Réuni en séance ministérielle quotidienne au Sérail, le gouvernement libanais a affiché lundi une double ligne de conduite face aux effets immédiats de la guerre et du déplacement de populations : d’un côté, un appel à l’action des parquets contre les « discours d’incitation, de discorde, de haine et d’exclusion » diffusés dans certains médias et sur les réseaux sociaux ; de l’autre, le suivi des fermetures d’établissements en infraction, des saisies de marchandises et de leur redistribution aux déplacés. À l’issue de la réunion, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a aussi fait état de 36 centres d’accueil « prêts à recevoir » des déplacés, avec la possibilité d’en ouvrir 100 de plus « en cas de besoin ».
Une réunion quotidienne consacrée aux déplacés et à l’urgence
La réunion ministérielle s’est tenue au Sérail gouvernemental sous la présidence du Premier ministre Nawaf Salam, avec la participation de plusieurs ministres. Selon le compte rendu officiel, elle avait pour objet de « suivre les besoins des déplacés », de « répondre aux exigences de l’hébergement et des secours », mais aussi d’examiner « la situation générale et le climat diplomatique ».
Ce cadrage dit déjà beaucoup de l’ordre des priorités du moment. Le gouvernement ne se place pas seulement sur le terrain humanitaire, avec la recherche de places d’accueil et la coordination de l’aide. Il inscrit aussi la crise dans une lecture plus large, où la guerre, les déplacements de population, l’état des approvisionnements et les tensions politiques intérieures se rejoignent dans un même dispositif de gestion.
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À la sortie de la réunion, c’est le ministre de l’Information, l’avocat Paul Morcos, qui a exposé les principaux points discutés. Ses déclarations montrent un exécutif soucieux de traiter simultanément la question sociale, la question sécuritaire et la question du contrôle économique, avec une attention particulière portée aux conséquences directes de la guerre sur la cohésion intérieure.
Nawaf Salam met en garde contre les « discours d’incitation »
Le premier dossier mis en avant par Paul Morcos concerne le climat politique et médiatique. Selon lui, « le président Salam et plusieurs ministres ont soulevé la question du discours d’incitation, de discorde, de haine et d’exclusion dans certains médias et sur les réseaux sociaux ».
Cette formulation n’est pas neutre. Elle ne vise pas seulement des débordements verbaux isolés, mais désigne un ensemble de discours que le gouvernement considère comme de nature à attiser les divisions internes au moment où le pays traverse une crise aiguë. Dans le vocabulaire utilisé, les mots « incitation », « discorde », « haine » et « exclusion » renvoient à des contenus perçus comme susceptibles d’alimenter la tension communautaire ou de fragiliser davantage une société déjà éprouvée par la guerre et les déplacements.
Paul Morcos a précisé que le Premier ministre avait « insisté sur la ضرورة تحرك النيابات العامة » — la nécessité d’une intervention des parquets — lorsque ces discours « dépassent la liberté d’opinion, d’information et d’expression à laquelle nous tenons ». Le ministre a ajouté que cette orientation s’inscrivait « conformément à ce qui a résulté de la dernière séance du Conseil des ministres ».
Autrement dit, le gouvernement affirme vouloir maintenir la protection des libertés publiques, tout en traçant une limite au-delà de laquelle il estime qu’une réponse judiciaire devient légitime. Cette distinction entre liberté d’expression et propos jugés incendiaires constitue l’un des axes politiques de la séquence actuelle.
Une volonté de judiciariser certains contenus médiatiques et numériques
Le passage le plus significatif des déclarations de Paul Morcos réside sans doute dans cette demande explicite adressée aux autorités judiciaires. En évoquant la « nécessité d’un mouvement des parquets », le gouvernement ne se contente pas d’un rappel moral ou politique. Il appelle à une traduction institutionnelle et pénale contre des contenus qu’il considère comme dangereux.
La formulation employée — « au-delà de la liberté d’opinion, d’information et d’expression » — montre que l’exécutif cherche à installer une frontière. Il affirme d’un côté son attachement à la liberté de la presse et à la liberté d’expression ; de l’autre, il signale qu’il considère qu’une partie des messages diffusés dans l’espace public ne relève plus, selon lui, de l’exercice normal de ces libertés.
Dans le contexte libanais, une telle prise de position a un poids particulier. Elle intervient alors que la guerre et les déplacements massifs ravivent mécaniquement les crispations, les accusations et les discours de rejet. Le gouvernement semble ainsi vouloir prévenir une dégradation supplémentaire du climat intérieur en donnant aux parquets un rôle d’intervention contre les contenus jugés les plus problématiques.
36 centres prêts, 100 autres mobilisables
Le deuxième point concret avancé à l’issue de la réunion touche aux capacités d’hébergement. Paul Morcos a affirmé que Nawaf Salam avait « confirmé de nouveau l’existence de 36 centres d’accueil prêts à recevoir » les déplacés. Il a ajouté qu’il était possible d’ouvrir « 100 nouveaux centres en cas de besoin ».
Cette précision donne une idée de la manière dont l’exécutif tente de structurer sa réponse logistique. Le chiffre de 36 centres déjà prêts suggère un dispositif immédiatement mobilisable, tandis que la mention de 100 centres supplémentaires indique une réserve de capacité conçue pour répondre à une aggravation de la crise.
L’intérêt de cette déclaration réside aussi dans le verbe utilisé : le Premier ministre a « confirmé de nouveau » l’existence de ces centres. Cela laisse entendre que cette donnée a déjà été communiquée auparavant et que le gouvernement cherche à réaffirmer publiquement sa capacité d’organisation. Dans une période marquée par l’inquiétude et la pression sur les infrastructures publiques, ce type de précision vise autant à informer qu’à rassurer.
La logique exposée ici est celle d’une montée en charge graduelle : des centres sont déjà prêts ; d’autres peuvent être ouverts si la situation se détériore. Le gouvernement veut ainsi montrer qu’il suit la crise dans la durée et qu’il anticipe une augmentation potentielle des besoins.
La hausse des prix entre aussi dans l’équation de la crise
L’autre grand sujet abordé lors de la réunion concerne le coût de la vie. Paul Morcos a indiqué que « la question de la hausse des prix en raison de l’augmentation du coût de l’importation, du fret et du transport » avait été discutée.
Cette phrase est essentielle, car elle relie directement la crise humanitaire à ses effets économiques. Le gouvernement ne présente pas la flambée des prix comme un phénomène abstrait ou uniquement commercial. Il l’associe explicitement à l’augmentation des coûts d’importation, d’expédition et de transport, c’est-à-dire aux effets immédiats des perturbations régionales sur une économie largement dépendante de l’extérieur.
Le propos du ministre montre aussi que l’exécutif entend inscrire la question des prix dans le champ de l’action publique d’urgence. La hausse du coût des biens n’est pas traitée comme une donnée de marché parmi d’autres, mais comme un dossier de crise, au même titre que l’accueil des déplacés ou la distribution de l’aide.
Fermetures au sceau rouge, saisies et redistribution aux déplacés
Sur ce point, Paul Morcos a donné une description plus précise des mesures suivies par l’exécutif. Il a évoqué « le travail du ministère de l’Économie concernant la fermeture quotidienne d’établissements contrevenants au sceau rouge, la confiscation des marchandises, leur distribution aux déplacés et la saisine de la justice ».
Cette séquence est particulièrement forte dans sa construction. Elle décrit une chaîne complète d’intervention : constat d’infraction, fermeture administrative, saisie des produits, redistribution à des personnes déplacées, puis transmission du dossier à la justice.
Le recours au « sceau rouge » traduit une volonté d’affichage de l’autorité administrative. Il ne s’agit pas seulement de verbaliser ou d’adresser une mise en demeure, mais de fermer matériellement les établissements jugés en infraction. La confiscation des marchandises ajoute une dimension coercitive supplémentaire, tandis que leur redistribution aux déplacés donne à l’opération une portée sociale immédiate.
Dans les termes mêmes de Paul Morcos, le gouvernement ne présente donc pas ces marchandises saisies comme de simples pièces de procédure. Elles deviennent des biens redirigés vers l’urgence humanitaire. Ce point donne à la réponse publique une double dimension : sanction des pratiques jugées abusives et soutien direct aux populations déplacées.
Une action économique articulée à une réponse humanitaire
Ce qui ressort des propos du ministre, c’est la volonté de lier contrôle du marché et gestion de la crise sociale. En expliquant que les biens saisis sont « distribués aux déplacés », le gouvernement fait clairement le choix de raccorder la lutte contre les infractions économiques à la politique d’assistance.
Cela signifie que l’exécutif traite le marché non seulement comme un espace à réguler, mais aussi comme une source potentielle de ressources pour l’urgence. Les produits confisqués dans des établissements fautifs sont réinjectés dans le circuit de l’aide. Cette démarche donne à la politique de contrôle des prix une traduction concrète et immédiatement visible.
Le passage sur « l’envoi devant la justice » complète ce dispositif. Il signale que les mesures prises ne relèvent pas uniquement de l’administration courante, mais qu’elles peuvent déboucher sur des poursuites. Là encore, le langage du ministre vise à montrer que l’État entend agir sur toute la chaîne : du contrôle à la sanction, puis à la redistribution.
Le Premier ministre demande un suivi de l’arrivée des aides
En conclusion de son point presse, Paul Morcos a indiqué que Nawaf Salam avait « donné des instructions pour suivre la manière dont les aides arrivent », en particulier dans le cadre de la mise en œuvre du « Flash Appeal » lancé à Beyrouth lors de la visite du secrétaire général des Nations unies.
Cette phrase ajoute un autre étage à la gestion de crise. Il ne s’agit plus seulement des capacités d’accueil, des prix ou de l’action judiciaire, mais de la circulation effective de l’aide humanitaire. Le gouvernement veut manifestement s’assurer que les fonds, les biens et les appuis mobilisés dans le cadre de l’appel d’urgence se traduisent réellement sur le terrain.
Le choix du verbe « suivre » est ici révélateur : l’exécutif ne se contente pas de saluer l’appel international, il affirme vouloir surveiller sa traduction pratique. Cela renvoie à une préoccupation classique dans les situations d’urgence libanaises : non seulement obtenir l’aide, mais vérifier son acheminement, sa distribution et son efficacité réelle.
Une réunion dominée par trois urgences
À travers les propos de Paul Morcos, trois priorités se dégagent nettement de la réunion du Sérail.
La première est humanitaire, avec le suivi des besoins des déplacés et la confirmation d’un dispositif de centres d’accueil immédiatement disponibles, complété par une réserve mobilisable. La deuxième est politique et judiciaire, avec la demande d’une intervention des parquets contre les « discours d’incitation, de discorde, de haine et d’exclusion » dans certains médias et sur les réseaux sociaux. La troisième est économique et sociale, avec la surveillance de la hausse des prix, les fermetures de commerces en infraction, les saisies de marchandises et leur redistribution aux déplacés.
Le ministre de l’Information a ainsi livré un compte rendu qui présente un exécutif mobilisé sur plusieurs fronts simultanés. Dans ses termes, la réunion portait autant sur « les besoins des déplacés » que sur « les exigences de l’hébergement et des secours », sur « la hausse des prix » que sur « les discours d’incitation », et sur « la manière dont les aides arrivent » que sur l’action contre les établissements contrevenants.
L’ensemble dessine un gouvernement qui veut montrer qu’il ne traite pas la crise sous un seul angle, mais comme un faisceau de tensions entremêlées : humanitaires, économiques, judiciaires et politiques.



