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Sud-Liban : la formule Berri peut-elle débloquer le retrait ?

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Nabih Berri propose une séquence précise pour sortir de l’impasse au Sud : arrêt des opérations israéliennes, retrait d’Israël jusqu’à la frontière internationale, puis déploiement immédiat de l’armée libanaise, appelée à devenir la seule force armée au sud du Litani. Cette formule place Washington au centre du dispositif, mais elle se heurte au refus répété de plusieurs responsables israéliens d’envisager un retrait sans désarmement préalable du Hezbollah. À deux mois des élections israéliennes du 27 octobre, la marge de manœuvre de Benjamin Netanyahu est en outre réduite par une campagne marquée par la concurrence à droite et la surenchère sécuritaire.

La déclaration de Nabih Berri, mercredi 19 août à Aïn el-Tiné, introduit un élément plus précis dans les discussions sur le Sud-Liban. Devant une délégation de l’American Task Force for Lebanon, conduite par l’ancien ambassadeur américain Edward Gabriel, le président du Parlement a posé une séquence en trois temps : Israël arrête ses opérations, ses forces se retirent jusqu’à la frontière internationale, puis l’armée libanaise se déploie immédiatement.

Berri a ajouté un quatrième élément essentiel. Dans la zone située au sud du Litani, l’armée libanaise deviendrait alors la seule force armée.

La formulation est politiquement importante. Elle ne constitue toutefois pas, en elle-même, un engagement de désarmement général du Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais. Elle concerne explicitement le secteur au sud du Litani et lie sa mise sous contrôle exclusif de l’armée à un retrait israélien.

C’est cette articulation qui constitue le cœur de la proposition : retrait israélien contre déploiement de l’armée, avec un ordre d’exécution clairement défini.

Berri propose un retrait israélien suivi par l’armée

Le président du Parlement ne se contente plus de réclamer un cessez-le-feu. Il décrit ce qui devrait se produire immédiatement après un retrait israélien.

Dans son schéma, il n’y aurait pas de vide militaire entre le départ des forces israéliennes et le retour de l’autorité libanaise. L’armée entrerait dans les secteurs évacués et y exercerait seule la fonction armée.

Cette précision répond à l’un des principaux arguments avancés par Israël pour maintenir ses positions au Liban. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu affirme que son armée doit conserver une zone de sécurité tant que le Hezbollah demeure capable de menacer le nord d’Israël.

Berri inverse la logique. Il demande d’abord la fin des opérations et le retrait israélien. Le Liban fournirait ensuite la garantie territoriale : l’armée se déploierait et disposerait du monopole des armes au sud du Litani.

Cette différence dans la séquence reste l’un des principaux points de blocage.

Les négociations menées sous médiation américaine n’ont jusqu’ici pas permis de rapprocher complètement ces positions. Lors de la septième session de discussions, organisée à Rome au début du mois d’août, Israël a refusé de se retirer d’un nouveau secteur. Il a demandé auparavant de vérifier que l’armée libanaise contrôlait effectivement deux zones pilotes déjà concernées par le dispositif.

Aucune huitième séance n’est, à ce stade, confirmée.

Berri demande à Trump d’obtenir le mouvement israélien

Nabih Berri adresse surtout sa proposition à Washington.

Devant Edward Gabriel et la délégation américaine, il a estimé que les États-Unis étaient le seul pays capable de contraindre Israël à mettre fin à ses opérations et à se retirer. Il a directement désigné le président Donald Trump comme le dirigeant disposant du levier nécessaire.

Cette insistance traduit la répartition des rôles que Berri cherche à établir.

Beyrouth peut prendre des engagements concernant son propre territoire. Il peut décider du déploiement de l’armée et du principe d’un monopole des armes. Il ne peut, en revanche, ordonner le retrait de l’armée israélienne.

La demande adressée aux Américains consiste donc à produire la réciprocité qui manque actuellement au processus.

Edward Gabriel a indiqué qu’il transmettrait les positions exprimées à Aïn el-Tiné aux responsables américains. Sa tournée intervient alors que Washington multiplie les contacts entre Beyrouth et Israël afin d’éviter l’effondrement du cadre de négociation.

La diplomatie américaine dispose d’un poids particulier. Les États-Unis ont joué un rôle central dans la conclusion du cadre négocié en juin. Ils participent aussi aux discussions militaires destinées à définir les modalités du retrait, du déploiement libanais et de leur vérification.

Mais la déclaration de Berri pose implicitement une question plus difficile : Washington peut-il obtenir d’Israël un retrait que plusieurs membres importants du gouvernement israélien disent publiquement refuser ?

En Israël, plusieurs ministres refusent le principe d’un retrait

C’est aujourd’hui l’un des obstacles les plus visibles à la formule libanaise.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé à plusieurs reprises que les forces israéliennes resteraient dans le Sud-Liban. Dès juin, il avait évoqué une présence durable dans les « zones de sécurité » occupées par Israël au Liban, en Syrie et à Gaza.

Le 9 juillet, après que Donald Trump eut évoqué un retrait israélien, Katz avait répondu qu’Israël n’avait demandé l’autorisation de personne pour entrer au Liban et n’avait pas besoin d’autorisation pour y rester.

Le 13 août, après des critiques américaines, il a nuancé cette position sans accepter le principe d’un retrait immédiat. Il a lié le départ de l’armée israélienne au désarmement du Hezbollah.

Cette condition maintient le désaccord sur l’ordre des étapes.

Berri propose : retrait, déploiement de l’armée, contrôle exclusif au sud du Litani.

Katz défend une logique différente : désarmement vérifié du Hezbollah avant le retrait.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, est allé plus loin. Il a affirmé qu’il n’y aurait pas de retrait israélien du Sud-Liban tant que le Hezbollah existerait au Liban et disposerait d’une capacité militaire. Il a notamment inclus la région du Beaufort dans les secteurs qu’Israël devrait, selon lui, conserver.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a également défendu le maintien de forces israéliennes au Liban et rejeté l’idée qu’un accord négocié par Washington puisse obliger automatiquement Israël à évacuer les positions occupées.

Ces déclarations ne constituent pas toutes une position diplomatique définitive d’Israël. Elles montrent cependant la pression politique qui s’exerce sur Netanyahu dès qu’un retrait est évoqué.

Les élections israéliennes durcissent encore l’équation

Le calendrier politique israélien renforce cette difficulté.

Les élections législatives sont prévues le 27 octobre 2026. La campagne est donc entrée dans sa phase décisive. Les questions de sécurité, de guerre et de contrôle des territoires occupés occupent une place centrale dans la confrontation politique.

Les primaires du Likoud, organisées le 17 août, ont confirmé la compétition interne autour de figures positionnées très à droite. Netanyahu conserve une forte maîtrise de son parti, mais il doit simultanément protéger son électorat contre la concurrence de formations plus radicales.

Smotrich se trouve lui-même dans une situation électorale délicate. Son parti du Sionisme religieux risque de ne pas franchir le seuil électoral selon plusieurs enquêtes d’opinion. Cette fragilité l’incite à défendre une ligne particulièrement dure sur les questions territoriales et sécuritaires.

Dans ce contexte, accepter un retrait complet du Liban pourrait exposer Netanyahu à l’accusation de céder sous pression américaine.

Des responsables israéliens cités par la presse israélienne ont déjà décrit un retrait intégral du Liban comme politiquement extrêmement difficile pour le Premier ministre. Certains sont allés jusqu’à parler d’un possible « suicide politique ».

Cette dimension électorale ne permet pas d’affirmer qu’un compromis est impossible. Elle réduit toutefois l’espace disponible pour le négocier avant le scrutin.

La question libanaise s’inscrit par ailleurs dans un débat israélien plus large. Netanyahu défend également une position exigeante sur Gaza, où il refuse que le retrait précède un désarmement effectif du Hamas.

La logique sécuritaire défendue est donc similaire sur plusieurs fronts : le désarmement doit précéder le retrait plutôt que lui succéder.

C’est précisément l’inverse de la séquence que Berri cherche à obtenir au Sud-Liban.

Ce que signifierait réellement le monopole de l’armée

La proposition libanaise ne pourra cependant pas être évaluée uniquement à partir des déclarations politiques.

Pour que l’armée devienne effectivement la seule force armée au sud du Litani, elle doit être capable d’exercer un contrôle permanent sur le terrain.

Cela suppose de pouvoir entrer rapidement dans les zones évacuées par Israël. Les militaires doivent ensuite y établir des positions, contrôler les axes routiers, surveiller les mouvements armés, sécuriser les villages et permettre le retour des habitants.

Le contrôle ne peut donc pas se limiter à la présence symbolique de quelques unités.

L’expérience des zones pilotes montre déjà la difficulté de l’exercice. Israël exige des mécanismes de vérification avant de poursuivre son retrait. Le Liban considère de son côté que la présence israélienne et la poursuite des frappes entravent le déploiement normal de son armée.

Le problème est également matériel.

L’armée libanaise doit disposer de suffisamment d’effectifs, de véhicules, de moyens de communication, d’équipements de surveillance et de capacités logistiques pour tenir durablement les secteurs qui lui seraient transférés.

Le soutien international devient ainsi directement lié au contenu de la proposition Berri. Une promesse de déploiement n’a de valeur opérationnelle que si l’armée dispose des moyens nécessaires pour l’exécuter.

Les discussions internationales autour du soutien aux forces armées libanaises portent précisément sur ces besoins : équipements, logistique, formation, financement et capacité à exercer durablement l’autorité de l’État.

Le débat sur le retrait israélien et celui sur le renforcement de l’armée sont donc devenus indissociables.

Hezbollah : Berri et Geagea ne proposent pas la même séquence

La question des armes du Hezbollah reste le point politique le plus sensible.

Il faut ici distinguer les formulations.

Berri parle du monopole des armes par l’armée au sud du Litani, une fois Israël retiré jusqu’à la frontière internationale. Son engagement est donc territorialement défini et conditionné par une étape préalable.

Le chef des Forces libanaisesSamir Geagea, formule le problème différemment.

Geagea considère que la demande de retrait israélien doit aller de pair avec le désarmement du Hezbollah. Il refuse de traiter le retrait comme une question indépendante de celle des armes échappant à l’État.

Les deux positions peuvent converger sur un objectif : restaurer l’autorité de l’État et donner à l’armée le monopole de la force légitime.

Elles divergent cependant sur la méthode et surtout sur la séquence.

La formule de Berri repose sur un mouvement israélien initial suivi d’un déploiement libanais exclusif dans le secteur évacué.

La position de Geagea insiste davantage sur une progression parallèle entre retrait israélien et désarmement.

Cette nuance est importante. Elle interdit de présenter la déclaration de Berri comme l’acceptation explicite d’un désarmement immédiat et général du Hezbollah.

Elle interdit également de conclure à une rupture définitive entre les différentes positions libanaises. Une partie des négociations consiste justement à déterminer si ces approches peuvent être transformées en étapes vérifiables d’un même processus.

Pourquoi la formule Berri peut encore échouer

Le premier obstacle reste la poursuite des opérations israéliennes.

Des frappes ont encore tué onze personnes au Liban le 15 août, dans l’une des escalades les plus meurtrières depuis la trêve entrée en vigueur en juin. Israël a affirmé avoir visé le Hezbollah. Les autorités libanaises ont dénoncé des attaques compromettant les négociations et la stabilisation du Sud.

Cette réalité rend difficile l’installation d’un mécanisme reposant sur un arrêt durable des opérations.

Le deuxième obstacle concerne les secteurs occupés et contestés. Les parties ne disposent pas encore d’un calendrier commun permettant de passer progressivement des zones pilotes à un retrait complet.

Le troisième concerne la vérification.

Les discussions ont porté sur l’intervention éventuelle de pays tiers pour contrôler l’application des engagements. Mais Beyrouth a démenti, le 13 août, qu’un accord définitif ait déjà été conclu sur une liste de pays chargés de cette mission.

Sans mécanisme accepté par les deux parties, chaque étape risque d’être contestée.

Israël pourrait considérer que le contrôle libanais est insuffisant. Beyrouth pourrait estimer qu’Israël utilise les exigences de vérification pour différer indéfiniment son retrait.

Le quatrième obstacle est politique. Hezbollah continue de rejeter un désarmement imposé tant qu’Israël occupe des territoires libanais. Israël refuse désormais de se retirer tant que le Hezbollah n’est pas désarmé.

Le risque est celui d’une condition circulaire : chacun exige que l’autre agisse d’abord.

La formule Berri tente précisément de casser ce cercle en fixant un ordre. Mais cet ordre reste pour l’instant rejeté par les responsables israéliens qui exigent un désarmement préalable ou, au minimum, vérifié parallèlement au retrait.

Quatre tests pour savoir si la formule fonctionne

La portée réelle de la déclaration du 19 août se mesurera donc sur le terrain et non dans les formulations diplomatiques.

Le premier test sera celui d’un retrait israélien vérifiable d’un nouveau secteur. Après les difficultés rencontrées lors de la septième session, un nouveau mouvement constituerait le premier signe tangible d’un déblocage.

Le deuxième sera le déploiement immédiat de l’armée libanaise dans le secteur évacué. Tout délai entre les deux opérations nourrirait les objections israéliennes et fragiliserait la proposition de Berri.

Le troisième sera le contrôle exclusif effectif. La présence de l’armée devra correspondre à une véritable maîtrise militaire de la zone, et pas seulement à un changement de drapeau ou à l’installation de quelques postes.

Le quatrième sera le retour durable des habitants. La stabilisation du Sud ne pourra être considérée comme acquise tant que les populations déplacées ne pourront pas retrouver leurs villages sans craindre de nouvelles frappes ou une reprise des combats.

La déclaration de Berri fournit ainsi une séquence plus lisible que les positions libanaises exprimées jusqu’ici : arrêt des opérations, retrait, déploiement de l’armée et monopole militaire de l’État au sud du Litani. Mais elle ne règle ni la question de la vérification, ni celle du calendrier, ni le désaccord sur les armes du Hezbollah au-delà de cette zone.

Surtout, elle intervient au moment où plusieurs ministres israéliens font du maintien au Liban un argument de sécurité intérieure et où la campagne du 27 octobre pousse les forces de droite à durcir leurs positions. Le prochain indice déterminant ne viendra donc pas d’une nouvelle déclaration à Beyrouth, mais de la capacité de Washington à obtenir d’Israël un premier retrait vérifiable auquel répondrait immédiatement un déploiement libanais.

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