En France, l’inscription de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) dans la Constitution semble s’imposer comme une évidence pour beaucoup. Ce débat, porté par une volonté de préserver les droits acquis face aux incertitudes des bouleversements politiques, témoigne de la place centrale accordée à la liberté individuelle dans notre société. L’IVG, droit conquis de haute lutte, s’est progressivement imposé comme un pilier des droits des femmes. Son intégration dans la Constitution veut graver dans le marbre une avancée perçue comme décisive et universelle.
En Syrie, le simple droit à la survie
À quelques milliers de kilomètres de là, en Syrie, les débats constitutionnels prennent une tonalité bien différente. Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad et la prise de contrôle quasi totale du territoire syrien par le groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), les communautés chrétiennes d’Orient, dans leur ensemble, font face à une réalité dramatique. HTS, avec son idéologie islamiste radicale, a instauré un régime d’oppression où toute diversité religieuse est perçue comme une menace. Les chrétiens, qui représentent l’une des plus anciennes présences chrétiennes au monde, ne se battent pas pour un droit particulier mais pour leur simple droit d’exister.
La situation d’Idlib est particulièrement révélatrice des dangers qui menacent les chrétiens en Syrie. Autrefois, cette région comptait près de 10 000 chrétiens; aujourd’hui, ils ne sont plus que 600. La majorité a fui face aux persécutions et à l’insécurité croissante. Les églises ont été fermées, les cloches enlevées et pillées, privant cette communauté de ses lieux de culte et de sa culture. Idlib est devenu le symbole de ce qui pourrait advenir à toutes les communautés chrétiennes si cette idéologie radicale continue de s’étendre.
Un pouvoir qui lisse son discours
Cependant, le nouveau pouvoir syrien, dominé par HTS, semble vouloir montrer des signes d’ouverture. Des déclarations récentes laissent entrevoir une volonté d’adopter un ton plus conciliant, possiblement dans l’espoir d’obtenir une aide internationale ou une reconnaissance diplomatique. Mais il convient de rester vigilant: cette stratégie pourrait n’être qu’une façade, un discours de circonstance pour apaiser les critiques. Car, comme le dit l’adage, chasser le naturel, il revient au galop. Les actes sur le terrain, marqués par la persécution et la marginalisation des chrétiens, rappellent cruellement la réalité derrière ces paroles lissées.
Un paradoxe révélateur
Alors que la France discute de la sanctuarisation d’un droit déjà largement reconnu, les chrétiens de Syrie aspirent simplement à être mentionnés dans une future constitution syrienne. Leur revendication ne relève pas du luxe mais de la survie: pouvoir exercer librement leur foi, bâtir des églises, célébrer leurs rites sans crainte de persécution ou de destruction. Dans un environnement dominé par HTS, cette quête semble relever de l’utopie.
Deux réalités, deux luttes
Ces deux réalités opposées illustrent un contraste saisissant. En France, un droit devient constitutionnel pour prévenir tout recul potentiel; en Syrie, l’idée même d’une constitution garantissant les droits de tous paraît encore hors de portée. Ce paradoxe met en évidence le privilège d’une société où les luttes pour les droits humains peuvent s’ancrer dans la stabilité, tandis que d’autres doivent se battre pour des droits fondamentaux dans un chaos absolu.
Une réflexion sur les droits humains
Dans ce monde où les défis se déclinent de manières si contrastées, une question s’impose: que signifie inscrire un droit dans une constitution? En France, c’est un acte de consolidation, une manière de conjurer l’instabilité éventuelle. En Syrie, cela pourrait être une bouée de sauvetage pour des communautés entières, une première étape vers une reconnaissance qui leur est aujourd’hui refusée.
Ainsi, pendant que Paris débattait, dans le confort d’une démocratie stable, du bien-fondé de constitutionnaliser un droit acquis, les chrétiens de Syrie se demandaient simplement s’ils verraient demain. Ce contraste, loin d’être un appel à l’indifférence ou au dédain, doit nous rappeler que les luttes pour les droits humains, qu’elles soient locales ou lointaines, participent d’un même mouvement: celui de la dignité humaine face à l’adversité.



