jeudi, janvier 22, 2026

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Crise hydroélectrique : le Liban face à l’effondrement de ses ressources en eau et en électricité

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Chute historique des niveaux d’eau : un effondrement structurel

Le Liban connaît actuellement l’une des pires crises hydriques de son histoire moderne, marquée par un effondrement brutal de la production hydroélectrique. Dans plusieurs régions, notamment le Akkar et le Liban-Sud, les niveaux des sources naturelles et des rivières ont chuté de près de 80 %, selon les dernières estimations techniques. Cette diminution dramatique du débit affecte les capacités de production d’électricité dans les barrages encore en fonctionnement. L’eau, élément vital, se fait rare, et les conséquences de cette raréfaction s’étendent bien au-delà du secteur énergétique.

Les causes de cette chute brutale sont multiples. Les spécialistes pointent un déficit de précipitations record depuis plusieurs mois, aggravé par une absence de planification hydrologique. Le dérèglement climatique mondial a contribué à assécher les nappes phréatiques, tandis que l’absence d’entretien des infrastructures de collecte d’eau, y compris les canaux d’irrigation et les digues secondaires, a accéléré la perte des réserves disponibles.

La vétusté des installations accentue encore cette vulnérabilité. De nombreux barrages souffrent de fuites non colmatées et de mécanismes de régulation obsolètes. En l’absence d’un investissement structurel depuis des décennies, le réseau hydroélectrique national fonctionne en flux tendu. Lorsqu’un barrage perd de la pression hydraulique, c’est toute une région qui sombre dans le noir. Ce phénomène est d’autant plus alarmant qu’il intervient dans un pays où les sources alternatives d’électricité sont également défaillantes.

Les autorités hydrauliques ne disposent plus de marges de manœuvre. Les équipements de pompage ne peuvent plus fonctionner efficacement, faute d’un débit minimal. Cette situation empêche également le remplissage des réservoirs de secours. L’interdépendance entre les systèmes d’eau potable et les réseaux électriques accentue le blocage général. Les ingénieurs sur le terrain alertent sur un « effondrement technique imminent » de certains dispositifs de régulation, qui risqueraient de cesser définitivement de fonctionner sans intervention rapide.

Dans certaines zones, les digues ne reçoivent plus l’alimentation naturelle des ruisseaux de montagne, désormais à sec. Les villageois des hauteurs du Akkar signalent que plusieurs puits ont été abandonnés faute d’eau. D’autres communautés sont contraintes d’acheminer de l’eau par camions-citernes, à un coût prohibitif pour des populations déjà économiquement fragilisées. Cet état d’urgence écologique ne semble pas avoir déclenché de réaction stratégique concertée à l’échelle nationale.

Conséquences immédiates : coupures d’eau et de courant

Les effets de cet effondrement hydraulique sont ressentis de manière brutale dans la vie quotidienne des habitants. Plusieurs zones rurales, notamment dans le Nord et le Sud du pays, sont privées d’électricité depuis plus de cinq jours consécutifs. Les générateurs individuels, largement utilisés depuis la crise énergétique de ces dernières années, sont eux-mêmes mis en difficulté par le coût élevé du carburant et les difficultés d’approvisionnement.

Dans le Akkar, des témoignages font état de scènes de panique dans certains villages coupés de toute source d’eau potable. Les pompes, dépendantes de l’alimentation électrique, ne peuvent plus fonctionner. Les habitants tentent de puiser directement dans les rares ruisseaux encore actifs, souvent insalubres et exposés à la contamination. Des familles entières se déplacent vers des zones voisines à la recherche d’un point d’eau ou d’un lieu électrifié, accentuant les tensions entre communautés rurales.

Dans le Liban-Sud, des écoles ont suspendu leurs cours en raison de l’impossibilité de garantir un minimum de conditions sanitaires. Les structures hospitalières de campagne sont également affectées : sans eau courante ni électricité, certains postes médicaux ne peuvent plus assurer de soins de base. Les infirmiers et bénévoles témoignent d’un climat d’urgence permanent, marqué par l’épuisement des équipes et l’absence de relais logistique de la part des autorités.

Les marchés locaux sont désorganisés. La conservation des denrées périssables devient impossible en l’absence de réfrigération. Plusieurs commerces ferment temporairement, incapables de garantir un service minimal. Cette paralysie économique s’ajoute à une crise déjà ancienne, plongeant davantage de familles dans la précarité.

Des ONG locales ont commencé à distribuer de l’eau en bouteilles et des kits d’urgence, mais ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du besoin. Les volontaires signalent un climat tendu dans certaines localités, où la population perçoit ces aides comme une solution temporaire incapable de répondre à la crise systémique. Les demandes d’intervention étatique se multiplient, mais les réponses tardent à se matérialiser.

Une vulnérabilité énergétique prolongée et aggravée

L’effondrement de la production hydroélectrique met à nu la profonde vulnérabilité énergétique du Liban. Le pays, qui dépendait autrefois en partie de ses barrages pour garantir un approvisionnement électrique continu dans les régions montagneuses et rurales, ne dispose plus aujourd’hui d’aucune source fiable. Le recours au mazout, coûteux et polluant, est devenu la norme dans les centres urbains, tandis que les zones périphériques sombrent dans l’obscurité totale.

Cette situation n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les projets de diversification énergétique, qu’il s’agisse de l’éolien, du solaire ou du gaz naturel, ont été suspendus ou abandonnés. Les réformes promises pour structurer une Autorité indépendante de régulation du secteur n’ont pas abouti. Faute de stratégie cohérente, le secteur fonctionne en silo, sans vision d’ensemble ni coordination interinstitutionnelle.

Les experts soulignent également le poids des intérêts privés dans la paralysie du secteur. Les groupes de distributeurs de générateurs électriques auraient un intérêt commercial à entretenir le statu quo. Des rapports parlementaires non publiés évoquent même des interférences dans les appels d’offres publics visant la réhabilitation des barrages.

Le résultat est un système énergétique fragmenté, coûteux et profondément injuste. Les ménages les plus modestes consacrent une part croissante de leurs revenus à l’achat d’énergie de substitution. Le rationnement imposé par les distributeurs privés aggrave les inégalités territoriales. Dans certains quartiers défavorisés, la population ne bénéficie que de deux heures de courant par jour, parfois moins.

Dans ce contexte, la perspective d’un rétablissement rapide est jugée irréaliste. Les réparations à effectuer sur les barrages nécessitent un matériel technique que le pays ne possède pas. Les appels à la communauté internationale restent timides, faute d’un interlocuteur gouvernemental unifié et crédible. Les partenaires étrangers attendent des garanties sur l’utilisation des fonds, ce que les autorités actuelles sont incapables de fournir dans l’état actuel des institutions.

Perspectives et dangers pour les mois à venir

L’inquiétude grandit quant aux conséquences à moyen terme de cette crise énergétique et hydraulique. Les spécialistes s’attendent à un exode rural important si les coupures d’eau et d’électricité se prolongent. De nombreuses familles envisagent de quitter les zones les plus touchées pour se rapprocher des grandes villes, accentuant les déséquilibres urbains et mettant davantage de pression sur des infrastructures déjà saturées.

Le risque sanitaire est également élevé. L’absence d’eau potable et de réfrigération pourrait entraîner une recrudescence des maladies infectieuses, notamment les troubles gastro-intestinaux chez les enfants. Les services de santé publique alertent sur une situation « explosive » dans plusieurs districts. Les capacités d’hospitalisation sont déjà réduites par la crise économique et la fuite des professionnels de santé.

Face à cette situation, certaines collectivités locales tentent de mettre en place des solutions alternatives. Des projets de micro-centrales solaires sont évoqués dans la Bekaa, mais leur mise en œuvre reste conditionnée à un soutien technique et financier. D’autres appellent à la réactivation urgente d’accords bilatéraux de coopération hydraulique avec des pays voisins, bien que leur faisabilité reste incertaine dans le climat diplomatique actuel.

Les ONG et les experts appellent à la déclaration immédiate d’un état d’urgence énergétique et hydrique, assorti d’un plan de résilience multisectoriel. Ils insistent sur la nécessité de restaurer un minimum de confiance dans la capacité des autorités à répondre à une crise systémique. À défaut d’un tel sursaut, la crise pourrait se transformer en catastrophe humanitaire dans les régions les plus marginalisées.

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Newsdesk Libnanews
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