Un an après l’explosion des pagers : le Liban dénonce un crime de guerre israélien indiscriminé
Le 17 septembre 2025, le Liban marque le premier anniversaire de l’attaque des pagers, une opération israélienne qui a semé la mort et la désolation à travers le pays. Ce jour-là, en 2024, des milliers de ces appareils de communication, distribués principalement aux membres du Hezbollah mais aussi à du personnel médical civil – infirmiers, médecins et ambulanciers – ont explosé simultanément dans des foyers, des bureaux, des hôpitaux et des zones publiques, faisant au moins 12 morts, dont deux enfants et plusieurs soignants, et plus de 2 800 blessés. Cette action, qualifiée de violation flagrante du droit international par des experts des Nations unies, a touché des civils innocents et des professionnels de santé, renforçant l’accusation d’un crime de guerre. À Beyrouth et dans le sud du pays, les autorités libanaises ont renouvelé leurs appels à une enquête internationale, soulignant que cette agression a non seulement visé un groupe armé, mais a aussi frappé l’ensemble de la société libanaise.
Dans un message vidéo diffusé ce jour-là, le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naim Qassem, a rendu hommage aux victimes, les décrivant comme les « pionniers de la clairvoyance, la clé de l’espoir, et l’amour de la vie éternelle dans l’obéissance à Dieu Tout-Puissant ». « Vous êtes la lumière à travers laquelle nous voyons la sécurité du chemin, et vous êtes la vie qui donne le véritable pouls pour la continuité », a-t-il ajouté, s’adressant directement aux blessés. Il a salué leur détermination, notant que certains d’entre eux poursuivent des études universitaires, d’autres ouvrent des ateliers ou s’engagent dans le domaine social, culturel ou médiatique. « Ce que l’ennemi israélien voulait, c’était annuler votre force. Il voulait vous retirer de la bataille. Aujourd’hui, vous y entrez avec une plus grande force et une plus grande énergie », a poursuivi Qassem. « Sachez qu’Israël tombera, car il est une occupation, une oppression, un crime et une agression, et parce que les combattants de la résistance l’affronteront jusqu’à la libération sur le chemin de l’un des deux biens (victoire ou martyre) », a-t-il conclu, réaffirmant la posture de résistance du mouvement face à ce qu’il qualifie d’agression sioniste.
Une infiltration sophistiquée aux répercussions immédiates
L’opération, survenue le 17 septembre 2024 à environ 15h30 heure locale, a été le fruit d’une infiltration minutieuse par les services de renseignement israéliens, le Mossad en tête. Selon des enquêtes menées par le Hezbollah et corroborées par des rapports internationaux, Israël a utilisé des sociétés-écrans pour intégrer des explosifs – du PETN, un composé hautement instable – dans les batteries des pagers Gold Apollo AR-924, commandés par le groupe pour remplacer des modèles obsolètes. Hezbollah avait acquis environ 5 000 de ces appareils via un intermédiaire, en optant pour cette technologie analogique afin d’éviter la traçabilité des téléphones portables, que le défunt secrétaire général Hassan Nasrallah avait déconseillés dès 2020 en raison des capacités de surveillance israéliennes.
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La distribution des pagers s’est étendue au-delà des seuls combattants : ils ont été remis à des employés des unités et institutions du Hezbollah, incluant du personnel administratif et, surtout, des soignants civils affiliés à ses réseaux sociaux et médicaux. Des infirmiers et médecins des hôpitaux comme Al-Rassoul Al-Azam à Beyrouth, ou des ambulanciers de la Croix-Rouge libanaise dans le sud, les utilisaient pour coordonner les urgences et les secours, particulièrement dans les zones frontalières touchées par les échanges de tirs depuis octobre 2023. Le ministre de la Santé de l’époque, Firas Abiad, avait indiqué dès le 17 septembre 2024 que la majorité des blessés traités en urgence étaient en vêtements civils, sans affiliation claire au Hezbollah, et que des enfants et des personnes âgées figuraient parmi les victimes. Parmi les 12 morts initiaux, quatre étaient des travailleurs de santé, dont deux infirmiers tués dans l’explosion de leur pager lors d’une pause à l’hôpital.
Les explosions, déclenchées à distance depuis Israël lorsque le Mossad a craint que Hezbollah ne soupçonne une anomalie – certains membres avaient noté que les appareils étaient trop volumineux, avec des batteries qui se déchargeaient vite ou surchauffaient –, ont provoqué un chaos immédiat. Les hôpitaux de Beyrouth, Saïda et de la Bekaa ont été submergés : près de 2 800 blessés ont afflué, dont un tiers nécessitant des chirurgies aux mains, au visage ou aux yeux. Des amputations de doigts, des énucléations et des traumatismes auditifs ont marqué les survivants. L’ambassadeur iranien au Liban a perdu un œil dans l’une de ces détonations, soulignant l’ampleur indiscriminée de l’attaque.
Le lendemain, le 18 septembre 2024, une seconde vague a visé des talkies-walkies Icom, tuant au moins 25 personnes supplémentaires et blessant plus de 600, portant le bilan global à au moins 37 morts et près de 3 000 blessés. Ces appareils, distribués de manière similaire, ont explosé dans des contextes civils, aggravant la panique. Le ministère de la Santé libanais a alors rapporté que les explosions avaient touché des zones résidentielles denses, comme les faubourgs sud de Beyrouth (Dahieh) et des villages du sud, où des civils, y compris des enfants, ont été atteints par des éclats.
L’indiscrimination comme marque d’un crime de guerre
Les autorités libanaises et des experts internationaux ont unanimement qualifié ces attaques de crime de guerre en raison de leur nature indiscriminée et de la violation des conventions de Genève. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), dans un communiqué du 19 septembre 2024, a condamné les manipulations des pagers et radios comme des « violations terrifiantes » du droit international, soulignant que « de telles attaques pourraient constituer des crimes de guerre de meurtre, d’attaque contre des civils, et de lancement d’attaques indiscriminées, en plus de violer le droit à la vie ». Les experts de l’ONU ont insisté sur le fait que « les attaques violent le droit humain à la vie, sans aucune indication que les victimes représentaient une menace létale imminente pour quiconque au moment des faits ».
Le HCDH a particulièrement mis en avant la protection du personnel médical : la Convention de Genève IV, ratifiée par Israël et le Liban, interdit explicitement les attaques contre les soignants en temps de conflit. Des pagers distribués à des infirmiers et médecins pour des communications d’urgence ont été piégés, entraînant la mort de quatre travailleurs de santé le 17 septembre 2024 seul. Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits de l’homme, a déclaré le 20 septembre 2024 devant le Conseil de sécurité de l’ONU : « L’utilisation de pièges explosifs sous forme d’objets portables apparemment inoffensifs est interdite par le droit international humanitaire. C’est un crime de guerre de commettre des actes de violence destinés à semer la terreur parmi les civils. » Il a qualifié l’opération d’« choquante par son ampleur et son impact », appelant à une enquête « indépendante, rigoureuse et transparente ».
Human Rights Watch, dans un rapport du 18 septembre 2024, a corroboré ces accusations : « Les milliers de pagers ont explosé simultanément à travers le Liban et des parties de la Syrie le 17 septembre 2024, entraînant au moins 12 morts, dont au moins deux enfants et deux travailleurs de santé, et au moins 2 800 blessés. » L’organisation a noté que le droit international humanitaire coutumier interdit les pièges à base d’objets civils susceptibles d’attirer les non-combattants, et que l’incapacité à distinguer les cibles militaires des civiles rend l’attaque illégale. Amnesty International a ajouté, via sa directrice adjointe pour le Moyen-Orient, Aya Majzoub, que « les preuves recueillies indiquent que les planificateurs et auteurs des attaques n’étaient pas en mesure de déterminer qui se trouvait près des appareils ou qui serait blessé par les explosions », justifiant une enquête pour crime de guerre potentiel.
Le gouvernement libanais, alors dirigé par le cabinet intérimaire de Najib Mikati, a immédiatement saisi le Conseil de sécurité. Le ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a déclaré le 20 septembre 2024 : « Israël a violé notre souveraineté en ciblant sans distinction des combattants, des civils et des soignants. Cette agression indiscriminée exige une enquête internationale et des sanctions. » En 2025, sous le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février après les élections présidentielles de janvier, ces appels persistent. Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, a réitéré en mars 2025 lors d’une session de l’Assemblée générale de l’ONU : « L’attaque des pagers n’était pas une opération militaire ciblée, mais un acte terroriste qui a semé la terreur et visé des innocents, y compris des professionnels de santé essentiels. »
Des survivants marqués à vie dans un système de santé exsangue
Un an après, les conséquences humaines de l’attaque pèsent lourdement sur le Liban. Les survivants, identifiables par leurs cicatrices faciales, leurs yeux manquants ou leurs mains mutilées, luttent pour une réhabilitation physique et psychologique. Le ministère de la Santé, dirigé depuis février 2025 par Rakan Nassereddine, a rapporté en juillet 2025 une augmentation de 15 % des demandes de prothèses et de chirurgies reconstructrices par rapport à 2024, avec plus de 1 000 cas liés directement aux explosions. Nassereddine, chirurgien vasculaire à l’hôpital américain de Beyrouth, a déclaré en mai 2025 lors d’une conférence sur les impacts sanitaires : « Ces blessures ne sont pas seulement physiques ; elles attaquent l’âme d’une nation entière. Nos hôpitaux, déjà sous-financés, peinent à répondre à des besoins à long terme comme les thérapies pour les traumatismes auditifs ou les prothèses pour les amputés. »
Parmi les cas emblématiques, Sarah Jaffal, 21 ans, une civile du sud-Liban blessée à la main lors d’une explosion dans un village près de Tyr, suit une physiothérapie hebdomadaire. Elle a perdu la sensibilité de ses doigts et souffre de douleurs nerveuses chroniques, retardant ses projets d’études. Zeinab Mestrah, 26 ans, organisatrice d’événements à Dahieh, a subi l’amputation de trois doigts et des acouphènes persistants après avoir ramassé le pager d’un parent affilié au Hezbollah. Hussein Dheini, 12 ans, a été blessé en manipulant l’appareil de son père, un employé du mouvement, perdant partiellement la vue d’un œil. Ces témoignages, recueillis par des organisations comme la Croix-Rouge libanaise, illustrent l’impact sur des civils ordinaires, loin des lignes de front.
Le Hezbollah, qui reconnaît que la majorité des victimes étaient ses membres ou employés, estime à 1 500 le nombre de combattants mis hors de combat. Une enquête interne, achevée en février 2025, a conclu à une négligence dans la chaîne d’approvisionnement, sans collaboration avec Israël. Sur les 5 000 pagers commandés, environ 4 000 ont été distribués ; les 1 000 restants ont été interceptés en Turquie après une alerte du groupe. Qassem a admis en juillet 2025, lors d’une interview à Al-Mayadeen, que le mouvement avait « sous-estimé l’ampleur des capacités de surveillance israéliennes », révélant des failles remontant à plus d’un an dans les contrôles de sécurité.
Le contexte d’une escalade régionale
Ces attaques s’inscrivent dans une escalade plus large, née des tirs transfrontaliers entre Hezbollah et Israël depuis le 8 octobre 2023, en solidarité avec Gaza après l’offensive du Hamas. Entre octobre 2023 et septembre 2024, Hezbollah a lancé plus de 8 000 roquettes vers Israël, culminant à 1 300 en août 2024 seul. Israël, de son côté, a revendiqué plus de 8 300 frappes au Liban. L’opération des pagers a servi de prélude à une campagne aérienne massive, aboutissant à l’assassinat de Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024 dans une frappe sur le quartier général du Hezbollah à Dahieh, tuant 33 personnes dont des commandants seniors. Naim Qassem a été élu secrétaire général le 29 octobre 2024, succédant à Nasrallah et à Hashem Safieddine, tué dans la même opération.
Le conflit s’est étendu, causant 564 morts au Liban (dont 133 civils) et 52 en Israël (dont 27 civils), déplaçant des communautés entières et détruisant des infrastructures civiles. Un cessez-le-feu, négocié par les États-Unis, a été signé le 26 novembre 2024, imposant le retrait des forces israéliennes et du Hezbollah du sud-Liban, avec un déploiement de l’armée libanaise. En février 2025, un nouveau cessez-le-feu a forcé des retraits supplémentaires, mais Hezbollah a perdu 50 à 70 % de son arsenal, estimé à 150 000 roquettes initialement.
La chute du régime Assad en Syrie le 8 décembre 2024, après une offensive de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et de l’Armée nationale syrienne soutenue par la Turquie, a isolé davantage Hezbollah. Assad a fui à Moscou, où la Russie lui a accordé l’asile. HTS a déclaré un gouvernement transitoire en décembre 2024, avec Ahmed al-Sharaa nommé président intérimaire en janvier 2025. Cette transition a coupé les lignes d’approvisionnement de Hezbollah via la Syrie, affaiblissant ses capacités logistiques. Des violences persistent en Syrie, avec des affrontements contre des loyalistes Assad dans les zones alaouites de Lattaquié et Tartous en mars 2025, et contre des Druzes au sud en juillet.
Israël a profité du chaos syrien pour intensifier ses frappes, détruisant des sites iraniens et des dépôts d’armes en décembre 2024 et janvier 2025, et menant une incursion limitée dans le Golan. En août 2025, des frappes israéliennes ont visé des sites nucléaires iraniens, isolant davantage Téhéran, allié clé de Hezbollah.
Pressions internationales et défis internes
Le gouvernement libanais de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres après des négociations intenses, a placé la sécurité et les réformes au cœur de son programme. Salam, soutenu par 84 députés lors de sa nomination le 13 janvier 2025, a obtenu la confiance du Parlement le 26 février. Son cabinet, composé de figures comme le ministre des Finances Yassine Noman et le ministre de la Défense Maurice Slim, vise à étendre l’autorité de l’État, aligné sur la résolution 1701 de l’ONU. Le 5 septembre 2025, le Conseil des ministres a approuvé le plan « Bouclier de la Patrie » de l’armée, présenté par le général Rodolphe Haykal, pour le contrôle des armes et le désarmement progressif de Hezbollah, sous pression américaine.
Les États-Unis, avec 2 000 troupes en Syrie orientale aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS), ont conditionné leur aide à ce désarmement. L’administration Trump, réélue en 2024, prévoit de réduire ces effectifs de moitié en 2025. L’ONU, via le secrétaire général António Guterres, a salué en juillet 2025 les progrès : « La stabilité du Liban est essentielle pour la région ; la lutte contre les menaces doit s’accompagner d’un soutien économique international. » Guterres a réitéré l’appel à une enquête sur les pagers, notant en septembre 2025 que « les conséquences humanitaires disproportionnées persistent ».
L’Arabie saoudite et les pays du Golfe, qui ont intercepté des millions de pilules de captagon en 2024, lient leur aide économique à des avancées sécuritaires. Riyad, après un embargo en 2021, a exigé en 2025 des résultats concrets contre le narcotrafic et l’influence de Hezbollah. Abdallah Bou Habib, ministre des Affaires étrangères, a déclaré en août 2025 lors d’une réunion avec des ambassadeurs arabes : « Le Liban s’engage à respecter ses obligations internationales et à renforcer ses frontières, tout en dénonçant les agressions israéliennes qui menacent la stabilité régionale. »
Au plan économique, la crise persiste : dette publique à 150 % du PIB, inflation à 150 % en 2024 selon la Banque mondiale. Le chômage atteint 40 % nationalement, 55 % dans la Bekaa et le sud. Le ministère des Affaires sociales, dirigé par Hanine Sayyed, estime la pauvreté à 80 % dans ces régions. Des programmes de reconversion agricole, financés partiellement par l’ONU, ont été lancés en 2025 pour remplacer les cultures illicites, mais le manque de fonds freine leur déploiement.
L’armée libanaise, forte de 80 000 hommes sous Maurice Slim, patrouille le sud en coordination avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Des incidents persistent : en avril 2025, une opération anti-armement dans la Bekaa a mené à deux arrestations. Slim a inspecté des unités en juin 2025, déclarant : « La sécurité des frontières est une priorité symbolique et opérationnelle. » Ces efforts s’alignent sur la résolution 1701, invoquée pour le contrôle sud-Libanais, mais étendue au front est contre les trafics.
Les tensions communautaires – chiites au sud et Bekaa, sunnites à Tripoli – compliquent le tableau. Des accusations de complicités locales dans le narcotrafic persistent, bien que niées par les autorités. En juillet 2025, Qassem a averti dans une interview que « la résistance n’attendra pas indéfiniment », face aux frappes israéliennes récentes sur des sites présumés de drones au Liban.



