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Beyrouth expulse l’ambassadeur iranien et rappelle son envoyé à Téhéran

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Le Liban a brusquement élevé le ton contre l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, a annoncé mardi le retrait de l’agrément de l’ambassadeur iranien désigné à Beyrouth, Mohammad Reza Raouf Sheibani, à qui un délai jusqu’à dimanche a été accordé pour quitter le pays, ainsi que le rappel pour consultations de l’ambassadeur du Liban en Iran, Ahmad Sweidan. Cette décision intervient dans un climat d’extrême tension, au moment où Beyrouth subit de fortes pressions israéliennes et américaines, et quelques heures après une nouvelle menace iranienne de « lourdes » représailles contre Israël si les attaques contre les civils libanais et palestiniens se poursuivent.  

L’annonce a été confirmée par l’Agence nationale d’information libanaise, qui a indiqué que le Liban retirait l’agrément de l’ambassadeur iranien désigné et le sommait de quitter le territoire au plus tard dimanche. Dans le même mouvement, Beyrouth a rappelé son ambassadeur à Téhéran, Ahmad Sweidan. Cette double mesure marque l’un des gestes diplomatiques les plus sévères pris par l’État libanais contre l’Iran depuis le début de l’escalade régionale.  

Le nom de l’envoyé iranien visé est bien celui de Mohammad Reza Raouf Sheibani, diplomate chevronné déjà passé par Beyrouth et désigné par Téhéran pour reprendre l’ambassade au Liban. Celui du représentant libanais rappelé est bien Ahmad Sweidan, dont les lettres de créance avaient été remises à Téhéran ces dernières semaines. En retirant l’agrément de l’un et en rappelant l’autre, le ministère de Youssef Raji a transformé un contentieux latent en crise diplomatique ouverte.  

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La décision libanaise tombe dans un contexte d’intenses pressions extérieures. Depuis le 2 mars, date à laquelle la guerre s’est brutalement aggravée sur le front libanais après l’entrée du Hezbollah dans la séquence régionale liée au conflit irano-israélien, les frappes israéliennes se sont étendues au sud du pays, à la Bekaa et à Beyrouth. Reuters rapportait le 20 mars que, selon les autorités libanaises, plus de 1 000 personnes avaient été tuées et environ un million déplacées au 19 mars. L’agence relevait aussi, à partir des données d’ACLED, que 666 morts avaient été recensés entre le 1er et le 16 mars, et que 80 % de ces morts étaient survenus dans des attaques où les civils constituaient la cible principale ou unique.  

À cette pression militaire s’ajoute une pression politique. Paris a lui-même jugé « déraisonnable » d’exiger du Liban qu’il désarme le Hezbollah alors qu’il est sous les bombes, signe de la tension qui entoure les demandes adressées à Beyrouth par ses partenaires occidentaux et par Israël. Dans le même temps, l’État hébreu a rejeté l’offre de discussions directes évoquée par le président Joseph Aoun, tandis que ses ministres ont multiplié les déclarations sur une nouvelle réalité sécuritaire au sud du Litani.  

La veille encore, cette pression s’est matérialisée au cœur de la capitale. Lundi, une frappe israélienne a visé un appartement à Hazmieh, à l’est de Beyrouth. Le ministère libanais de la Santé a fait état d’au moins un mort. L’armée israélienne a, de son côté, affirmé avoir frappé un membre de la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution à Beyrouth. Le quartier de Hazmieh, qui jouxte notamment des zones institutionnelles et diplomatiques, a été secoué par cette attaque qui a encore renforcé le sentiment que Beyrouth elle-même est devenue un théâtre direct de la confrontation régionale.  

Ce climat éclaire la décision de Youssef Raji. Le chef de la diplomatie libanaise agit alors que l’influence iranienne au Liban est devenue un sujet frontal, et que la guerre pousse l’État à redéfinir publiquement ses lignes rouges. Le rappel d’Ahmad Sweidan et le retrait de l’agrément de Mohammad Reza Raouf Sheibani envoient un message double : à Téhéran, d’abord, pour signaler que Beyrouth n’accepte plus certains débordements politiques ou diplomatiques ; à l’intérieur libanais, ensuite, pour montrer qu’une partie de l’État cherche à reprendre l’initiative sur la question de la souveraineté.  

La séquence est d’autant plus lourde que, pratiquement au même moment, l’Iran haussait encore le ton. Mardi, les Gardiens de la Révolution ont averti que si les « crimes contre les civils du Liban et de Palestine » se poursuivaient, l’armée israélienne serait visée par de « lourdes frappes de missiles et de drones ». Cette menace s’inscrit dans un élargissement continu du conflit, alors qu’Israël poursuit ses opérations contre le Hezbollah au Liban et contre des cibles iraniennes, pendant que Donald Trump tente, au moins sur le plan verbal, d’ouvrir une fenêtre diplomatique avec Téhéran.  

Pour Beyrouth, le signal est particulièrement sensible. D’un côté, Israël intensifie ses bombardements, détruit des ponts au sud du Litani, avance ses pions militaires et revendique un contrôle sécuritaire élargi. De l’autre, l’Iran maintient une rhétorique de riposte au nom du Liban et des Palestiniens, ce qui expose encore davantage le territoire libanais à être traité comme un front de l’axe régional. Dans cet étau, la décision de Youssef Raji apparaît comme une tentative de reprise de distance institutionnelle avec Téhéran, alors même que l’État libanais reste militairement et diplomatiquement fragilisé.  

Le geste est donc plus qu’un incident de protocole. Il traduit une crispation profonde de l’appareil d’État libanais face à une guerre qui déborde ses frontières, frappe ses villes, vide ses régions du Sud et réduit sa marge diplomatique. En renvoyant l’ambassadeur iranien désigné et en rappelant son propre envoyé à Téhéran, Beyrouth choisit de rendre visible une rupture politique que la guerre rendait chaque jour plus difficile à dissimuler.  

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Newsdesk Libnanews
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