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Une guerre des pétitions enflamme le débat sur la reconnaissance de l’État de Palestine en France et en Israël

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Le 22 septembre 2025, alors que la France s’apprête à officialiser sa reconnaissance de l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, une bataille d’idées sans précédent se déploie à travers des pétitions et des tribunes libres. En Israël, une initiative citoyenne, portée par plus de 10 000 signataires, exhorte le gouvernement de Benjamin Netanyahou à reconnaître l’État palestinien pour briser le cycle de violence qui a déjà coûté la vie à plus de 65 000 Palestiniens à Gaza depuis octobre 2023, selon le ministère local de la Santé. En France, tandis que des pétitions populaires soutiennent massivement la décision d’Emmanuel Macron, une tribune signée par vingt personnalités influentes, dont Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg et Bernard-Henri Lévy, appelle le président à revenir sur cette reconnaissance, jugée prématurée. Cette « guerre des pétitions », comme la qualifient les observateurs, révèle des sociétés profondément divisées face à un conflit qui polarise l’opinion mondiale.

En Israël, une pétition citoyenne défie le statu quo

Le 19 septembre 2025, une pétition intitulée « Pour un avenir à deux États » a vu le jour en Israël, portée par le collectif « Shalom Achshav » (Paix maintenant), regroupant intellectuels, artistes et anciens militaires. Publiée sur la plateforme Avaaz, elle avait recueilli 10 327 signatures au matin du 22 septembre, selon les organisateurs. « Nous, citoyens israéliens, appelons notre gouvernement à reconnaître l’État de Palestine sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, pour ouvrir la voie à une paix durable », proclame le texte. Parmi les signataires figurent des personnalités comme l’écrivain David Grossman, la réalisatrice Ronit Elkabetz et l’ancien général Amiram Levin, qui a dénoncé la « gestion désastreuse » de la guerre à Gaza par Netanyahou.

Cette initiative, bien que minoritaire dans un pays où 62 % des citoyens s’opposent à une reconnaissance unilatérale selon un sondage de l’Israel Democracy Institute du 18 septembre, marque une rupture. Elle intervient dans un contexte de lassitude croissante face à la guerre, qui a tué 65 283 Palestiniens et blessé 166 472 autres à Gaza, selon le ministère de la Santé local, avec 75 morts supplémentaires le 21 septembre dans des frappes sur Khan Younès. Des estimations de The Lancet, publiées le 15 septembre, portent le bilan réel entre 200 000 et 600 000 morts en incluant les victimes indirectes dues à la famine, aux maladies et aux décombres. Les pétitionnaires soulignent l’urgence de reconnaître la Palestine pour « isoler le Hamas » et soutenir des négociations avec l’Autorité palestinienne.

La réponse du gouvernement israélien a été cinglante. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a qualifié la pétition de « naïve et dangereuse » lors d’une interview à Kan le 20 septembre, affirmant qu’elle « légitime les actions du Hamas ». Bezalel Smotrich, ministre des Finances et chef du parti Sionisme religieux, a menacé de poursuites judiciaires les organisateurs pour « atteinte à la sécurité nationale ». Une contre-pétition, lancée par des groupes de colons en Cisjordanie, a recueilli 15 000 signatures au 22 septembre, demandant l’annexion immédiate de la vallée du Jourdain en réponse aux reconnaissances internationales, notamment celles du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie le 21 septembre.

Cette mobilisation s’inscrit dans un climat de protestations internes. Le 21 septembre, 50 000 manifestants ont défilé à Tel-Aviv, place Kaplan, pour exiger un cessez-le-feu et la libération des 101 otages encore retenus par le Hamas, selon la police israélienne. Ces tensions reflètent une fracture : d’un côté, une société civile lassée par une guerre sans fin ; de l’autre, un gouvernement inflexible, qui voit dans la reconnaissance palestinienne une menace existentielle.

En France, une tribune de vingt personnalités contre Macron

En France, la reconnaissance de l’État de Palestine, prévue dans le discours de Macron à l’ONU le 22 septembre, a déclenché une vague de débats. Une tribune publiée dans Le Figaro le 19 septembre, signée par vingt personnalités, dont les acteurs Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg, le philosophe Bernard-Henri Lévy, le président du Crif Yonathan Arfi et le Grand rabbin Haïm Korsia, appelle le président à « suspendre » sa décision. Intitulée « Monsieur le Président, reconnaître la Palestine maintenant est une erreur », elle argue que cette reconnaissance, sans la libération des otages ni le démantèlement du Hamas, « récompense implicitement le terrorisme ».

« Alors que 101 otages languissent dans les tunnels de Gaza et que le Hamas refuse tout compromis, cette reconnaissance envoie un signal de faiblesse », écrivent les signataires, rappelant l’attaque du 7 octobre 2023, qui a tué 1 200 Israéliens. Ils critiquent l’abandon des conditions posées par Macron en février 2024 : un cessez-le-feu, la libération des captifs et des garanties de sécurité pour Israël. Lévy, dans une interview à France Info le 20 septembre, a averti que cette décision pourrait « attiser l’antisémitisme » en France, où 1 247 actes antisémites ont été recensés en 2024, selon le ministère de l’Intérieur.

Cette tribune a suscité des réactions vives. L’Union juive française pour la paix (UJFP) a dénoncé une « instrumentalisation cynique » de la lutte contre l’antisémitisme. Pierre Stambul, son président, a déclaré à Mediapart : « Ces signataires ignorent les 65 000 morts palestiniens et la famine à Gaza, comme si la paix pouvait se construire sans reconnaître les droits des Palestiniens. » Des intellectuels comme Étienne Balibar ont soutenu Macron, estimant que la reconnaissance « redonne espoir à une solution à deux États ».

Un élan populaire pro-palestinien en France

Face à cette opposition, des pétitions citoyennes soutiennent la reconnaissance. Une pétition déposée le 21 juillet sur la plateforme de l’Assemblée nationale, intitulée « Pour la reconnaissance officielle de l’État de Palestine », avait recueilli 688 signatures au 22 septembre. Initiée par Hamza Belkeddar, elle demande une reconnaissance « sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale », invoquant « l’injustice historique » subie par les Palestiniens. Une autre, lancée le 10 juin par Dimitri Vaz, intitulée « Reconnaissance immédiate de l’État de Palestine », a atteint 3 381 signatures, portée par les mandats d’arrêt de la CPI contre Netanyahou pour « crimes de guerre ».

Ces initiatives reflètent un soutien populaire croissant. Un sondage Elabe du 21 septembre montre que 62 % des Français, et 78 % des 18-34 ans, approuvent la reconnaissance. Des manifestations pro-palestiniennes, comme celle du 15 septembre à Paris avec 30 000 participants selon la préfecture, ont brandi des drapeaux palestiniens, malgré une circulaire de Gérald Darmanin du 19 septembre interdisant leur affichage sur les mairies pour « éviter les troubles ». Manon Aubry, eurodéputée LFI, a dénoncé sur X cette mesure comme une « censure inacceptable ».

Le contexte humanitaire : une tragédie qui alimente les débats

Ces pétitions s’inscrivent dans un contexte dramatique. À Gaza, le ministère de la Santé rapporte 65 283 morts et 166 472 blessés au 21 septembre, avec 75 tués dans les dernières 24 heures à Khan Younès et Jabalia. The Lancet estime un bilan réel entre 200 000 et 600 000, incluant les morts indirects. L’OMS note 361 décès par malnutrition au 5 septembre, avec 15 000 enfants en famine aiguë. En Cisjordanie, 712 Palestiniens, dont 142 enfants, ont été tués depuis octobre 2023, selon l’Ocha. Une frappe sur une école à Rafah le 21 septembre a tué 18 personnes, dont 6 enfants.

La France a intensifié son aide : 120 millions d’euros en 2025, dont 50 tonnes de médicaments livrés à Rafah le 10 septembre. Macron a critiqué les « blocages israéliens », appelant à des corridors humanitaires. La reconnaissance vise à renforcer la légitimité de l’Autorité palestinienne, qui négocie des élections en 2026 sans le Hamas.

Réactions israéliennes et menaces de représailles

Israël a réagi avec force. Netanyahou a qualifié la reconnaissance française d’« énorme erreur » le 19 septembre, promettant une « réponse ferme ». Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur français François-Xavier Deniau, évoquant une possible fermeture du consulat à Jérusalem-Est. Bezalel Smotrich a menacé de geler les transferts fiscaux à Ramallah, soit 1,2 milliard de shekels annuels, et d’accélérer l’annexion de la Cisjordanie. Ces mesures pourraient affecter les 5 milliards d’euros d’échanges franco-israéliens.

Soutien international et implications diplomatiques

La reconnaissance française, dans le cadre du sommet de New York co-présidé avec l’Arabie saoudite, s’aligne sur celles du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie. Mahmoud Abbas a salué un « pas vers la justice », tandis que le Hamas parle de « victoire symbolique ». La France envisage une ambassade palestinienne à Paris et des sanctions sur les produits des colonies, évalués à 200 millions d’euros. À l’ONU, la Palestine pourrait soumettre des résolutions contraignantes.

Le 21 septembre, 9 Palestiniens ont été tués à Khan Younès, et un convoi humanitaire a été bloqué. La France a évacué 15 enfants gazouis vers Paris. Ces faits, combinés aux pétitions pro-palestiniennes et à la tribune d’opposition, illustrent un débat passionné, où la reconnaissance française pourrait redessiner les dynamiques régionales, malgré les tensions avec Israël.

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