Budget en souffrance et blocage de la relance fiscale
Le budget 2025, qui devait marquer un tournant après cinq années de gestion provisoire, est toujours bloqué. Selon Al Akhbar du 14 août 2025, le Conseil des ministres n’a pas pu entamer son examen détaillé en raison du boycott du tandem Amal-Hezbollah. Le projet présenté par le Premier ministre Nawaf Salam ne couvre que six mois, avec une estimation de dépenses courantes de 5,8 trillions de livres, sans intégration d’une stratégie de relance.
An-Nahar du 14 août 2025 précise que le ministère des Finances n’a pas intégré dans le projet de budget un plan de redressement économique global. Les crédits alloués aux ministères régaliens, comme l’Énergie ou les Télécommunications, restent à 25 % de leur niveau d’avant 2019, ce qui paralyse toute perspective de reprise. Le déficit structurel se maintient autour de 10,5 % du PIB, selon une note interne évoquée par le journal, tandis que la dette publique atteint 165 % du PIB, soit environ 97 milliards de dollars.
Le journal Ad Diyar du 14 août 2025 fait état de pressions du FMI pour inclure dans le budget un volet de réforme fiscale intégrale. Les propositions incluent l’élargissement de la TVA à 15 %, l’instauration d’un impôt sur les plus-values et la taxation des biens immobiliers vacants. Ces mesures se heurtent à un double refus : d’une part des partis politiques, qui les jugent électoralement risquées, et d’autre part des syndicats, qui les dénoncent comme antisociales.
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De son côté, Al Liwa’ du 14 août 2025 rapporte que plusieurs administrations publiques ont déjà entamé une réduction des effectifs et des heures de service. Ainsi, la Caisse nationale de sécurité sociale fonctionne désormais à mi-temps, faute de crédits suffisants. Le manque de liquidité empêche également le paiement régulier des salaires, notamment pour les enseignants, les juges et les employés municipaux.
Instabilité monétaire et fragilité des équilibres financiers
Sous la direction de Karim Souaid, la Banque du Liban a engagé une politique d’intervention sur les marchés parallèles pour tenter de contenir l’envolée du dollar. Al Joumhouriyat du 14 août 2025 indique que près de 120 millions de dollars ont été injectés en deux semaines pour stabiliser le taux de change autour de 89 000 livres libanaises pour un dollar. Cette opération, qualifiée de « coûteuse mais nécessaire » par le gouverneur, vise à éviter une nouvelle spirale inflationniste.
Al Sharq Al Awsat du 14 août 2025 précise que cette politique monétaire repose sur des réserves en or et des droits de tirage spéciaux transférés par le FMI. La BDL n’a cependant pas publié de bilan mensuel depuis avril 2025, ce qui alimente les soupçons de manipulation comptable. Un expert financier cité par le journal évoque une dévaluation « masquée » de 12 % sur les réserves réelles de change.
Le journal Al Bina’ du 14 août 2025 confirme l’absence d’un plan de restructuration bancaire. Le secteur bancaire libanais continue de fonctionner en dehors des normes internationales, avec des taux de change multiples (officiel, Sayrafa, marché noir) et des restrictions continues sur les retraits en devises. Plusieurs banques refusent de restituer les dépôts supérieurs à 5 000 dollars, en violation des décisions de justice, selon des sources judiciaires mentionnées par le journal.
Al 3arabi Al Jadid du 14 août 2025 note que le pouvoir d’achat a chuté de 82 % depuis janvier 2020. Une famille moyenne de cinq personnes a besoin de 42 millions de livres par mois pour couvrir ses besoins essentiels, soit environ 470 dollars au taux du marché. Cette situation pousse de nombreuses familles à se tourner vers les ONG ou à émigrer, comme l’illustre une hausse de 18 % des demandes de visa vers le Canada et l’Allemagne enregistrée entre juin et août 2025.
Exportations paralysées, inflation importée, croissance en berne
La balance commerciale reste déficitaire. An-Nahar du 14 août 2025 signale une chute de 34 % des exportations agroalimentaires vers les pays du Golfe, principalement en raison de l’augmentation du coût du fret et de la dégradation des infrastructures portuaires. Le port de Tripoli fonctionne à seulement 22 % de sa capacité, selon un rapport du ministère de l’Économie cité par le journal.
Al Akhbar du 14 août 2025 souligne que la part des importations dans la consommation nationale reste supérieure à 70 %. Les produits pharmaceutiques, en particulier, ont connu une inflation de 19 % en un mois, entraînant des pénuries dans les hôpitaux publics. L’union des importateurs de médicaments évoque une situation « au bord du chaos » en l’absence de régulation des prix et de subventions ciblées.
Al Liwa’ du 14 août 2025 révèle que le secteur de la construction est à l’arrêt dans 9 districts sur 14, en raison du coût élevé du ciment (multiplié par 12 depuis 2019) et de la rareté du matériel importé. Cette crise affecte aussi bien les grands chantiers que l’habitat individuel, bloquant ainsi tout espoir de relance par le BTP.
Ad Diyar du 14 août 2025 indique que le taux de croissance prévu pour 2025 ne dépasse pas 0,7 %, selon une estimation non officielle du ministère des Finances. Cette stagnation, après une récession prolongée, souligne l’absence de levier économique actif. La Banque mondiale a suspendu ses financements jusqu’à la mise en œuvre d’une loi anticorruption, toujours bloquée à la Chambre des députés.
Retards dans les réformes, instabilité sociale, tensions à venir
Le programme de réforme proposé par le ministère de l’Économie peine à s’imposer. Nida’ Al Watan du 14 août 2025indique que le plan de soutien aux PME, doté de 40 millions d’euros en ligne de crédit fournie par la BEI, n’a toujours pas été débloqué. Les conditions techniques posées par l’Union européenne, notamment en matière de transparence des critères d’attribution, sont restées sans réponse.
Al Sharq du 14 août 2025 évoque le gel des réformes structurelles dans les secteurs vitaux. Le projet de loi sur l’indépendance de l’Autorité de régulation de l’électricité, qui devait permettre l’ouverture à la concurrence, n’a pas été voté. Le contrat avec Siemens pour la rénovation de la centrale de Jiyeh est suspendu depuis mai 2025. Le ministère de l’Énergie évoque une « instabilité politique » pour justifier ces retards.
Al Joumhouriyat du 14 août 2025 signale la recrudescence des mouvements sociaux. Le 12 août, une manifestation de retraités a bloqué la route de l’aéroport pour réclamer la revalorisation de leurs pensions. Les employés du port de Beyrouth menacent de suspendre les activités à partir du 20 août si leur prime de productivité n’est pas versée. Le journal note que les syndicats reprennent progressivement leur rôle, après une période de forte désorganisation.
Enfin, Al Bina’ du 14 août 2025 alerte sur une « fracture fiscale » entre les régions. Les municipalités du Sud et de la Bekaa ont reçu moins de 5 % des fonds du budget d’investissement local en 2024, selon les chiffres rapportés par la Cour des comptes. Cette inégalité territoriale risque d’alimenter des tensions communautaires, en l’absence d’un plan de péréquation efficace.



