jeudi, janvier 22, 2026

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Crise énergétique imminente : l’arrêt des flux régionaux fragilise l’approvisionnement libanais

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Une chaîne d’approvisionnement à l’arrêt

Le déclenchement du conflit militaire entre Israël et l’Iran a rapidement provoqué une perturbation majeure dans l’approvisionnement énergétique du Proche-Orient. L’un des effets immédiats les plus critiques est la fermeture des champs gaziers offshore israéliens de Leviathan et Karish. Cette mesure, prise pour raisons de sécurité, a interrompu les exportations de gaz naturel vers l’Égypte, créant un déséquilibre en cascade dans l’ensemble du réseau régional. Le Liban, qui dépend indirectement de ces flux via des accords de sous-fourniture, se retrouve une nouvelle fois exposé à une crise énergétique imminente, avec des implications sociales et économiques considérables.

L’Égypte rationne, le Liban se contracte

Face à cette rupture brutale, les autorités égyptiennes ont rapidement activé un plan d’urgence. La priorité a été donnée à la consommation domestique, au détriment des exportations et de l’alimentation industrielle. Ce recentrage de l’offre interne a conduit à une réduction significative des livraisons prévues pour plusieurs partenaires régionaux, dont le Liban. Ce dernier, qui comptait sur les importations de gaz naturel égyptien pour relancer certaines unités de production d’Électricité du Liban, voit cette stratégie remise en question.

Les prévisions de capacité énergétique sont en chute libre. Des responsables techniques estiment que sans ravitaillement suffisant, les capacités de production d’électricité pourraient diminuer de 30 à 40 % d’ici trois semaines. Cette contraction ne serait pas seulement saisonnière ou ponctuelle : elle pourrait s’installer durablement si les flux régionaux ne sont pas rétablis rapidement.

Le retour des générateurs privés : un fardeau pour les foyers

Face à ce déficit de production, le recours aux générateurs privés, déjà massivement utilisés par les ménages et les entreprises, s’impose à nouveau comme une solution de substitution. Mais cette alternative, bien qu’indispensable, représente un fardeau économique de plus en plus insoutenable. Le coût du litre de carburant utilisé par ces générateurs ne cesse de grimper, alimenté par la spéculation et la rareté relative des produits pétroliers.

Pour les ménages vivant en zone périurbaine, la facture énergétique peut représenter jusqu’à 40 % des revenus mensuels. Dans certains quartiers de Beyrouth et du Metn, des syndics d’immeubles envisagent de suspendre temporairement les heures de fonctionnement des générateurs collectifs, faute de moyens. Cette mesure, si elle venait à être généralisée, affecterait des dizaines de milliers de foyers et renforcerait la précarité énergétique.

Les hôpitaux et les infrastructures critiques en tension

La situation est particulièrement préoccupante pour les hôpitaux publics et les centres de soins, qui peinent déjà à maintenir leur activité dans un contexte de sous-financement chronique. Les générateurs privés de ces établissements, censés assurer la continuité des soins en cas de panne, ne peuvent fonctionner de manière continue sans un approvisionnement régulier en carburant. Plusieurs directeurs d’hôpitaux alertent sur la nécessité de recevoir des aides en urgence, que ce soit sous forme de fuel, de subventions ou de priorisation dans les distributions logistiques.

D’autres secteurs critiques sont également menacés. Les réseaux d’eau potable, qui dépendent de pompes électriques pour leur fonctionnement, pourraient être perturbés. Les installations de télécommunication et certains postes de transformation du réseau Internet sont aussi vulnérables en cas de coupure prolongée.

Déséquilibres sociaux accentués

La crise énergétique actuelle aggrave les déséquilibres sociaux déjà profonds. Les foyers les plus aisés, souvent dotés de générateurs personnels, peuvent amortir l’impact de la coupure. En revanche, les familles à revenu moyen ou faible, particulièrement celles qui vivent dans des immeubles sans générateurs collectifs, se retrouvent privées d’électricité pendant de longues heures, voire toute la journée.

Dans les quartiers défavorisés de la capitale et dans les régions rurales du Nord, de l’Est et du Sud, l’absence de solutions alternatives accroît la dépendance à des réseaux informels, souvent coûteux et instables. Cette inégalité dans l’accès à l’énergie devient un facteur de tension sociale croissant, accentuant le sentiment d’abandon ressenti par une large partie de la population.

Impact sur les entreprises et la production

Le tissu productif libanais, déjà fragilisé par des années de crise économique, fait face à une nouvelle série de défis. Les industries alimentaires, les ateliers de fabrication, les boulangeries, les usines de conditionnement, toutes dépendent d’une alimentation électrique continue. L’incapacité à sécuriser cette ressource conduit à des ralentissements de production, voire à des arrêts complets.

Les exportateurs, qui avaient réussi à maintenir un volume modeste d’activité, notamment dans le domaine des produits agroalimentaires, craignent de ne pas pouvoir honorer leurs contrats internationaux. Cette perte de crédibilité pourrait s’avérer irréversible et précipiter la disparition de plusieurs petites et moyennes entreprises.

Des institutions en mode gestion de crise

Les autorités libanaises, conscientes de la gravité de la situation, ont mis en place une cellule de crise au sein du ministère de l’Énergie. Cette structure est chargée de recenser les stocks disponibles, d’évaluer les scénarios d’approvisionnement de secours et d’établir une priorisation des consommateurs. Toutefois, en l’absence de financements extérieurs et avec un budget public exsangue, les marges de manœuvre sont extrêmement limitées.

Des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires internationaux pour la livraison d’unités mobiles de production ou de carburant à tarif réduit. Mais ces options supposent des délais d’exécution qui ne sont pas compatibles avec l’urgence de la situation actuelle. Par ailleurs, la crise régionale rend toute coordination logistique plus complexe, en raison des fermetures de frontières, des retards douaniers et de l’insécurité croissante.

Une crise énergétique à dimension géopolitique

Cette nouvelle crise énergétique n’est pas seulement un épisode technique ou logistique. Elle révèle la dépendance profonde du Liban aux flux régionaux, ainsi que son incapacité à construire une autonomie stratégique dans le domaine énergétique. Le fait que des événements survenant à plusieurs centaines de kilomètres puissent paralyser la production d’électricité sur le territoire national est le symptôme d’un dysfonctionnement structurel.

Il en va aussi de la souveraineté nationale. Être tributaire de décisions prises au Caire, à Tel-Aviv ou à Doha pour assurer l’accès à une ressource aussi vitale que l’énergie constitue un handicap majeur pour tout projet de redressement économique durable.

Une opportunité manquée pour la réforme énergétique

La crise actuelle intervient dans un contexte où le Liban avait amorcé, sous la pression de ses bailleurs internationaux, un processus de réforme du secteur de l’électricité. La rationalisation des subventions, la relance des appels d’offres pour la production alternative et les projets de transition vers le gaz naturel étaient à l’étude. Mais aucun de ces chantiers n’a pu se concrétiser en raison des blocages politiques, des lenteurs administratives et du manque de volonté collective.

Ce retard dans la réforme expose le pays à un cycle perpétuel de dépendance, d’urgence et de réparation, sans jamais parvenir à une stabilisation structurelle. La crise actuelle montre une fois de plus que sans vision stratégique partagée, aucune amélioration durable ne sera possible.

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Newsdesk Libnanews
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