs. Le Parquet s’intéresse particulièrement à des prêts subventionnés accordés dans le cadre de programmes d’aide au logement ou au développement, dont les fonds auraient été détournés.
Une coopération judiciaire inédite entre Paris et Beyrouth
Selon Al Joumhouriyat (15 septembre 2025), la justice française a officiellement adressé une demande d’entraide judiciaire aux autorités libanaises, sollicitant l’accès aux déclarations de patrimoine de Najib Mikati, ainsi qu’aux archives de ses déclarations fiscales. Le journal rapporte que cette demande a été transmise au ministère de la Justice à Beyrouth, mais qu’aucune réponse formelle n’a encore été envoyée.
Al Liwa’ indique que le ministre de la Justice par intérim a déclaré, lors d’un point de presse, que « le Liban est prêt à coopérer dans le cadre des conventions internationales contre la corruption », tout en précisant que « toute procédure devra respecter la souveraineté juridique nationale ». Cette position, jugée ambiguë par plusieurs ONG locales, illustre la difficulté pour la justice libanaise d’agir indépendamment du pouvoir politique.
Réactions politiques mesurées et critiques de la société civile
La presse libanaise du 15 septembre note une grande prudence dans les réactions des responsables politiques. Al Bina’ rapporte qu’aucune déclaration n’a été émise par Najib Mikati lui-même, ni par ses avocats. Ce silence est interprété comme une stratégie d’évitement, voire une tentative de minimiser la portée de l’enquête. Selon Al Nahar, certains proches de Mikati estiment qu’il s’agit d’une manœuvre politique orchestrée par ses opposants au Liban et à l’étranger, en particulier dans le contexte post-présidentiel tendu.
En revanche, plusieurs organisations de la société civile, citées par Al 3arabi Al Jadid, ont salué l’ouverture de l’enquête comme « un premier pas vers la reddition de comptes des oligarques libanais ». L’ONG Legal Agenda, notamment, a publié un communiqué dans lequel elle appelle les autorités libanaises à « suspendre immédiatement toute fonction officielle occupée par Mikati ou ses associés dans des conseils d’administration d’établissements publics ou semi-publics ».
Un précédent judiciaire à fort potentiel symbolique
La portée de cette enquête dépasse largement le cas individuel de Najib Mikati. Al Quds cite des juristes internationaux selon lesquels il s’agit du premier dossier judiciaire impliquant un ancien chef de gouvernement libanais dans une procédure pour enrichissement illicite ouverte à l’étranger. Cette affaire pourrait créer un précédent pour d’autres poursuites en cours ou à venir, notamment dans des pays européens où des biens appartenant à des responsables libanais sont déjà sous surveillance.
Le journal rappelle que des enquêtes similaires ont été ouvertes en Suisse, au Royaume-Uni et au Canada, dans le cadre du mouvement mondial visant à lutter contre les flux financiers illicites provenant de pays en crise institutionnelle. Le Liban est souvent cité dans ces enquêtes comme un exemple typique de kleptocratie, où l’enrichissement privé se fait aux dépens des institutions publiques.
Enjeux de gouvernance et crédibilité des réformes
L’affaire Mikati intervient alors que le Liban tente de convaincre ses partenaires internationaux de sa volonté de réformes. Al Akhbar souligne que cette procédure judiciaire pourrait sérieusement compromettre les efforts du gouvernement pour restaurer la confiance des bailleurs de fonds et attirer des investissements. Un diplomate européen, cité anonymement par Al Quds, affirme que « tant que les responsables accusés de détournement de fonds publics ne sont pas jugés dans leur propre pays, il sera difficile de mobiliser une aide significative ».
De son côté, Al Nahar rapporte que plusieurs députés, notamment issus du bloc souverainiste, envisagent de déposer une proposition de loi visant à renforcer les mécanismes de transparence patrimoniale pour les hauts fonctionnaires. Le texte prévoirait l’obligation de publication annuelle des déclarations de patrimoine, l’interdiction de détention d’avoirs dans des juridictions non coopératives et la possibilité d’investigations patrimoniales rétroactives.
La justice libanaise face à ses limites structurelles
Plusieurs quotidiens, dont Al Liwa’ et Al Bina’, rappellent les obstacles structurels qui freinent l’action de la justice au Liban. Manque d’indépendance, interférences politiques, absence de protection pour les magistrats : autant de facteurs qui rendent quasi impossible l’ouverture de procédures nationales contre des figures de premier plan comme Mikati. Le Conseil supérieur de la magistrature n’a pas réagi publiquement à l’affaire.
Al Joumhouriyat ajoute que le Conseil d’État et la Cour des comptes n’ont pas non plus engagé d’investigations parallèles. Le journal indique qu’une proposition visant à confier l’enquête à un juge d’instruction indépendant a été bloquée lors de la dernière réunion de la commission parlementaire sur la justice.
Une opinion publique polarisée et désabusée
Enfin, plusieurs articles s’intéressent à la perception de l’affaire par la population libanaise. Al Akhbar mentionne un sondage réalisé par une ONG internationale selon lequel 68 % des Libanais interrogés estiment que l’affaire n’aboutira à aucune condamnation, même si les faits sont avérés. Cette attitude de scepticisme généralisé est perçue comme le symptôme d’un effondrement du contrat social et d’une crise de légitimité profonde des institutions.
Société : vulnérabilités sociales accrues et dynamiques communautaires en mutation
La presse libanaise du 15 septembre 2025 révèle un tableau social marqué par l’aggravation des vulnérabilités, le repli communautaire, les tensions sécuritaires locales et une détérioration continue des services de base. Entre la précarité quotidienne, les déséquilibres territoriaux et les protestations sectorielles, les dynamiques sociétales semblent évoluer vers une normalisation de la crise, dans un climat d’atomisation du lien social. Plusieurs journaux alertent sur les effets sociaux à long terme d’une instabilité devenue structurelle.
Effondrement des services publics et désengagement de l’État
Selon Al Nahar (15 septembre 2025), plusieurs quartiers de Beyrouth ont connu des interruptions prolongées de la distribution d’eau potable, en raison d’une panne dans les stations de pompage alimentant les réservoirs de Corniche el Mazraa et de Tallet el Khayyat. Le quotidien indique que cette coupure est survenue sans préavis, affectant plus de 80 000 habitants. Le ministère de l’Énergie a évoqué une panne technique due à une surtension, tandis que les syndicats accusent un défaut d’entretien chronique et un manque de pièces de rechange.
Al Liwa’ rapporte que des coupures d’électricité allant jusqu’à 20 heures par jour sont désormais la norme dans plusieurs zones périurbaines, notamment à Aley, Zgharta et Baalbek. Les générateurs privés, faute de gasoil à prix abordable, fonctionnent à capacité réduite. Cette situation renforce la ségrégation énergétique entre les quartiers riches, capables de s’auto-alimenter, et les zones populaires plongées dans l’obscurité.
Conditions de vie dans les camps de réfugiés et insécurité croissante
Al 3arabi Al Jadid (15 septembre 2025) consacre un article à la situation dans le camp de Ain el-Hilweh, où des affrontements entre factions palestiniennes ont repris malgré les efforts de médiation. Le journal rapporte que deux personnes ont été blessées par balles lors d’un échange de tirs entre des éléments du Fatah et des groupes islamistes. Les écoles de l’UNRWA ont été fermées pour des raisons de sécurité, et des dizaines de familles ont fui vers les localités voisines de Saida.
Al Quds précise que la médiation engagée par le Hamas et le Hezbollah a permis un cessez-le-feu temporaire, mais les tensions restent vives. Plusieurs ONG alertent sur la détérioration des conditions humanitaires dans le camp, notamment en matière de santé mentale et d’accès aux soins. Le Croissant-Rouge libanais indique que ses équipes sont confrontées à des restrictions d’accès pour des raisons de sécurité.
Précarisation du corps enseignant et paralysie du système scolaire
La rentrée scolaire, prévue pour la fin du mois de septembre, s’annonce chaotique. Al Joumhouriyat (15 septembre 2025) indique que le syndicat des enseignants du public a confirmé une grève illimitée, motivée par l’absence de versement des salaires de juillet et août, ainsi que par le non-paiement des indemnités de transport promises par le gouvernement. Le journal rapporte que les enseignants perçoivent l’équivalent de moins de 150 dollars par mois, rendant leur présence en classe économiquement invivable.
Al Bina’ souligne que dans certaines écoles privées de Beyrouth-Est et du Metn, les parents d’élèves ont organisé des assemblées pour exiger une réduction des frais de scolarité, en l’absence de services assurés (chauffage, fournitures, personnel administratif). Le journal cite un directeur d’établissement qui estime que « la moitié des écoles privées sont au bord de la faillite ».
Mobilisation des syndicats hospitaliers et crise du secteur de la santé
Al Liwa’ rapporte une mobilisation du syndicat des infirmiers à l’hôpital public de Tripoli, qui réclame des arriérés de salaires et des contrats de travail formalisés. Le journal indique que le personnel médical travaille dans des conditions jugées « indignes », avec une pénurie chronique de médicaments et de matériel de base. Des images diffusées dans la presse montrent des couloirs d’hôpital bondés, des patients soignés sur des matelas de fortune et des ruptures de stocks dans les unités de soins intensifs.
Al Akhbar mentionne un rapport interne du ministère de la Santé qui révèle que 27 % des centres de santé primaire fonctionnent sans médecin généraliste à temps plein, et que 18 hôpitaux publics sur 32 sont menacés de fermeture partielle d’ici la fin de l’année. Le document pointe une incapacité structurelle à payer les fournisseurs, à recruter du personnel qualifié et à assurer des services de base.
Réseaux de solidarité communautaire et informalisation du soutien social
Dans ce contexte de désengagement de l’État, Al Bina’ souligne l’essor des réseaux communautaires et confessionnels de solidarité. Le journal cite l’exemple d’une mosquée à Tyr qui distribue quotidiennement plus de 300 repas chauds à des familles dans le besoin, grâce à des dons collectés localement. Des églises à Zahlé et Bécharré organisent également des distributions de vêtements et de médicaments.
Al Quds note que ces mécanismes de solidarité parallèle consolident les dynamiques communautaires mais posent la question de leur pérennité. Le journal mentionne que certains de ces réseaux sont accusés de clientélisme, en ne ciblant que les membres de leur communauté religieuse ou partisane. Cette logique renforcerait la fragmentation sociale et l’ancrage des allégeances identitaires au détriment d’une citoyenneté inclusive.
Hausse des violences domestiques et détérioration du climat familial
Al Nahar signale une augmentation préoccupante des cas de violences domestiques rapportés aux centres d’écoute d’ONG comme KAFA ou ABAAD. Le journal cite une responsable de KAFA qui affirme que les appels pour violences conjugales ont augmenté de 30 % depuis le début de l’année. Cette hausse serait liée à la crise économique, à la promiscuité et à la perte de revenus dans de nombreux foyers.
Al Akhbar rapporte que plusieurs associations féministes demandent une révision de la loi sur la protection des femmes contre la violence domestique, pour y inclure des mécanismes de protection immédiate et un financement pérenne des foyers d’accueil. Le journal souligne que les dispositifs existants sont sous-dotés, parfois non opérationnels, et manquent de soutien institutionnel.
Protestations locales et revendications sectorielles dispersées
La colère sociale s’exprime également à travers des mobilisations locales. Al Joumhouriyat évoque des manifestations organisées à Nabatiyé, où des agriculteurs réclament le paiement des aides promises après les incendies de l’été. Le journal rapporte que les manifestants ont bloqué une route secondaire et ont installé des tentes pour maintenir la pression sur les autorités locales.
À Beyrouth, Al 3arabi Al Jadid fait état d’un sit-in de jeunes diplômés devant le ministère du Travail, réclamant la création d’un mécanisme de stages rémunérés dans les administrations publiques et la mise en place d’un plan de réinsertion pour les chômeurs diplômés. Le journal cite l’un des participants qui déclare : « Le diplôme est devenu un fardeau au lieu d’être un passeport vers l’avenir. »
Exode migratoire silencieux et désespoir générationnel
Plusieurs journaux, dont Al Nahar et Al Quds, abordent la question de l’émigration, en particulier celle des jeunes diplômés. Les chiffres du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU font état d’une hausse de 22 % des demandes de visa d’études ou de résidence vers le Canada, l’Allemagne et les Émirats arabes unis. Al Liwa’ cite un sociologue de l’Université Saint-Joseph qui parle de « migration par désespoir, sans intention de retour », un phénomène qui viderait le pays de ses forces vives.



