Le ministère américain de la Justice a rendu publics, ce jeudi 5 mars et vendredi 6 mars 2026, plusieurs documents supplémentaires issus des enquêtes du Federal Bureau of Investigation sur Jeffrey Epstein. Parmi ces pièces figurent trois résumés d’entretiens, connus sous le nom de Form 302, menés en 2019 avec une femme non identifiée qui accuse explicitement Donald Trump d’une agression sexuelle alors qu’elle était mineure, âgée de 13 à 15 ans, dans les années 1980. Ces documents, initialement absents de la vaste publication de janvier 2026, ont été ajoutés à la base de données publique du département après avoir été codés par erreur comme « duplicatifs ».
Cette divulgation intervient dans le cadre de la loi sur la transparence des dossiers Epstein, promulguée fin 2025 et dont l’application se poursuit sous la deuxième administration Trump. Elle porte sur des faits allégués remontant à plus de quarante ans et qui n’ont jamais donné lieu à des poursuites judiciaires. Le ministère de la Justice insiste sur le caractère non corroboré de ces témoignages, tout en confirmant leur mise en ligne pour répondre aux demandes de transparence.
Les entretiens en question datent de l’été et de l’automne 2019, soit immédiatement après l’arrestation de Jeffrey Epstein à New York pour des faits de trafic sexuel de mineures. La femme, dont l’identité reste protégée, a contacté le centre national des opérations de menace du FBI. Elle a décrit un schéma d’abus répétés commis par Epstein dès l’âge de 13 ans, vers 1983, dans la région de Hilton Head Island, en Caroline du Sud. Selon ses déclarations retranscrites par les agents, elle avait été recrutée pour un prétendu travail de baby-sitting dans une résidence privée. Aucun enfant n’était présent. Epstein, qu’elle identifie comme « Jeff », l’aurait droguée avec de l’alcool, de la marijuana et de la cocaïne avant de l’agresser sexuellement à plusieurs reprises au cours de rencontres ultérieures.
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Dans un deuxième entretien, elle évoque une rencontre avec Donald Trump. Epstein l’aurait conduite ou fait voler vers New York ou le New Jersey. Dans un immeuble de grande hauteur, il l’aurait présentée au futur président, alors homme d’affaires new-yorkais bien connu. Selon le résumé des agents du FBI, la plaignante a déclaré que Trump, mécontent de son apparence « garçon manqué », aurait demandé aux autres personnes présentes de quitter la pièce. Il aurait ensuite déboutonné son pantalon et placé la tête de la jeune fille « vers son pénis ». Elle affirme avoir mordu violemment, provoquant une réaction immédiate : Trump l’aurait frappée à la tête et aurait ordonné, selon ses mots retranscrits : « get this little bitch the hell out of here » – « sortez-moi cette petite salope d’ici ». La jeune fille aurait ensuite été reconduite hors des lieux.
Les agents du FBI ont noté ces éléments sans procéder à une évaluation formelle de crédibilité dans les documents rendus publics. Un quatrième entretien, en octobre 2019, voit la femme refuser d’apporter davantage de précisions sur l’incident impliquant Trump. Elle aurait demandé aux enquêteurs quel serait l’intérêt de poursuivre, estimant qu’aucune action ne pourrait être engagée à ce stade de sa vie. Ces trois résumés supplémentaires, portant au total sur plusieurs dizaines de pages, complètent le premier entretien déjà publié antérieurement, où seul Epstein était mentionné.
Le ministère de la Justice a expliqué la raison de cette publication tardive dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Après examen approfondi, nous avons découvert qu’un formulaire 302 déjà publié s’accompagnait de versions ultérieures codées par erreur comme duplicatives. Nous avons revu l’ensemble du lot et identifié quinze documents incorrectement classés. » Aucune explication supplémentaire n’a été fournie sur les motifs initiaux de ce codage. Le département a par ailleurs rappelé que certains documents des dossiers Epstein contiennent « des allégations fausses et sensationnalistes » soumises au FBI peu avant l’élection de 2020.
Cette mise en ligne intervient après plusieurs semaines de controverse. Fin février 2026, des enquêtes du New York Times, de CNN et de NPR avaient révélé l’absence de ces pièces dans la gigantesque livraison de plus de trois millions de pages effectuée le 31 janvier 2026. Des élus démocrates de la commission de supervision de la Chambre des représentants, dont le représentant Robert Garcia de Californie, avaient alors accusé le ministère de rétention illégale. Garcia avait déclaré, après consultation de documents non expurgés : « Il est inconcevable et illégal que l’Attorney General Pam Bondi et le président ne rendent pas compte de la localisation de ces fichiers. » La commission a même voté une assignation à comparaître contre l’Attorney General.
La Maison Blanche a réagi avec fermeté. La porte-parole Karoline Leavitt a qualifié les accusations de « complètement infondées, soutenues par zéro preuve crédible ». Elle a rappelé que le président Trump a toujours nié toute connaissance des activités criminelles d’Epstein et que les documents publiés en janvier l’avaient déjà largement disculpé sur d’autres aspects. Le ministère de la Justice avait d’ailleurs souligné dès janvier que « si ces allégations avaient eu la moindre crédibilité, elles auraient été utilisées contre le président Trump ».
Le contexte historique des relations entre Donald Trump et Jeffrey Epstein est bien documenté dans les archives publiques. Les deux hommes ont fréquenté les mêmes cercles mondains new-yorkais et floridiens dans les années 1980 et 1990. Des photographies les montrent ensemble lors de soirées. Trump a lui-même déclaré en 2002 que Epstein était « un type formidable » qui aimait « les belles femmes, beaucoup d’entre elles très jeunes ». Cependant, les deux hommes se sont éloignés après 2004, lorsque Trump aurait interdit à Epstein l’accès à son club de Mar-a-Lago en Floride suite à un incident impliquant une jeune fille mineure. Trump a par la suite affirmé avoir coupé tout contact et avoir même alerté les autorités sur les agissements d’Epstein.
Les dossiers publiés depuis janvier 2026 mentionnent Trump plus d’un millier de fois, principalement dans des contextes sociaux ou comme témoin indirect. Aucun élément ne le relie directement aux réseaux de trafic de mineures mis en place par Epstein et Ghislaine Maxwell, condamnée à vingt ans de prison. Les nouveaux documents du 6 mars 2026 ne changent pas cette donne : ils rapportent des allégations d’une seule personne, sans corroboration matérielle ni témoignage concordant mentionné par les agents du FBI. Les fichiers portent notamment les références techniques DataSet 12, avec les numéros EFTA02858481, EFTA02858491 et EFTA02858495.
La femme à l’origine de ces déclarations avait également évoqué d’autres interactions avec Trump, mais elle a demandé aux enquêteurs de passer à un autre sujet lors des entretiens ultérieurs. Les résumés précisent que les faits allégués se seraient déroulés à une période où les contacts documentés entre Epstein et Trump étaient limités, bien que leur cercle social se chevauchât. Les agents du FBI ont consigné ces éléments sans ouvrir de procédure spécifique contre l’ancien – et actuel – président.
Cette publication s’inscrit dans une série continue de divulgations. La loi sur la transparence des dossiers Epstein, signée par Donald Trump lui-même avant la fin de son premier mandat, impose la mise en ligne progressive de millions de pages d’archives fédérales. Plus de 47 000 fichiers supplémentaires ont été annoncés pour les semaines à venir, avec un soin particulier apporté à l’anonymisation des victimes et à la suppression d’images à caractère sexuel. Le ministère de la Justice a indiqué travailler « sans relâche » pour protéger les personnes concernées tout en respectant l’obligation légale de transparence.
À Washington, les réactions politiques restent polarisées. Les démocrates maintiennent leur pression pour une audition complète de l’Attorney General Pam Bondi devant la commission de supervision. Ils estiment que la rétention initiale des documents soulève des questions sur l’impartialité du département sous administration républicaine. De l’autre côté, les soutiens du président soulignent que ces allégations datent de 2019, qu’elles n’ont jamais été jugées crédibles par le FBI à l’époque et qu’aucune nouvelle enquête n’a été ouverte malgré la publication massive des fichiers.
Les documents sont désormais consultables sur le site officiel du ministère de la Justice, dans la section dédiée à l’affaire Epstein. Ils portent les références techniques des jeux de données 12 et suivants, avec des numéros de fichiers spécifiques tels que EFTA02858481. Les formulaires 302 sont marqués « CONFIDENTIEL » par le FBI et contiennent des redactions protectrices. Aucune note manuscrite des agents n’a été jointe à cette livraison, selon les observations des médias ayant examiné la base de données.
Parallèlement, d’autres éléments des dossiers Epstein continuent d’alimenter le débat public. Des rapports antérieurs mentionnent que Trump aurait contacté la police de Palm Beach dans les années 2000 pour saluer l’enquête sur Epstein et mettre en garde contre Ghislaine Maxwell, qualifiée d’« evil » – maléfique. Ces éléments, issus d’entretiens avec l’ancien chef de la police locale, contrastent avec les nouvelles allégations mais illustrent la complexité des relations passées entre les protagonistes.
La femme ayant témoigné en 2019 avait également fourni une photographie célèbre d’Epstein et Trump ensemble, envoyée par une amie. Lors de l’entretien, elle avait demandé à recadrer l’image pour n’y laisser apparaître qu’Epstein, invoquant une crainte de représailles si des personnalités connues étaient impliquées. Les agents ont noté cette hésitation sans approfondir davantage à ce stade.
Dans le cadre plus large de l’affaire Epstein, les autorités fédérales ont déjà publié des milliers de pages de témoignages, de listes de contacts, de registres de vols et de documents judiciaires. La première grande vague de janvier 2026 avait déjà révélé des détails sur les liens de nombreuses personnalités avec le financier déchu, sans pour autant entraîner de nouvelles inculpations majeures contre des figures publiques. Le cas de la femme de Caroline du Sud s’inscrit dans cette catégorie de témoignages non étayés par des preuves matérielles indépendantes.
Le ministère de la Justice a par ailleurs averti le public que certains documents contiennent des affirmations « non vérifiées » ou potentiellement mensongères, soumises au FBI dans un contexte de forte médiatisation de l’affaire Epstein. Cette mise en garde figure explicitement dans plusieurs communiqués officiels accompagnant les publications successives.
À l’heure actuelle, les trois nouveaux formulaires 302 sont accessibles en ligne sans restriction supplémentaire. Ils s’ajoutent aux millions de pages déjà versées dans la base de données publique, renforçant ainsi le corpus documentaire disponible sur l’enquête fédérale menée après l’arrestation d’Epstein en juillet 2019. La plaignante n’a plus été contactée par les agents après octobre 2019, selon les éléments retranscrits.
Les autorités judiciaires de Caroline du Sud et de Floride, où Epstein possédait des propriétés, ont par le passé ouvert des enquêtes locales complémentaires, sans que les allégations spécifiques contre Trump n’aient été retenues pour instruction. De même, aucun élément des nouveaux documents ne mentionne une transmission formelle de ces témoignages à d’autres juridictions pour poursuites.
Le débat sur la gestion des dossiers Epstein par le ministère de la Justice se poursuit au Congrès. Des élus des deux partis ont demandé une audition publique de l’Attorney General Pam Bondi afin d’expliquer les modalités techniques de codage et de publication des fichiers. Le ministère a répondu qu’il coopérerait pleinement tout en maintenant le cap fixé par la loi de transparence.
Les documents publiés ce 6 mars 2026 confirment ainsi la volonté du département d’honorer ses engagements de divulgation, même lorsqu’il s’agit d’allégations sensibles et anciennes. Ils sont intégrés à la base de données Epstein sans modification substantielle, hormis les redactions d’usage pour protéger l’identité de la témoin et d’éventuelles tierces personnes.
D’autres lots de documents sont attendus dans les prochains jours, conformément au calendrier établi par le ministère. Ces publications concernent principalement des pièces considérées comme redondantes ou nécessitant un examen supplémentaire pour anonymisation. Le cas des entretiens de 2019 avec la femme de Caroline du Sud illustre les défis techniques rencontrés lors de la gestion de plusieurs millions de pages d’archives fédérales accumulées sur plusieurs décennies.
La présence de ces nouveaux résumés dans la base publique permet désormais à tout citoyen d’accéder directement aux retranscriptions des agents du FBI, offrant un éclairage supplémentaire sur les déclarations recueillies au lendemain de l’arrestation d’Epstein. Les allégations y sont présentées telles qu’elles ont été rapportées, sans validation ni infirmation formelle par les enquêteurs fédéraux à l’époque des faits.
Le ministère de la Justice continue de recevoir et d’examiner des demandes complémentaires émanant du Congrès et de la presse. Aucune modification du calendrier de publication n’a été annoncée à ce jour, malgré les débats politiques suscités par cette dernière livraison. Les fichiers restent consultables à l’adresse dédiée du site justice.gov, sous la rubrique Epstein Files, où les mises à jour sont effectuées au fur et à mesure des vérifications internes.
Cette séquence de divulgations s’inscrit dans un effort de longue haleine pour rendre publics les éléments de l’enquête fédérale tout en préservant la confidentialité des victimes identifiées. Les trois formulaires 302 ajoutés ce 6 mars portent ainsi à quatre le nombre total d’entretiens documentés avec cette témoin spécifique, complétant le tableau des déclarations recueillies en 2019. Les agents du FBI y ont consigné les éléments fournis sans procéder à des vérifications croisées supplémentaires dans les rapports rendus publics.
Les autorités fédérales maintiennent que l’ensemble des documents Epstein est traité avec le même degré de rigueur, indépendamment des noms mentionnés. Le cas de ces allégations contre le président Trump fait partie d’un corpus plus large où figurent également d’autres personnalités publiques, sans que cela n’entraîne de réouverture systématique d’enquêtes closes depuis des années. Les pièces restent disponibles pour consultation et analyse par les chercheurs, les journalistes et le public intéressé.



