Les conséquences de la guerre au Liban ne se mesurent plus seulement en destructions de logements, en déplacements de population ou en pertes économiques. Elles touchent désormais directement la capacité d’une partie des enfants à poursuivre une scolarité normale. Le président Joseph Aoun a dressé, le 1er octobre 2026, un constat particulièrement préoccupant lors de sa rencontre au palais de Baabda avec la directrice générale de l’Unicef, Catherine Russell. Selon les données présentées au cours de cette réunion, 436 écoles ont été endommagées et plus de 100 000 enfants sont menacés de ne pas pouvoir rejoindre normalement leurs classes et leurs établissements.
Ces chiffres replacent la reconstruction dans une perspective différente. Réparer les routes et les bâtiments ne suffira pas à stabiliser les régions touchées si les familles ne peuvent pas y scolariser leurs enfants. Plusieurs ménages hésitent déjà à ramener les plus jeunes dans leurs villages tant que les écoles et les services essentiels ne sont pas opérationnels. Certaines familles restent ainsi séparées. La question scolaire devient à la fois un problème éducatif, social et territorial. Elle conditionne le retour des déplacés et pourrait laisser des conséquences pendant plusieurs années si les interruptions de scolarité se prolongent.
436 établissements endommagés et une rentrée devenue incertaine
Le nombre de 436 écoles endommagées donne une première mesure de l’ampleur du problème. Il ne signifie pas que tous ces établissements sont totalement détruits ou définitivement inutilisables. Les sources disponibles ne fournissent pas une ventilation permettant de distinguer les écoles légèrement touchées de celles qui nécessitent une reconstruction lourde. Cette absence de détail interdit d’assimiler automatiquement les 436 établissements à autant d’écoles hors service. Elle montre néanmoins l’étendue géographique et matérielle des dommages auxquels le système éducatif doit faire face.
La deuxième donnée est encore plus directement liée aux enfants. Plus de 100 000 d’entre eux seraient menacés de ne pas pouvoir accéder à leurs classes et à leurs écoles. Là encore, il faut distinguer risque et déscolarisation effective. Le chiffre ne signifie pas que 100 000 élèves ont déjà abandonné l’école. Il désigne une population dont la continuité scolaire est fragilisée par les destructions, les déplacements, les problèmes de transport et l’état des services dans les zones touchées.
Cette distinction n’atténue pas la gravité du problème. Plus une interruption scolaire dure, plus le retour vers un rythme éducatif normal devient difficile. Les élèves doivent retrouver des établissements, des enseignants, des programmes et une stabilité familiale. Pour les plus jeunes, plusieurs mois de rupture peuvent toucher des apprentissages fondamentaux. Pour les adolescents, les interruptions peuvent peser sur les examens, l’orientation et la poursuite des études. Les sources du 2 octobre ne fournissent pas de mesure détaillée des pertes d’apprentissage. Elles montrent toutefois que les autorités considèrent déjà l’accès à l’éducation comme l’un des enjeux majeurs de la période de reconstruction.
L’école devient une condition du retour des familles
La situation dans les régions touchées révèle surtout un phénomène qui dépasse le ministère de l’Éducation. Des familles ayant quitté leurs localités pendant les hostilités ne reviennent pas nécessairement ensemble. Certains adultes peuvent regagner leur village pour vérifier l’état de leur maison, reprendre une activité ou reconstruire. Les enfants restent parfois ailleurs lorsque l’école locale n’est pas en mesure de les accueillir.
Les discussions avec les organismes internationaux ont mis en évidence cette fragmentation familiale. Des parents hésitent à ramener leurs enfants avant d’avoir la certitude qu’un établissement fonctionne et que les services essentiels sont disponibles. La remise en état des écoles devient ainsi une condition de stabilisation démographique. Sans elle, le retour peut rester temporaire ou incomplet, même lorsque les conditions sécuritaires s’améliorent.
Cette situation modifie la manière de définir la reconstruction. Une maison réparée ne suffit pas à permettre le retour durable d’une famille. Il faut également de l’eau, de l’électricité, des soins, des transports et une école. Le rétablissement des établissements scolaires doit donc être pensé avec les autres infrastructures locales. Une école sans eau ou sans accès sûr ne peut pas reprendre normalement son activité. De même, la réouverture d’un établissement ne règle pas le problème si les familles vivent encore loin de leur village ou si les déplacements quotidiens restent difficiles.
C’est pourquoi les discussions avec les Nations unies associent désormais la remise en état des écoles aux programmes de retour et de relèvement précoce. L’éducation n’apparaît plus comme un dossier à traiter après la reconstruction matérielle. Elle devient l’un de ses instruments.
Le Sud concentre une partie essentielle des difficultés
Les régions affectées par les opérations militaires, notamment dans le Sud, cumulent plusieurs obstacles. Les infrastructures ont été endommagées, certaines familles ont été déplacées et plusieurs localités continuent à subir les conséquences directes de la situation sécuritaire. Le président Joseph Aoun a insisté sur la nécessité de porter une attention particulière aux enfants et aux familles vivant dans les zones les plus exposées et de mettre en place des programmes permettant l’accès à l’éducation, à la protection et aux services essentiels.
Cette approche montre que tous les élèves ne sont pas confrontés au même niveau de difficulté. Un enfant dont l’école a été légèrement endommagée dans une zone redevenue accessible n’est pas dans la même situation qu’un autre vivant dans une localité où les infrastructures de base restent hors service. La reconstruction devra donc établir des priorités plutôt que d’appliquer une réponse identique à l’ensemble du territoire.
La réhabilitation des établissements peut également contribuer à fixer les populations. Une école qui rouvre ne rend pas seulement un service éducatif. Elle signale qu’une localité recommence à fonctionner. Elle permet aux parents de reprendre une activité sans devoir maintenir leurs enfants dans une autre région. Elle peut aussi réduire la pression sur les écoles des zones ayant accueilli les déplacés.
À l’inverse, une école qui reste fermée prolonge les effets du déplacement. Les familles doivent choisir entre retourner chez elles et préserver la continuité scolaire de leurs enfants. Cette tension peut durer bien après la fin des combats.
La pauvreté transforme une interruption scolaire en risque d’abandon
Joseph Aoun a également mis en garde contre les conséquences à long terme de la pauvreté et de l’interruption de la scolarité. Cette association est essentielle. Un enfant privé temporairement de son établissement peut théoriquement reprendre ses études lorsque celui-ci rouvre. Mais la situation devient plus difficile lorsque la famille a perdu son logement, son activité économique ou une partie de ses revenus.
La pression financière peut modifier les priorités du foyer. Les dépenses de transport scolaire deviennent plus difficiles à supporter. Le coût des fournitures et des déplacements pèse davantage. Dans les cas les plus fragiles, l’enfant peut être poussé vers une activité rémunérée. Le président a précisément évoqué le risque d’une augmentation du travail des enfants parmi les conséquences possibles de la crise.
Les sources disponibles ne fournissent pas de chiffre permettant de mesurer l’évolution actuelle du travail des mineurs dans les régions touchées. Il ne serait donc pas justifié d’en déduire une augmentation déjà quantifiée. L’alerte porte sur le risque. Celui-ci devient néanmoins plus important lorsque plusieurs facteurs se combinent : pauvreté, école endommagée, déplacement et perte des revenus familiaux.
La reconstruction éducative doit par conséquent intégrer les contraintes économiques des ménages. Remettre un bâtiment en état ne garantit pas que tous les élèves reviendront. Les familles les plus vulnérables peuvent avoir besoin d’un soutien permettant de maintenir les enfants dans le système scolaire.
La santé mentale, deuxième crise derrière les bâtiments détruits
La dimension psychologique occupe également une place importante dans les préoccupations exprimées à Baabda. Les enfants vivant dans les régions touchées ont subi les effets directs et indirects de la guerre sur leur stabilité familiale et sociale. Le président a évoqué les conséquences sur la santé mentale et averti du risque d’effets durables si les difficultés ne sont pas traitées rapidement et méthodiquement.
La reconstruction des écoles ne peut donc pas être uniquement immobilière. Un établissement peut rouvrir ses portes tout en accueillant des élèves marqués par les déplacements, la destruction de leur environnement quotidien ou la séparation de leur famille. Les enseignants eux-mêmes peuvent avoir vécu les mêmes événements. Reprendre les cours ne suffit pas automatiquement à retrouver les conditions antérieures.
Les sources du corpus ne donnent pas d’évaluation clinique de la santé mentale des enfants libanais concernés. Elles ne permettent donc ni d’établir une prévalence précise ni de quantifier les troubles. Elles montrent cependant que cette question est désormais intégrée au diagnostic officiel. Elle est associée aux risques liés à la pauvreté, à l’interruption de l’école et à la désorganisation familiale.
L’enjeu est d’autant plus important que l’école peut constituer l’un des principaux espaces de retour à une routine. Des horaires réguliers, la présence d’enseignants et le contact avec les autres élèves peuvent contribuer au rétablissement d’un cadre quotidien. Mais pour jouer ce rôle, les établissements doivent disposer des moyens humains et matériels nécessaires.
La reconstruction se heurte à la baisse des financements humanitaires
La difficulté financière ne concerne pas uniquement les familles. Les organismes internationaux font eux-mêmes face à une réduction des ressources disponibles pour les programmes humanitaires et de développement. Cette question a été explicitement abordée lors des discussions avec Catherine Russell. Le président a demandé que les besoins du Liban et de ses enfants restent parmi les priorités des bailleurs internationaux.
Cette diminution des ressources intervient au moment où les besoins augmentent. Il faut réparer les établissements, soutenir les familles, rétablir l’eau et les services sanitaires, traiter les conséquences psychologiques et accompagner le retour des déplacés. Les mêmes bailleurs sont sollicités pour les logements, les infrastructures, la santé, l’agriculture et les municipalités.
L’éducation se retrouve donc en concurrence avec d’autres urgences qui sont elles-mêmes indispensables au fonctionnement des écoles. Réhabiliter un établissement dans un village privé d’eau ne suffit pas. Restaurer les pompes sans réparer l’école ne permet pas davantage aux familles de revenir avec leurs enfants. Les investissements doivent être coordonnés.
C’est l’un des principaux défis de la phase actuelle. La reconstruction ne peut plus être organisée par secteurs totalement séparés. Les besoins sont interdépendants et les ressources limitées. Le choix des priorités doit donc tenir compte de la capacité d’un investissement à faciliter simultanément le retour, l’éducation et la reprise de la vie locale.
Les municipalités et les services locaux deviennent indispensables
Les discussions sur le relèvement des régions touchées montrent également que les municipalités jouent un rôle central. Elles doivent gérer les déchets, les routes locales, certains services et les besoins immédiats des habitants. Plusieurs demandes ont été formulées pour renforcer leurs moyens, notamment à travers le fonds municipal indépendant et la fourniture d’équipements.
Pour l’école, cette dimension locale est déterminante. Le fonctionnement quotidien dépend de l’environnement immédiat : accès, eau, assainissement, électricité et transport. Même lorsque le bâtiment relève d’une autre administration, l’état de la commune influence directement sa capacité à accueillir les élèves.
Les Nations unies ont procédé à des évaluations de terrain dans de nombreuses municipalités afin d’identifier les besoins. La priorité accordée à l’eau, aux écoles et aux centres de santé montre que la stabilisation des villages repose sur un ensemble de services plutôt que sur une seule infrastructure.
La coordination devient dès lors un problème en soi. Institutions nationales, municipalités, organismes internationaux et pays donateurs interviennent sur les mêmes territoires. Sans répartition claire des responsabilités, certaines localités peuvent recevoir plusieurs interventions tandis que d’autres restent insuffisamment couvertes.
Plus de 100 000 enfants représentent aussi un enjeu pour le capital humain
Joseph Aoun a présenté la protection des enfants comme une protection du capital humain du pays. La formule prend un sens particulier dans un Liban déjà confronté à une crise économique prolongée et à une forte pression migratoire. Une interruption importante de la scolarité peut produire des conséquences qui ne deviennent visibles que plusieurs années plus tard.
Le risque concerne d’abord les compétences acquises. Des élèves qui accumulent les retards peuvent rencontrer davantage de difficultés pour poursuivre leurs études. Il concerne ensuite les inégalités. Les familles disposant de ressources peuvent plus facilement trouver des solutions alternatives, financer des déplacements ou changer d’établissement. Les ménages les plus pauvres disposent de moins d’options.
La crise éducative peut donc accroître des écarts déjà existants. Deux enfants touchés par la même destruction ne connaîtront pas nécessairement la même trajectoire. Celui dont la famille peut déménager ou financer une solution temporaire conservera plus facilement sa continuité scolaire. Celui dont le foyer a perdu ses revenus risque davantage de rester en dehors de l’école.
C’est précisément pourquoi les 100 000 enfants évoqués ne doivent pas être considérés comme un simple indicateur administratif. Ils représentent un risque de fragmentation sociale. Plus la période d’incertitude dure, plus les conséquences deviennent difficiles à corriger.
Réparer vite sans reconstruire provisoirement pour des années
La réponse immédiate peut nécessiter des solutions temporaires. Des espaces éducatifs provisoires, des réaffectations d’établissements ou des dispositifs adaptés peuvent permettre de maintenir les élèves dans le système pendant les travaux. Mais le provisoire comporte lui-même un danger : devenir permanent faute de financement.
Le Liban doit donc gérer deux calendriers. Le premier est celui de l’urgence. Il faut empêcher que des enfants perdent une année scolaire parce que leur établissement n’est pas encore réparé. Le second est celui de la reconstruction durable. Il faut remettre en état les écoles endommagées et rétablir les services nécessaires à leur fonctionnement normal.
La directrice générale de l’Unicef a insisté sur la protection de l’enfance tout en évoquant le soutien au relèvement et le renforcement des systèmes capables de fournir les services essentiels, notamment l’éducation, la santé, l’eau et l’assainissement. Cette approche répond directement au problème actuel : l’urgence et la reconstruction ne peuvent plus être traitées comme deux périodes totalement séparées.
Chaque mois compte désormais pour les familles qui hésitent à revenir. Une école remise en service peut permettre le retour de dizaines ou de centaines d’enfants et stabiliser leurs foyers. À l’inverse, une fermeture prolongée peut transformer un déplacement temporaire en installation durable ailleurs.
L’école devient l’un des premiers indicateurs du véritable retour à la normale
Les 436 écoles endommagées donnent une image matérielle de la crise. Les plus de 100 000 enfants menacés de perdre l’accès normal à leurs classes en donnent la dimension humaine. Mais l’enjeu dépasse ces deux chiffres. Le fonctionnement des établissements devient l’un des meilleurs indicateurs de la capacité des régions touchées à retrouver une vie normale.
Lorsque les écoles rouvrent, les familles disposent d’une raison supplémentaire de revenir. Les parents peuvent réorganiser leur activité. Les enfants retrouvent une routine. Les villages recommencent à fonctionner comme des communautés et non simplement comme des ensembles de bâtiments réparés.
Lorsque les écoles restent fermées, la reconstruction demeure incomplète. Les familles continuent à se diviser entre leur localité d’origine et le lieu où les enfants peuvent étudier. Les dépenses augmentent. Le risque de décrochage s’installe. La pauvreté et le travail des enfants peuvent aggraver cette rupture, tandis que les conséquences psychologiques restent sans réponse suffisante.
Le défi éducatif du Liban ne consiste donc plus seulement à remettre 436 bâtiments en état. Il consiste à empêcher qu’une crise née de la guerre ne se transforme en rupture durable pour plus de 100 000 enfants. La rapidité avec laquelle les écoles, l’eau, les services de santé et les infrastructures locales seront rétablis déterminera en grande partie si les familles pourront réellement rentrer chez elles et si les enfants retrouveront une scolarité stable.


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