Les universités américaines du Golfe et du Liban sont entrées dans une phase de vigilance renforcée après une menace explicite formulée par les Gardiens de la révolution iraniens contre les établissements américains et israéliens de la région. Cette alerte intervient après des frappes attribuées aux États-Unis et à Israël contre des institutions universitaires iraniennes, dans un contexte de guerre régionale déjà marquée par des attaques de missiles, de drones et des représailles sur plusieurs théâtres.
Au Liban, la Lebanese American University a annoncé qu’elle basculait entièrement en ligne pendant deux jours « par précaution », tout en maintenant sur site le personnel essentiel et l’activité de ses centres médicaux. L’université a demandé à sa communauté de suivre attentivement les communications officielles. La mesure traduit un durcissement très concret du climat sécuritaire autour des institutions perçues comme liées aux États-Unis, même lorsqu’elles sont implantées depuis longtemps dans le paysage académique libanais.
L’American University of Beirut a pris une décision comparable. L’université a indiqué qu’elle n’avait, à ce stade, aucun élément montrant une menace directe contre ses campus ou ses centres médicaux, mais qu’elle fonctionnerait malgré tout entièrement à distance lundi et mardi, à l’exception du personnel indispensable. Les cours et les examens doivent donc se tenir en ligne. Ce choix montre que l’inquiétude ne repose pas seulement sur un danger identifié à très court terme, mais sur une logique de précaution face à une menace régionale devenue plus explicite.
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Le déclencheur : des frappes sur des universités iraniennes
Le contexte est central pour comprendre cette brusque montée d’alerte. Téhéran affirme que des frappes américaines et israéliennes ont touché des universités iraniennes, et les Gardiens de la révolution ont repris cet argument pour justifier une menace de représailles contre les établissements américains et israéliens dans l’ensemble du Moyen-Orient. Dans leur message, ils ont posé un ultimatum à Washington, exigeant une condamnation officielle de ces bombardements, faute de quoi les universités américaines de la région ne seraient plus épargnées.
La formulation est particulièrement lourde. Les Gardiens de la révolution ont expliqué que les étudiants, enseignants et employés devaient se tenir à distance de ces campus, à au moins un kilomètre, signe qu’ils les présentent désormais comme des cibles potentielles. Cette menace ne vise donc pas seulement des infrastructures étatiques ou militaires. Elle élargit le champ des risques à des institutions civiles d’enseignement supérieur, ce qui marque une nouvelle étape dans l’extension géographique et symbolique du conflit.
Les établissements américains de la région se retrouvent de ce fait dans une position particulièrement sensible. Dans le Golfe, plusieurs grandes universités américaines sont implantées de longue date, notamment aux Émirats arabes unis et au Qatar. Le simple fait qu’elles soient désormais mentionnées dans une menace officielle iranienne suffit à modifier les dispositifs de sécurité, les modes d’enseignement et les arbitrages de court terme sur l’ouverture des campus.
Le Golfe sous tension, entre retour partiel à la normale et sécurité renforcée
Dans le Golfe, la situation est contrastée. Certains pays avaient commencé à rétablir une forme de normalité dans les écoles et les universités malgré la poursuite de la guerre régionale. Mais ce retour progressif restait fragile. Le paysage sécuritaire demeure instable, avec des frappes iraniennes ayant déjà touché plusieurs pays du Golfe, des alertes antimissiles fréquentes et des restrictions maintenues dans plusieurs secteurs, notamment aux Émirats arabes unis où l’enseignement à distance a été prolongé au moins jusqu’au 3 avril.
Cette tension générale explique pourquoi la menace iranienne contre les universités américaines n’est pas traitée comme un simple message propagandiste. Elle s’inscrit dans une guerre qui a déjà débordé l’Iran et Israël pour atteindre le Liban, l’Irak, la Syrie et plusieurs monarchies du Golfe. Des installations civiles et industrielles ont déjà été visées dans la région. Dans ce cadre, les campus universitaires américains deviennent, aux yeux de leurs directions, des points sensibles supplémentaires.
Le risque est d’autant plus pris au sérieux qu’il touche des institutions à forte visibilité internationale. Ces universités accueillent non seulement des étudiants locaux, mais aussi des enseignants étrangers, des programmes américains accrédités et, dans certains cas, des coopérations avec des gouvernements ou des fondations occidentales. Dans une guerre où l’Iran cherche à frapper des symboles de présence américaine ou alliée dans la région, leur exposition politique devient plus évidente.
Au Liban, la décision des campus reflète un climat régional plus large
Au Liban, l’alerte universitaire s’ajoute à un contexte déjà extrêmement tendu. Le pays subit depuis des semaines des frappes israéliennes, des survols, des attaques contre des secouristes, des journalistes et des zones civiles, tandis que le front régional s’est encore élargi avec la guerre menée contre l’Iran. Dans un tel environnement, les universités américaines ne pouvaient pas traiter la menace iranienne comme un épisode isolé. Elle s’ajoute à une insécurité déjà chronique.
La décision de LAU et d’AUB de fonctionner à distance pendant deux jours a donc une double signification. Elle répond d’abord à une menace régionale précise, formulée publiquement contre les universités américaines. Mais elle reflète aussi la vulnérabilité propre du Liban, pays où les équilibres sécuritaires peuvent se dégrader très vite et où les grandes institutions éducatives ont déjà dû adapter à plusieurs reprises leurs activités depuis le début de l’escalade.
Le fait que les deux universités maintiennent néanmoins leurs centres médicaux et une présence minimale de personnel essentiel montre aussi la difficulté de concilier continuité institutionnelle et prudence. Il ne s’agit pas d’une fermeture totale, mais d’un repli temporaire destiné à réduire l’exposition humaine tout en maintenant les services jugés indispensables.
Une guerre qui élargit désormais ses cibles symboliques
La nouveauté la plus frappante de cette séquence tient peut-être à la nature des lieux désormais menacés. Jusqu’ici, les infrastructures militaires, énergétiques, logistiques ou gouvernementales dominaient les calculs de représailles. Avec les universités, le conflit touche plus frontalement des espaces civils associés à la recherche, à la formation et à la présence culturelle américaine dans la région. Cette extension des cibles potentielles produit un effet immédiat sur la vie quotidienne de milliers d’étudiants, d’enseignants et de familles.
Elle montre aussi que le conflit n’est plus seulement une guerre de missiles et de frappes aériennes. C’est aussi une guerre de symboles, dans laquelle les institutions liées aux États-Unis, même lorsqu’elles sont profondément enracinées au Liban ou dans le Golfe, peuvent être reclassées par Téhéran dans la catégorie des cibles légitimes. C’est cette requalification qui explique la réaction rapide de campus comme LAU et AUB.
À court terme, la priorité des universités reste la protection de leurs communautés et la continuité académique minimale. Mais la séquence ouverte ce dimanche pose une question plus large : celle de la capacité des grands campus internationaux du Moyen-Orient à continuer de fonctionner normalement dans une guerre régionale où leur seule identité institutionnelle suffit désormais à les exposer.


