Depuis le début de la crise économique en 2019, la situation des familles libanaises n’a cessé de se détériorer. L’effondrement de la livre libanaise, l’inflation galopante et la disparition des aides sociales ont plongé une grande partie de la population dans une pauvreté extrême. Selon un rapport de la Banque mondiale, plus de 80 % des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, contre seulement 30 % avant la crise.
L’un des indicateurs les plus parlants de cette détérioration est la perte du pouvoir d’achat. En 2018, avec un salaire mensuel moyen de 1 500 000 LL (1 000 USD à l’époque), une famille pouvait couvrir ses besoins essentiels, épargner et prévoir des dépenses pour l’éducation ou la santé. Aujourd’hui, avec une livre libanaise ayant perdu plus de 98 % de sa valeur, le même salaire représente moins de 50 USD, rendant l’accès aux produits de base extrêmement difficile.
L’explosion du coût de la vie : un fardeau insoutenable
L’un des principaux défis auxquels sont confrontées les familles libanaises est la hausse vertigineuse des prix des biens de première nécessité. En l’espace de quatre ans, le coût de l’alimentation a été multiplié par plus de dix, rendant des produits autrefois accessibles totalement inabordables pour la majorité de la population.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
| Produit | Prix en 2018 | Prix en 2024 |
|---|---|---|
| Pain (1 paquet) | 1 500 LL (1 USD) | 50 000 LL (0.5 USD) |
| Lait (1 litre) | 3 000 LL (2 USD) | 200 000 LL (1.5 USD) |
| Riz (1 kg) | 4 500 LL (3 USD) | 300 000 LL (2.5 USD) |
| Essence (20 litres) | 25 000 LL (17 USD) | 1 600 000 LL (12 USD) |
| Électricité (facture mensuelle moyenne) | 100 000 LL (67 USD) | 8 000 000 LL (60 USD) |
La perte de pouvoir d’achat est telle que les familles doivent revoir complètement leur mode de consommation. En 2018, une famille moyenne consacrait environ 30 % de son revenu à l’alimentation. Aujourd’hui, cette part dépasse 80 %, laissant peu de marge pour d’autres dépenses essentielles comme la santé ou l’éducation.
L’effondrement du marché du travail et la précarité des revenus
La crise économique a entraîné une explosion du chômage et une précarisation massive du marché du travail. Des milliers d’entreprises ont fermé leurs portes, laissant des centaines de milliers de Libanais sans emploi ni sécurité sociale. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le taux de chômage dépasse désormais 40 %, contre 11 % avant la crise.
| Indicateur | 2018 | 2024 |
|---|---|---|
| Salaire moyen (en LL) | 1 500 000 LL | 15 000 000 LL |
| Valeur du salaire moyen en USD | 1 000 USD | 50 USD |
| Taux de chômage | 11 % | 40 % |
| Salaire d’un professeur du secteur public | 2 000 USD | 100 USD |
| Salaire d’un fonctionnaire moyen | 1 500 USD | 80 USD |
Avec des salaires aussi faibles, de nombreux Libanais se tournent vers l’économie informelle, en multipliant les petits boulots ou en développant des activités de troc pour subvenir aux besoins de leur famille. Cependant, cette économie de survie ne suffit pas à compenser la perte des emplois stables et entraîne une insécurité financière croissante.
L’aide internationale : un soutien insuffisant
Alors que le Liban traverse l’une des pires crises humanitaires de son histoire, l’aide internationale constitue une bouée de sauvetage pour de nombreuses familles. Le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit une assistance à plus de 1,5 million de Libanais sous forme de bons alimentaires, mais cette aide reste largement insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Les ONG locales et internationales, telles que la Croix-Rouge libanaise et Médecins Sans Frontières, tentent également de pallier les carences des services publics en fournissant des soins médicaux gratuits et en distribuant des kits alimentaires. Toutefois, ces efforts sont loin de répondre aux besoins croissants de la population.
Le gouvernement libanais, quant à lui, est largement absent des initiatives d’aide sociale. Les subventions aux produits de base ont été quasiment supprimées, et le filet de sécurité sociale est inexistant. De nombreuses familles se retrouvent ainsi livrées à elles-mêmes, dépendant exclusivement des aides extérieures pour survivre.
Quelles perspectives pour les familles libanaises ?
Si aucune réforme économique et sociale n’est mise en place rapidement, la situation des familles libanaises risque de se détériorer encore davantage. La Banque mondiale a averti que sans mesures urgentes, la pauvreté au Liban pourrait atteindre des niveaux jamais vus auparavant.
Pour espérer un redressement, des réformes structurelles sont indispensables, notamment une stabilisation de la monnaie, une relance du marché du travail et un renforcement des programmes d’aide sociale. Sans ces mesures, le Liban continuera de sombrer dans une spirale de pauvreté et d’instabilité sociale, menaçant l’avenir de plusieurs générations.



