Lady Marie Bashir, figure emblématique de la vie publique australienne, s’est éteinte le 20 janvier 2026 à l’âge de 95 ans. Cette psychiatre renommée, d’origine libanaise, qui a marqué l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de gouverneure de Nouvelle-Galles du Sud de 2001 à 2014, laisse derrière elle un legs indélébile dans les domaines de la médecine, de l’éducation et de l’engagement humanitaire. Son décès, annoncé par le premier ministre de l’État, Chris Minns, a suscité une vague d’hommages à travers l’Australie, soulignant son rôle pionnier et son dévouement infatigable. Un service funèbre d’État sera organisé en son honneur, reflétant le respect unanime qu’elle inspirait.
Née le 1er décembre 1930 à Narrandera, une petite ville rurale de Nouvelle-Galles du Sud, Marie Roslyn Bashir était la fille de Michael Bashir et de Victoria Melick, tous deux issus d’une famille libanaise établie à Douma, un village pittoresque du district de Batroun, au nord du Liban. Douma, connu pour ses paysages montagneux et son architecture traditionnelle, abritait une communauté chrétienne maronite dynamique au début du XXe siècle, et c’est de là que provenaient les racines familiales de Bashir. Son père et son oncle paternel avaient étudié la médecine à l’Université américaine de Beyrouth, une institution prestigieuse qui formait alors l’élite intellectuelle du Moyen-Orient. Michael Bashir, après avoir obtenu son diplôme, émigra en Australie dans les années 1920, fuyant les instabilités économiques et politiques de la région sous mandat français. Il s’installa d’abord en Nouvelle-Galles du Sud, où il exerça comme médecin généraliste, servant une communauté rurale diversifiée. Victoria Melick, quant à elle, appartenait à une famille qui avait migré en Australie au XIXe siècle, s’intégrant progressivement dans la société locale tout en préservant des liens culturels avec le Liban.
Les origines libanaises de Dame Marie Bashir ont profondément influencé son parcours, instillant en elle des valeurs de résilience, d’éducation et de service communautaire. Dans une interview accordée en 2001, peu après sa nomination comme gouverneure, elle déclarait : « Mes parents m’ont enseigné l’importance de l’éducation et du dévouement aux autres, des principes ancrés dans notre héritage libanais. » Cette connexion avec le Liban n’était pas seulement sentimentale ; elle se manifestait par des engagements concrets plus tard dans sa vie, notamment à travers des programmes de coopération médicale avec des pays du Moyen-Orient. Enfant, Marie grandit dans un environnement modeste mais stimulant, entourée de livres et de discussions sur la médecine et la culture. Elle fréquenta l’école publique de Narrandera, où elle se distingua par son excellence académique et son intérêt pour la musique. À partir de 1943, elle intégra la Sydney Girls High School, une institution sélective pour filles, et résida chez sa grand-mère à Sydney, une expérience qui forgea son indépendance précoce. En 1947, elle obtint son diplôme secondaire avec mention, marquant le début d’une trajectoire exceptionnelle.
Une formation musicale et médicale d’excellence
Parallèlement à ses études, Marie Bashir cultiva une passion pour la musique, étudiant le violon au Conservatoire de musique de Sydney. Elle atteignit un niveau professionnel, jouant dans des ensembles locaux et intégrant même l’orchestre symphonique de Sydney à l’occasion. Cette discipline artistique, qu’elle maintenait tout au long de sa vie, lui offrait un équilibre face aux rigueurs de la médecine. En 1950, elle entra à l’Université de Sydney, résidant au Women’s College, où elle s’impliqua activement dans la vie étudiante. Elle y obtint un double diplôme en médecine (MBBS) en 1956, une réalisation remarquable à une époque où les femmes étaient sous-représentées dans les professions médicales. De 1959 à 1990, elle siégea au conseil du collège, occupant le poste de secrétaire honoraire en 1960 et de présidente de 1982 à 1990, avant d’en devenir membre à vie en 1969. Ces engagements démontraient déjà son leadership et son attachement à l’empowerment féminin.
Après son diplôme, Bashir effectua ses résidences junior à l’hôpital St Vincent et à l’hôpital royal Alexandra pour enfants, acquérant une expérience pratique en pédiatrie et en médecine générale. Elle exerça ensuite comme généraliste à Pendle Hill, dans l’ouest de Sydney, une zone ouvrière où elle traita une population diverse, incluant des migrants et des familles modestes. C’est là qu’elle développa un intérêt pour la psychiatrie, motivée par le désir d’aider ceux souffrant de troubles mentaux souvent stigmatisés. « J’ai vu tant de souffrances ignorées, particulièrement chez les jeunes et les marginalisés », confiait-elle en rétrospective lors d’une conférence en 1993. Elle poursuivit des études postdoctorales en psychiatrie, devenant membre du Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists en 1971 et fellow en 1980. Dès 1972, elle enseigna à l’Université de Sydney, formant des générations d’étudiants en médecine avec une approche humaniste.
Pionnière en santé mentale et réformes communautaires
La carrière de Dame Marie Bashir en psychiatrie fut marquée par des innovations audacieuses. En 1972, elle fonda le Rivendell Child, Adolescent and Family Service, un centre dédié à la santé mentale des jeunes, initialement basé à Sydney avant d’être relocalisé à Concord West en 1977. Ce service intégrait des thérapies familiales et des programmes de prévention, révolutionnant la prise en charge des troubles chez les mineurs. En 1987, elle dirigea les services de santé communautaire du centre de Sydney, priorisant les soins précoces pour les enfants, les migrants, les populations autochtones et les personnes âgées. Nommée professeure clinique de psychiatrie à l’Université de Sydney en 1993, elle devint directrice clinique des services de santé mentale pour le centre de Sydney en 1994, supervisant des réformes jusqu’en 2001. Parmi ses initiatives phares, la création en 1995 de l’unité de santé mentale aborigène en partenariat avec le Aboriginal Medical Service de Redfern, où elle exerça comme psychiatre senior dès 1996.
Bashir s’impliqua également dans la justice juvénile, présidant le Conseil consultatif de la justice juvénile de Nouvelle-Galles du Sud de 1991 à 1999 et consultant pour les établissements pénitentiaires de 1993 à 2000. Elle développa des programmes collaboratifs avec le Vietnam et la Thaïlande, présidant le groupe de santé du tiers-monde de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud de 1995 à 2000. Son travail avec les étudiants internationaux soulignait son engagement pour l’inclusion. En 2002, elle devint patronne de l’Australia-Vietnam Medical Trust, soutenant des programmes ruraux au Vietnam. Ces efforts reflétaient une vision globale de la santé mentale, intégrant des dimensions culturelles et sociales.
Engagement civique et rôle historique de gouverneure
Avant son accession au poste de gouverneure, Bashir s’impliqua dans la vie civique. De 1973 à 1975, elle fut Lady Mayoress de Sydney lors du mandat de son époux, Nicholas Shehadie, comme Lord Mayor. En 1974, elle fut nommée « Mère de l’année » par le Comité de soins aux enfants de Nouvelle-Galles du Sud et le Conseil national des femmes, déclarant : « Le fait que moi, en tant que femme professionnelle, aie été choisie comme Mère de l’année pointe vers l’acceptation croissante sociale d’une mère qui travaille. » Lorsque Shehadie fut anobli en 1976, elle adopta le titre de « Lady Shehadie » tout en conservant son nom professionnel.
Le 1er mars 2001, sur recommandation du premier ministre Bob Carr, la reine Elizabeth II la nomma gouverneure de Nouvelle-Galles du Sud, faisant d’elle la première femme et la première personne d’origine libanaise à occuper ce poste dans un État australien. Son mandat, prolongé à plusieurs reprises – jusqu’en février 2008 en 2004, février 2012 en 2007, et septembre 2014 en 2011 – dura jusqu’au 1er octobre 2014, le deuxième plus long de l’histoire de l’État. Parallèlement, elle fut chancelière de l’Université de Sydney de juin 2007 à décembre 2012. En tant que gouverneure, elle promut la santé autochtone, la réconciliation et devint patronne du Gay and Lesbian Counselling Service dès son investiture, une première. En 2005, elle ouvrit le festival du Mardi Gras gay et lesbien de Sydney, affirmant : « Cela favorise ce sentiment de liberté qui naît de la diversité considérable au sein de notre société – diversité de race, religion, culture et aussi d’orientation sexuelle. Nous ne devons jamais prendre ces choses pour acquis car la plupart d’entre vous conviendraient que dans le monde d’aujourd’hui, un recul extraordinaire vers de nombreuses attitudes précédemment abandonnées a lieu, affectant non seulement les groupes gays et lesbiens, mais la santé des femmes et de nombreux aspects de la justice sociale. »
Durant son mandat, elle navigua des crises politiques, comme les démissions gouvernementales en 2010, commentant dans une interview radio : « La seule façon pour eux [le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud] de disparaître, pour ainsi dire, est s’il y a un vote de non-confiance… Les élections reviennent de temps en temps, donc c’est de nouveau entre les mains du peuple. » Elle choisit de se retirer pour ne pas surpasser le record de Roden Cutler, un héros de guerre, expliquant : « Un héros de guerre qui a perdu une jambe en servant ce pays, j’aimerais le considérer comme le gouverneur le plus longtemps en fonction… pour qui j’avais la plus grande admiration et le plus grand respect. »
Distinctions et legs humanitaire
Le parcours de Dame Marie Bashir fut jalonné de distinctions. Officier de l’Ordre d’Australie en 1988 pour ses services en santé mentale adolescente, elle devint Companion en 2001 pour son gouvernorat. Elle reçut la médaille du centenaire en 2001, fut faite Dame de Grâce de l’Ordre de Saint-Jean en 2001, Commandeur de l’Ordre royal victorien en 2006, et Dame de l’Ordre d’Australie en 2014 pour ses contributions en administration, vie publique, médecine, relations internationales et éducation. Au Liban, elle obtint le grade de Grand Officier de l’Ordre national du Cèdre en 2004 et Grand Cordon en 2012. En France, Chevalier de la Légion d’honneur en 2009 et Officier en 2014. D’autres honneurs incluent le Mental Health Princess Award en 2003, Australian Living Treasure en 2004, membre honoraire d’UNIFEM en 2004, et de nombreux doctorats honoris causa d’universités australiennes.
Son nom orne plusieurs institutions : le Marie Bashir Mosman Sports Centre ouvert en 2010, l’école publique Marie Bashir en 2013, l’Institut Marie Bashir pour les maladies infectieuses et la biosécurité en 2013, la salle de lecture Governor Marie Bashir, et le Centre Professor Marie Bashir à l’hôpital Royal Prince Alfred. Après sa retraite, elle continua à œuvrer pour les vétérans souffrant de stress post-traumatique, restant patronne de la Australian Indigenous Education Foundation jusqu’en novembre 2020 et de la NAISDA Foundation jusqu’en décembre 2021. Membre individuel du Refugee Council of Australia depuis 1989, elle en devint membre à vie en 2001 et patronne de la Kirketon Road Centre Foundation, aidant les personnes vulnérables.
Vie familiale et liens avec le Liban
Marie Bashir épousa Nicholas Shehadie le 23 février 1957 à l’église St Philip de Sydney. Shehadie, ancien joueur de rugby international et administrateur sportif, décéda en 2018. Le couple eut trois enfants : Michael (né en 1959), Susan et Alexandra. En 1968, ils acquirent une maison en bord de mer à Mosman pour 57 000 dollars, vendue en mai 2020. Bashir maintenait des liens étroits avec sa famille élargie au Liban, visitant Douma à plusieurs reprises et soutenant des initiatives locales. Son héritage libanais se manifestait dans son advocacy pour les migrants, intégrant des éléments culturels dans ses programmes de santé mentale.
Les hommages immédiats à une figure irremplaçable
Suite à l’annonce de son décès le 20 janvier 2026, les réactions ont afflué. Le premier ministre Chris Minns a salué « une Australienne extraordinaire », déclarant : « Dame Marie Bashir était une pionnière, une leader compatissante et une servante publique dédiée. Son impact sur notre État et notre nation est incommensurable. » Le Refugee Council of Australia a exprimé sa gratitude pour sa contribution depuis 1989, notant qu’elle « a choisi de rester patronne de la fondation après avoir quitté son poste de gouverneure en 2014 ». Le Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists a pleuré « une fellow distinguée et une avocate infatigable pour la santé mentale », affirmant : « Le professeur Bashir sera grandement regrettée. Sa contribution au domaine de la psychiatrie et à la défense de la santé mentale continuera d’inspirer d’innombrables générations de praticiens en Australie et au-delà. » Des hommages similaires sont venus de figures politiques, médicales et communautaires, soulignant son rôle dans la promotion de la diversité et de l’inclusion. Le service funèbre d’État, prévu dans les jours à venir, rassemblera des dignitaires pour honorer sa mémoire, tandis que des condoléances affluent de l’étranger, y compris du Liban où son héritage familial perdure. Les implications immédiates de sa disparition se font sentir dans les institutions qu’elle a inspirées, avec des appels à perpétuer ses initiatives en santé mentale et en éducation autochtone.

