samedi, janvier 24, 2026

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Walid Joumblatt et ses relations avec Damas : un historique complexe entre alliances et revirements

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Les relations entre Walid Joumblatt, leader druze libanais, et les régimes syriens successifs sous Hafez el-Assad et Bachar el-Assad reflètent une dynamique politique complexe, marquée par des visites régulières à Damas, un soutien stratégique à l’occupation syrienne du Liban, et des changements d’alliances dictés par les contextes régionaux. Ce parcours illustre la capacité de Joumblatt à naviguer dans les méandres de la politique libanaise et régionale.

Les années Hafez el-Assad : l’alliance pragmatique

Durant les années de la guerre civile libanaise (1975-1990), Walid Joumblatt a entretenu une relation étroite avec le président syrien Hafez el-Assad. Ces liens étaient principalement dictés par les intérêts stratégiques du leader druze, qui cherchait à sécuriser le soutien syrien dans la lutte pour le contrôle des montagnes du Chouf et la survie politique de la communauté druze.

Les premières visites de Joumblatt à Damas ont eu lieu dans ce contexte de guerre, où l’intervention syrienne au Liban était perçue comme un facteur stabilisateur pour ses alliés locaux. Joumblatt a soutenu l’entrée des troupes syriennes au Liban en 1976 sous le mandat de la Force arabe de dissuasion, permettant à la Syrie d’imposer sa présence militaire et politique dans le pays.

Malgré des tensions occasionnelles, notamment sur la gestion des accords de Taëf en 1989, qui ont mis fin à la guerre civile, Joumblatt a maintenu son alignement avec le régime de Hafez el-Assad. Il voyait en la Syrie un acteur incontournable capable de maintenir l’équilibre des forces au Liban. Cette posture pragmatique était renforcée par l’opposition commune de Joumblatt et de Damas à l’influence israélienne dans le Sud-Liban.

Les années Bachar el-Assad : le virage ambigu

Avec l’accession de Bachar el-Assad au pouvoir en 2000, Joumblatt a continué à se rendre régulièrement à Damas, exprimant initialement son soutien au nouveau président. En public, il a justifié la présence syrienne au Liban comme un « facteur de stabilité », malgré des critiques croissantes au sein de la société libanaise, qui voyait cette occupation comme une entrave à la souveraineté nationale.

En 2004, Joumblatt a soutenu la prorogation controversée du mandat du président libanais Émile Lahoud, une décision largement perçue comme imposée par la Syrie. Cette position, critiquée par ses adversaires politiques, a illustré la loyauté tactique de Joumblatt envers Damas à une époque où le régime syrien exerçait un contrôle direct sur la politique libanaise.

Le basculement après l’assassinat de Rafic Hariri

Le tournant majeur dans les relations entre Joumblatt et le régime syrien s’est produit après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005. Ce meurtre, attribué par une grande partie de l’opinion publique libanaise à la Syrie, a marqué le début d’une rupture ouverte entre Joumblatt et Bachar el-Assad.

Dans le contexte de la Révolution du Cèdre et du retrait des troupes syriennes en 2005, Joumblatt a adopté une rhétorique virulente à l’encontre de Damas, qualifiant Bachar el-Assad de « tyran ». Cependant, son soutien passé à l’occupation syrienne a été largement critiqué par ses opposants, qui y voyaient une contradiction dans sa posture de défenseur de la souveraineté libanaise.

Retour à Damas : entre réalisme politique et besoin de stabilité

Malgré cette rupture, Joumblatt a opéré un nouveau rapprochement avec Bachar el-Assad en 2010, alors que les tensions régionales et la montée en puissance du Hezbollah rendaient inévitable une révision de ses alliances. Cette visite, perçue comme une tentative de rétablir des liens pragmatiques avec Damas, a été largement médiatisée. Joumblatt a alors déclaré que son hostilité passée envers le régime syrien était liée à des circonstances spécifiques et qu’il cherchait désormais à tourner la page pour stabiliser la situation au Liban.

Joumblatt, un acteur insaisissable

Walid Joumblatt reste une figure insaisissable de la politique libanaise, capable de se repositionner selon les dynamiques locales et régionales. Ses visites à Damas, que ce soit sous Hafez ou Bachar el-Assad, reflètent un pragmatisme politique axé sur la survie et l’équilibre des forces. Toutefois, son soutien passé à l’occupation syrienne du Liban reste un point sensible dans son héritage politique, suscitant à la fois admiration pour sa résilience et critiques pour ses volte-face.

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Newsdesk Libnanews
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