Sahar Ghaddar et Ghina Ghandour, deux militantes et figures actives des réseaux sociaux au Liban, ont été arrêtées suite à un procès intenté par la chaîne de télévision MTV. Ce procès fait suite à des tweets publiés par les deux femmes, dans lesquels elles condamnaient ce qu’elles considéraient comme un parti pris manifeste de la chaîne en faveur de l’occupation israélienne, notamment lors de l’agression contre le Liban.
Ces messages sur Twitter, largement partagés, visaient à critiquer le positionnement médiatique de MTV, accusée de manquer d’objectivité et de soutenir des discours jugés nuisibles à la souveraineté libanaise. Malgré une demande officielle de la chaîne pour retirer ces tweets, Ghaddar et Ghandour ont refusé de céder, revendiquant leur droit à la liberté d’expression. C’est ce refus qui a conduit à leur arrestation par les autorités libanaises.
Solidarité et mobilisation citoyenne
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La nouvelle de leur arrestation a provoqué une vague de réactions à travers le pays et au-delà, alimentant un débat sur la liberté d’expression et le rôle des médias dans des contextes de conflit. Une manifestation de soutien a été organisée devant le Bureau de la Cybercriminalité, où de nombreuses personnes se sont rassemblées pour exprimer leur solidarité avec les deux militantes.
Les manifestants ont dénoncé ce qu’ils perçoivent comme une tentative d’intimidation et de musellement de voix dissidentes. « Nous sommes ici pour défendre le droit de chaque citoyen à critiquer librement, en particulier quand il s’agit de la souveraineté de notre pays », a déclaré un manifestant. Cet événement illustre un malaise croissant au sein de la société libanaise, où l’espace pour le débat public et la critique semble de plus en plus restreint.
Liberté d’expression sous pression au Liban
L’arrestation de Ghaddar et Ghandour s’inscrit dans un contexte plus large où les libertés individuelles, notamment celles liées à l’expression en ligne, sont de plus en plus menacées au Liban. Au cours des dernières années, plusieurs militants, journalistes et citoyens ordinaires ont été poursuivis pour des posts sur les réseaux sociaux, accusés de diffamation ou d’atteinte à la réputation de personnalités publiques ou d’institutions.
Le Bureau de la Cybercriminalité, une division spécialisée des forces de l’ordre libanaises, est souvent critiqué pour son rôle dans ces affaires. Bien qu’il soit officiellement chargé de lutter contre les crimes numériques, il est également utilisé pour enquêter sur des affaires de diffamation ou d’insultes, parfois dans des contextes où les critiques sont légitimes et nécessaires au débat public.
Le rôle des médias et la polarisation
L’un des éléments centraux de cette affaire est la question du rôle des médias dans une société démocratique. La chaîne MTV, bien que l’une des plus influentes au Liban, a souvent été accusée de refléter des agendas politiques spécifiques. Ses critiques estiment que son traitement des conflits régionaux, notamment l’agression israélienne contre le Liban, manque de neutralité et renforce des récits opposés à la résistance libanaise.
Dans un pays aussi fracturé que le Liban, où les allégeances politiques et confessionnelles influencent fortement les médias, cette affaire relance le débat sur la responsabilité des chaînes de télévision. Les militants considèrent que les médias ont un devoir de rendre compte des événements de manière équilibrée, en évitant de devenir des porte-voix pour des intérêts particuliers.
Un précédent juridique inquiétant
L’affaire Ghaddar-Ghandour pourrait créer un précédent inquiétant pour les militants et les utilisateurs des réseaux sociaux au Liban. En poursuivant deux citoyennes pour des tweets critiques, MTV, soutenue par l’appareil judiciaire, envoie un message fort : les institutions influentes peuvent recourir aux moyens légaux pour faire taire les voix dissidentes. Cela soulève des inquiétudes sur l’érosion des libertés fondamentales dans un pays qui se veut démocratique.



