mardi, janvier 20, 2026

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Budget 2026 sous contrainte: arbitrages, priorités réelles et risques de blocage parlementaire

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Une mécanique parlementaire compressée, avec une date butoir implicite

Le budget 2026 avance dans une fenêtre étroite. Une dernière réunion de la commission des Finances et du Budget est annoncée pour le mercredi 21 janvier 2026, afin de clore l’examen du projet et de transmettre le texte à la séance plénière. L’objectif est présenté comme urgent. Février est décrit comme le mois décisif pour l’adoption en séance, sans marge pour des retards.

Cette accélération intervient dans un Parlement déjà occupé par d’autres dossiers. La même séquence parlementaire doit aussi traiter des modifications au cadre électoral, avec un débat devenu explosif sur le vote des expatriés et la question des six sièges dédiés. La conséquence est simple. Le budget risque de devenir un texte otage. Il peut être utilisé comme levier. Il peut aussi être ralenti par des amendements. Il peut enfin être reporté par saturation d’agenda.

Un autre élément renforce cette pression. Une annonce politique met en avant l’objectif d’un budget adopté avant la fin du mois de janvier 2026. Même si la date exacte dépend du calendrier des séances, le signal est clair. Le retard n’est plus toléré. Le budget doit être bouclé avant que la campagne électorale ne rende tout compromis plus difficile.

Le budget, un test de crédibilité au milieu d’une crise de confiance

Le budget 2026 ne se joue pas seulement sur des chiffres. Il se joue sur la confiance. Or la confiance est faible. Un indicateur indirect est la facilité avec laquelle une rumeur peut secouer un secteur entier. Une mise au point officielle a été publiée pour démentir catégoriquement des informations sur une vente totale ou partielle de Middle East Airlines, avec un avertissement contre la diffusion de fausses nouvelles et la menace de poursuites.

Cette sensibilité à la rumeur reflète une nervosité de marché. Elle reflète aussi une nervosité sociale. Quand un budget arrive dans un tel climat, chaque taxe est suspecte. Chaque dépense est contestée. Et chaque réforme annoncée est testée sur sa capacité à produire un effet réel.

Le budget devient alors une scène d’arbitrage public. Le citoyen veut voir où va l’argent. Le Parlement veut voir ce qui est politiquement vendable. Et l’exécutif veut éviter une explosion sociale.

La masse salariale, le cœur du risque budgétaire

La question des salaires du secteur public est le nœud du budget 2026. Ce nœud n’est pas abstrait. Il est chiffré, et chiffré lourdement. Un tableau détaillé de coûts estimés, présenté comme lié à un projet de modification des salaires, donne une trajectoire sur plusieurs années.

Selon ce tableau, la “multiplication des salaires” est indiquée à 17 en 2026, puis 30 en 2027, 34 en 2028, 38 en 2029, 42 en 2030 et 48 en 2031. La progression est graduelle. Elle montre une logique de rattrapage par étapes. Elle montre aussi pourquoi la décision est politiquement difficile.

Toujours selon le tableau, la “coût estimé pour les administrations publiques” est chiffré à 4 118,1 millions de dollars en 2026, puis 3 769,6 millions en 2027, 3 430,1 millions en 2028, 3 037,9 millions en 2029, 2 381,3 millions en 2030 et 1 920,7 millions en 2031. La trajectoire baisse à mesure que l’on avance dans les années. Cela suggère une hypothèse de recomposition, ou de conversion de la charge, ou de stabilisation différente selon les catégories.

Le même tableau chiffre aussi l’augmentation pour “les institutions publiques, les conseils, les municipalités et les organismes” à 864,8 millions de dollars en 2026, puis 791,6 millions en 2027, 720,3 millions en 2028, 638 millions en 2029, 500,1 millions en 2030 et 403,3 millions en 2031.

Enfin, il mentionne les “contributions de l’État” à ces hausses, avec 432,4 millions de dollars en 2026, puis 395,8 millions en 2027, 360,2 millions en 2028, 319 millions en 2029, 233,4 millions en 2030 et 205,4 millions en 2031.

Ce tableau contient un total annuel. Il indique 2 662,3 millions de dollars en 2026, 3 417,6 millions en 2027, 3 858,8 millions en 2028, 4 240,8 millions en 2029, 4 632,9 millions en 2030 et 5 158,2 millions en 2031.

Ce total est central, car il sert d’argument dans le débat. Il permet de dire que la charge est massive. Il permet aussi de dire qu’un rattrapage complet immédiat est difficile.

L’autre chiffre qui pèse: les recettes exigées pour “tenir” la masse salariale

Le même tableau donne un deuxième bloc de chiffres. Il estime les recettes “à assurer” pour que la part des salaires reste à 43 % du budget total. Selon la ligne du tableau, ces recettes seraient de 10 552 millions de dollars en 2026, puis 9 661 millions en 2027, 8 915 millions en 2028, 7 936 millions en 2029, 6 208 millions en 2030 et 6 000 millions en 2031.

Ces chiffres changent la nature du débat budgétaire. Ils ne parlent plus seulement de dépenses. Ils parlent d’un niveau de recettes implicite. Ils montrent que tout rattrapage salarial suppose un État capable d’encaisser, et pas seulement de voter.

Un autre passage, qui commente la logique de ce projet, affirme qu’il faudrait augmenter les recettes “annuellement”, en partant de 6 milliards de dollars “la première année”, c’est-à-dire 2026, pour atteindre 11,74 milliards de dollars en 2031 afin de garder la même proportion. Le même passage indique une “masse des salaires” de 2,12 milliards de dollars en 2026, qui augmenterait d’environ 390 millions de dollars par an pour atteindre 5,16 milliards en 2031.

Même si ces chiffres ne sont pas présentés comme des prévisions officielles de recettes, ils pèsent politiquement. Ils fixent un ordre de grandeur. Ils donnent aussi une phrase simple aux opposants. Sans recettes, la promesse salariale est une bombe.

Un conflit social déjà visible, qui rend le budget inflammable

Le budget 2026 ne peut pas contourner le social. Un mouvement de protestation de fonctionnaires est déjà visible devant le Grand Sérail, sur la question des augmentations et de la méthode. Le débat ne porte pas seulement sur le montant. Il porte sur le rythme.

Une critique précise circule sur la réduction du rythme des “multiples” annoncés, avec l’idée que ce qui était évoqué comme 22 fois en 2026 pourrait être ramené à 6 fois, et distribué en tranches, quatre d’abord puis deux au second semestre 2026. Le même passage souligne une contradiction ressentie. L’État encaisserait des taxes et frais sur une base de 90 000 livres par dollar, mais paierait des salaires sur une autre base, ce qui alimente la colère.

Cette tension est structurante pour le budget. Si le texte est voté sans réponse lisible, le risque de blocage des administrations augmente. Si le texte est voté avec une réponse trop coûteuse, le risque de dérapage financier augmente.

Le budget est donc pris en étau. Il doit éviter la grève généralisée. Il doit aussi éviter la promesse irréalisable. C’est exactement le type de compromis qui se casse en plénière, quand les camps se testent.

Les dépenses invisibles qui alimentent la rage: l’État locataire

Le budget 2026 se heurte aussi à un sujet qui devient symbolique: l’immobilier loué par l’État. Un chiffre est désormais répété comme un choc. Il est question de 1 315 biens loués par l’État, avec un montant annuel global de loyers “dépassant” 100 milliards de livres libanaises.

Ce chiffre, à lui seul, ne décrit pas toutes les réalités. Il ne dit pas combien de ces biens sont indispensables. Il ne dit pas non plus combien sont hérités de décisions anciennes. Mais il nourrit un sentiment d’absurde. On demande des efforts. On demande des taxes. Et l’État paie des loyers.

Ce sujet devient explosif dans le débat budgétaire pour une raison simple. Il représente une dépense qui ne se transforme pas en service visible. Un loyer ne se voit pas sur une route. Il ne se voit pas dans un hôpital. Il ne se voit pas dans une école. Il se voit seulement dans la facture.

Pour le budget, la question est celle de la marge. Dans une économie asphyxiée, la marge est rare. Chaque marge devient un combat. Les loyers publics deviennent alors une cible logique, même si la réforme est techniquement complexe.

Le budget et la gouvernance des secteurs clés: électricité et paiement électronique

Le budget n’est pas seulement un tableau de recettes et de dépenses. Il reflète aussi un mode de gouvernance. Or plusieurs signaux publics insistent sur la gouvernance, au même moment.

Un dossier cité concerne l’entreprise publique d’électricité. Une prolongation du délai de dépôt de candidatures pour des postes au conseil d’administration est annoncée, avec un discours de transparence et de réforme administrative. Ce type de procédure ne règle pas le problème de l’électricité. Mais il sert de test. Il dit si l’État est capable de remplir ses organes. Il dit aussi s’il peut éviter les nominations fermées.

Dans un autre registre, une décision de la banque centrale est publiée pour organiser les paiements électroniques. Le texte mentionne une décision de base numérotée 13790 et datée du 9 janvier 2026, visant les prestataires de services de paiement électronique. Cela a un lien indirect avec le budget. Plus le paiement est traçable, plus l’État peut encaisser. Plus la traçabilité progresse, plus la lutte contre l’informel devient crédible.

Dans un budget 2026 sous tension, ces signaux de gouvernance servent d’argument. Ils servent à justifier une hausse de recettes. Ils servent aussi à promettre un meilleur contrôle. Mais ils obligent. Car si le contrôle annoncé ne vient pas, la promesse budgétaire tombe.

Le piège électoral: le budget au milieu d’un conflit sur le vote des expatriés

Le budget 2026 arrive dans une séquence où le dossier électoral devient un conflit majeur. La discussion sur le vote des expatriés et les six sièges dédiés est décrite comme une “impasse” et un “conflit politique”, avec l’idée que le gouvernement a échoué à mettre en œuvre ce dispositif et qu’il faudra le suspendre.

Ce conflit a un effet direct sur le budget. Il consomme du temps parlementaire. Il consume aussi la confiance entre blocs. Dans un tel climat, la plénière devient dangereuse. Chaque camp peut choisir de ralentir le budget. Chaque camp peut aussi conditionner son vote.

Le budget est alors utilisé comme monnaie d’échange. Il peut être lié à des concessions sur le calendrier électoral. Il peut aussi être lié à des concessions sur des nominations. Le risque est connu. Quand un texte financier devient un texte politique, il se bloque plus facilement.

Le budget comme outil de stabilisation, pas comme outil de relance

Dans les éléments disponibles, le budget 2026 ressemble davantage à un budget de stabilisation. L’État cherche à tenir. Il cherche à payer. Il cherche à éviter le chaos. Il ne peut pas promettre une relance large.

Cela se voit à travers la nature des débats. Le cœur du débat porte sur les salaires. Il porte aussi sur les loyers publics. Il porte enfin sur la capacité à encaisser des recettes cohérentes.

La stabilisation passe aussi par une discipline de communication. C’est pourquoi la réaction officielle aux rumeurs sur une vente de Middle East Airlines est importante. Elle montre que l’État tente de couper court aux spéculations. Elle montre aussi qu’il veut protéger des actifs stratégiques. Dans un budget fragile, une rumeur peut devenir un choc. L’État cherche à éviter ce choc.

Les arbitrages probables: trois blocs, trois conflits

Le premier bloc est celui des dépenses de personnel. Les chiffres cités plus haut montrent que la masse salariale peut atteindre 2,662 milliards de dollars dans une hypothèse annuelle, et dépasser 5,158 milliards dans une trajectoire d’ici 2031. Le conflit est évident. Si l’État ne donne rien, il casse son service public. Si l’État donne trop, il casse son budget.

Le second bloc est celui des dépenses structurelles, comme les loyers. Les 1 315 biens loués et le total annuel dépassant 100 milliards de livres libanaises deviennent une cible politique facile. Toutefois, réduire ce coût exige une réforme immobilière. Il faut un inventaire précis. Il faut regrouper. Il faut aussi reloger des services. Cela ne se fait pas en un mois.

Le troisième bloc est celui des recettes. Les chiffres de recettes “à assurer” pour garder une proportion de 43 % de salaires dans le budget, comme 10,552 milliards de dollars en 2026 et 6 milliards en 2031 dans une autre lecture, montrent le même problème. Sans réforme de collecte, ces niveaux restent théoriques. Le budget peut voter. Il peut aussi échouer à encaisser.

C’est ici que le volet de régulation des paiements électroniques prend une valeur budgétaire. Plus l’État modernise la traçabilité, plus il peut réduire la fraude. Plus il réduit la fraude, plus il peut encaisser. Mais cela exige du contrôle, des sanctions, et du temps.

Le risque de blocage en plénière: un budget coincé entre colère et prudence

Le risque de blocage vient d’une contradiction. La société veut des réponses rapides. Le budget ne peut pas promettre vite. Il doit respecter des limites.

La contradiction est encore plus forte dans le secteur public. Des représentants contestent une approche qu’ils jugent trop lente. Dans le même temps, les chiffres de coûts donnent des arguments à ceux qui veulent temporiser.

Le Parlement peut alors se fracturer. Les uns demanderont d’augmenter. Les autres demanderont de geler. Les premiers diront que l’État ne vit plus. Les seconds diront que l’État ment.

Dans ce climat, un compromis lisible est indispensable. Il doit expliquer le rythme. Il doit expliquer la base de calcul. Il doit aussi expliquer comment l’État compte encaisser. Sans cela, le vote peut devenir impossible.

Ce que le budget 2026 doit prouver pour survivre politiquement

Le budget 2026 doit prouver trois choses.

Il doit prouver que l’État sait compter. Les tableaux sur la masse salariale ont mis la barre haut, car ils imposent une logique de trajectoire. Le budget devra donc répondre avec une trajectoire. Une trajectoire vague ne suffira pas.

Il doit prouver qu’il sait couper dans le gaspillage. Le sujet des loyers publics, avec 1 315 biens et plus de 100 milliards de livres par an, impose au budget une réponse politique. Une réponse par le silence sera perçue comme un aveu.

Il doit prouver qu’il sait encaisser. La régulation des paiements électroniques, et plus largement l’idée de contrôle, doit se traduire en capacité fiscale. Sinon, le budget devient une liste de souhaits.

Le budget 2026 est donc un texte de survie institutionnelle. Il n’est pas un texte de rêve. Il est un texte qui doit tenir sous pression, avec des chiffres qui parlent, des dépenses qui choquent, et une société qui ne croit plus aux promesses sans preuve.

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