Le Liban a perdu l’une de ses figures marquantes dans le domaine de la préservation du patrimoine culturel. Camille Asmar, qui a occupé le poste de directeur général de la Direction générale des Antiquités (DGA) de 1992 à 1999, est décédé le 25 novembre 2025. Cet événement survient dans un contexte où les sites archéologiques du pays font face à des menaces persistantes liées aux tensions régionales, soulignant l’importance continue des efforts initiés sous sa direction pour sauvegarder un héritage millénaire. Asmar, né dans les années 1930 à Beyrouth, a consacré une grande partie de sa carrière à l’archéologie libanaise, influençant la gestion des fouilles et la protection des vestiges phéniciens, romains et byzantins qui définissent l’identité culturelle du Liban.
Formé en archéologie et en histoire à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, puis à l’École du Louvre en France, Asmar a intégré le ministère de la Culture où il a occupé divers postes avant d’accéder à la tête de la DGA.
Ces années formatrices l’ont initié aux méthodes rigoureuses de l’archéologie moderne, influencées par les grands noms comme Maurice Chéhab, son prédécesseur à la tête de la DGA. Asmar a rapidement gravi les échelons au sein du ministère de la Culture, occupant divers postes techniques avant d’accéder à la direction générale en 1992.
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Son mandat a coïncidé avec la période de reconstruction post-guerre civile, marquée par des défis budgétaires et sécuritaires. La DGA, fondée en 1920 sous le mandat français, est responsable de la supervision des sites archéologiques, des musées et des fouilles à travers le pays. Avec Asmar, l’institution a géré des campagnes sur des sites majeurs, contribuant à la documentation et à la conservation d’artefacts datant de plusieurs millénaires.
Les contributions à Byblos et aux sites phéniciens
Byblos, l’une des plus anciennes villes habitées au monde, a bénéficié d’efforts accrus sous la direction d’Asmar. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1984, la site a vu des fouilles amplifiées en collaboration avec des équipes internationales, notamment françaises et britanniques. Ces travaux ont révélé des strates chalcolithiques et de l’âge du bronze, mettant en lumière les échanges commerciaux avec l’Égypte ancienne. Des artefacts tels que des scarabées et des céramiques importées ont été documentés, enrichissant la compréhension des réseaux phéniciens. Asmar a souligné l’importance de ces découvertes pour retracer l’histoire urbaine de Byblos, une cité-état qui a évolué en hub commercial influent.
À Tyr, autre site phénicien classé par l’Unesco en 1984, les initiatives sous son mandat ont inclus la restauration d’hippodromes et de nécropoles romaines. Face à l’urbanisation croissante, des mesures ont été prises pour délimiter les zones protégées et prévenir les constructions illégales. Les fouilles à Tyr ont permis d’exhumer des mosaïques et des structures datant de l’époque romaine, contribuant à des expositions internationales. Ces efforts ont attiré des financements de l’Union européenne et de l’Unesco, facilitant la numérisation des archives et la formation de personnel local.
Baalbek, avec ses temples romains de Jupiter et de Bacchus, a également profité de renforcements structurels contre les séismes. Des excavations ont révélé des mosaïques byzantines du Ve siècle, caractérisées par des motifs floraux et mythologiques. Asmar a coordonné des partenariats avec des institutions allemandes pour documenter des fortifications hittites à Kamid el-Loz, dans la plaine de la Bekaa, incluant des tablettes cunéiformes du IIe millénaire av. J.-C. Ces collaborations ont abouti à des publications dans des revues académiques, comme les Annales des Musées de Vienne en 1998, liant le site à des routes commerciales reliant l’Anatolie au Levant.
Le rôle de la DGA dans la post-guerre civile
La guerre civile libanaise de 1975 à 1990 a endommagé de nombreux sites, dont le Musée national de Beyrouth. Sous Asmar, la DGA a supervisé la rénovation de ce musée, protégeant des collections incluant des reliefs assyriens et des sarcophages phéniciens. En 1996, un relief assyrien a été prêté pour une exposition internationale, illustrant l’importance des échanges culturels. La DGA a géré plus de 200 fouilles actives couvrant du néolithique à l’époque ottomane, avec un accent sur la multidisciplinarité intégrant géologie et anthropologie.
Asmar a défendu la protection du patrimoine dans un pays marqué par les conflits, comme indiqué dans ses écrits sur “The protection of heritage in a country at war”. Ces réflexions ont influencé les approches post-conflit, promouvant des directives pour sécuriser les zones archéologiques. À Sidon, des fouilles ont révélé des nécropoles puniques avec des sarcophages anthropoïdes du Ve siècle av. J.-C., analysés en partenariat avec des laboratoires français.
Les aspects judiciaires de son mandat
En 1999, Asmar a été impliqué dans une affaire de corruption au sein de la DGA, menant à son arrestation avec ses fils. Condamné en décembre 2000 à sept ans de prison pour détournement de fonds liés à des contrats de restauration, il a été libéré en 2006 après avoir purgé une partie de sa peine.
L’héritage archéologique et les défis persistants
Après son retrait, Asmar a continué à contribuer via des consultations et des publications, coécrites avec des archéologues comme Claude Doumet-Serhal sur Byblos. Ces ouvrages retracent 5000 ans d’histoire urbaine, soulignant les interactions avec les civilisations mésopotamiennes et égyptiennes. À Rachkida, des fouilles polono-libanaises en 2012 ont identifié des fresques médiévales dans l’église Saint-Georges, s’inspirant de rapports des années 1990.
Le décès d’Asmar coïncide avec une période critique pour le patrimoine libanais. L’explosion du port de Beyrouth en août 2020 a endommagé des quartiers historiques ottomans, prompting des évaluations d’urgence par la DGA. Des fissures ont été relevées dans des structures romaines adjacentes.



