Lamartine, dans son célèbre poème Le Lac, demandait au temps de suspendre son vol, saisi par un moment d’éternité face à la beauté d’un paysage. Ce fut un instant de grâce, une conscience dilatée, une extase devant l’harmonie du monde.
Aujourd’hui, lundi 4 août 2025, cinq ans après la catastrophe du port de Beyrouth, le temps est, lui aussi, suspendu. Mais ce n’est pas par beauté — c’est par injustice.
Suspendu dans l’attente. Suspendu dans le silence. Suspendu dans le refus de répondre aux morts.
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225 morts. 6 600 blessés. 300 000 appartements et maisons ravagés. Et pourtant, rien.
Rien, car la justice au Liban est systématiquement empêchée par les interférences politiques. Rien, car les puissants, nationaux ou régionaux, préfèrent bloquer que révéler. Rien, car l’explosion du port n’est pas qu’un accident — c’est une convergence d’irresponsabilités politiques, régionales et internationales, soigneusement étouffées.
Beaucoup l’ont dit, beaucoup le savent : ce nitrate était là pour être envoyé en Syrie, probablement dans la lutte contre Daesh. Ce nitrate, abandonné dans un port mal géré, entre les mains de responsables inconscients. Et peut-être même, l’explosion fut provoquée — volontairement ou indirectement — par un conflit latent entre Israël et le Hezbollah. Peut-être visait-on un dépôt d’armes. Peut-être savait-on ce qui s’y trouvait.
Mais qu’importe le scénario précis ? Ce qui compte, c’est que la justice est empêchée. Par les Libanais. Par les Syriens. Par les Israéliens. Par tous ceux qui auraient quelque chose à perdre si la vérité sortait au grand jour.
Alors oui, le temps est suspendu. Mais non pas comme chez Lamartine, pour retenir la beauté d’un instant. Il est suspendu parce qu’on empêche la vérité d’éclater, parce qu’on refuse la lumière.
Nous espérons que le vote récent pour une justice indépendante au Parlement libanais ne restera pas une promesse vide. Nous espérons que les familles des victimes ne seront pas abandonnées une deuxième fois. Et que, peut-être, dans ce pays où l’oubli est roi, la mémoire , pour une fois, sera plus forte que la peur.



