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EDITO: Une réflexion pour la compétence et non l’héritage

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Dans un pays où les mémoires sont aussi vivaces que les blessures, il est difficile d’échapper à l’écho des noms qui résonnent à travers le temps – Béchir, Amine, Rafic, Walid, Saad, Samir, Michel, Suleiman et tous les autres. Ces noms, portés par des figures d’autrefois, semblent captiver les esprits, non pas toujours pour les projets qu’ils incarnent aujourd’hui, mais pour ce qu’ils évoquent : une lignée, un clan, une histoire.

Dans cette fidélité aux héritiers de ces figures, il y a parfois comme une tentative de ranimer les guerres d’hier, de s’accrocher à une nostalgie qui fige le présent, au lieu de se tourner vers l’avenir. Pourtant, il devient urgent de reconnaître que tout homme, tout héritier, est faillible, et que la compétence, bien plus que l’héritage, doit guider les choix d’une nation.

Car, au Liban, ce n’est pas le sang, qu’il soit bleu ou ordinaire, qui pansera les plaies ou bâtira demain, mais la capacité à agir pour le bien commun.

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Dans les ruelles de Beyrouth, les villages du Chouf, les plaines de la Bekaa ou les ports de Tripoli, les noms des grandes figures du passé flottent comme des étendards usés par les années. Béchir, Amine, Rafic, Walid – ces noms ne sont pas de simples patronymes ; ils se sont transformés en symboles, en bannières sous lesquelles les foules se rassemblent, souvent sans questionner. Cette fidélité ne repose pas toujours sur ce qui est proposé aujourd’hui, mais sur ce que ces noms évoquent : une époque révolue, des luttes d’antan, des gloires ou des blessures inscrites dans l’histoire.

Et dans cet attachement, il semble parfois que l’on cherche à ressusciter les flammes des conflits passés, à se perdre dans une nostalgie qui privilégie le clan au détriment d’un avenir commun.Cette inclination à suivre les noms, les familles, les héritiers, peut s’expliquer par la profondeur des mémoires dans un pays où les cicatrices des guerres restent palpables.

Mais en se tournant vers les fils, les filles, les neveux de ces figures, il y a comme une volonté de raviver une époque marquée par des combats fratricides, des promesses non tenues, des espoirs brisés. La critique, le questionnement, le défi envers ceux qui portent ces noms illustres semblent souvent absents, comme si leur héritage les rendait intouchables. Pourtant, aucun homme, aucune femme, qu’il s’agisse de Béchir, d’Amine, de Rafic, de Walid ou de leurs descendants, n’échappe à l’erreur.

Aucun nom, aussi prestigieux soit-il, ne garantit la sagesse ou la compétence.Un héritage peut inspirer, mais il devient un poids lorsqu’il obscurcit la réalité. Les noms – Gemayel, Hariri, Jumblatt, Aoun, Frangieh – portent des histoires de triomphes, mais aussi des erreurs, parfois lourdes de conséquences. Certaines de ces figures, par leurs choix ou leurs actions, ont contribué aux crises qui accablent le Liban aujourd’hui, notamment l’effondrement économique qui a plongé le pays dans la détresse.

Leurs héritiers, en revendiquant ces noms, prétendent souvent défendre un legs sacré, mais ce legs n’est pas au-dessus de tout reproche. Il est temps de le remettre en question, de ne pas sanctifier ces figures du passé ni leurs descendants, comme s’ils étaient exempts de fautes. Car un nom n’est qu’une étiquette, une ombre projetée par l’histoire. Il ne construit pas d’écoles, n’alimente pas les foyers, ne guérit pas les fractures d’une nation divisée.

En s’accrochant à ces héritiers, en leur accordant une confiance fondée sur leur nom plutôt que sur leurs actes, il semble parfois que l’on cherche à ressusciter une époque révolue – celle des divisions, des luttes de pouvoir, des erreurs qui ont semé les graines des crises actuelles. Ces héritages sont lourds à porter, non seulement pour ceux qui les revendiquent, mais pour une nation tout entière.

Car en les suivant sans toujours exiger des preuves de leur valeur, il y a un risque de rester prisonniers d’un passé qui, s’il a façonné le pays, ne peut plus le porter vers l’avenir.Personne n’échappe à la faillibilité. Ni Béchir, ni Amine, ni Rafic, ni Walid, ni leurs successeurs. Chacun a ses moments de lumière et ses zones d’ombre, ses succès et ses erreurs.

Certains ont reconstruit des villes, d’autres ont défendu des communautés, mais certains ont aussi, par leurs décisions, contribué aux crises qui accablent le pays aujourd’hui – l’effondrement économique, les divisions confessionnelles, les impasses politiques. Sanctifier ces figures, c’est ignorer leurs erreurs.

Refuser de questionner leurs héritiers, c’est accepter que ces erreurs se répètent. En plaçant ces noms sur un piédestal, en évitant de critiquer leurs choix ou ceux de leurs descendants, on se prive d’une vérité essentielle : la remise en question est le moteur du progrès.Les défis qui submergent le Liban – la misère économique, les tragédies comme l’explosion du port, les blocages institutionnels – auraient peut-être pu être atténués si l’on avait exigé davantage de ceux qui dirigent.

Si l’on avait demandé, non pas un nom, mais un projet, une vision, une preuve de compétence. En se tournant vers les héritiers pour ce qu’ils représentent, plutôt que pour ce qu’ils peuvent accomplir, il y a comme une volonté de ranimer les luttes d’hier, de se complaire dans une nostalgie qui paralyse, au lieu de chercher à bâtir un avenir différent.Il est temps de tourner le regard vers ce qui compte vraiment : la compétence.

La compétence, c’est la capacité à entendre les cris d’une nation en détresse, à proposer des solutions concrètes, à travailler pour le bien commun, et non pour celui d’un clan ou d’une communauté. Ce n’est pas dans le sang, qu’il soit bleu ou ordinaire, que réside la réponse aux défis du Liban.

Ce n’est pas dans la nostalgie des grandes figures du passé – Béchir, Amine, Rafic, Walid – ni dans la sanctification de leurs héritiers que l’on trouvera la force de relever un pays.

C’est dans la capacité de ceux qui, par leur intelligence, leur intégrité, leur dévouement, peuvent tracer une voie nouvelle.Imaginez un Liban où les leaders ne sont pas choisis pour leur nom, mais pour leurs idées. Un Liban où une enseignante de Saïda, un ingénieur de Baalbeck, une entrepreneuse de Jounieh pourraient accéder aux responsabilités, non pas parce qu’ils portent un nom célèbre, mais parce qu’ils ont prouvé leur valeur. Un Liban où la politique n’est plus un héritage familial, mais un engagement au service d’une nation.

Ce Liban n’est pas une utopie lointaine, mais il demande un changement profond : celui de cesser de regarder en arrière, de cesser de porter aux nues des héritiers qui se drapent dans un legs sans toujours le mériter.Le Liban est un pays de mémoire, et c’est une richesse. Mais la mémoire ne doit pas devenir une cage. En se tournant sans cesse vers les noms du passé, vers leurs héritiers, il semble parfois que l’on veuille ressusciter une époque marquée par les conflits, les divisions, et les erreurs qui ont conduit aux crises d’aujourd’hui. Béchir, Amine, Rafic, Walid – ils ont écrit des chapitres de l’histoire, pour le meilleur et pour le pire. Mais leurs héritages, parfois lourds de fautes, ne doivent pas être sanctifiés.

Leurs héritiers, qui prétendent défendre ces legs, doivent être jugés pour leurs actes, non pour leur nom. Le Liban d’aujourd’hui a besoin de nouveaux bâtisseurs, de nouvelles idées, de leaders qui ne se contentent pas de porter un passé, mais qui inventent un avenir.Il faut oser questionner ceux qui se présentent comme des guides.

Il faut demander : quelle est leur vision pour guérir les blessures, unir les communautés, reconstruire l’avenir ? Il faut regarder au-delà du nom, au-delà de l’héritage, pour évaluer les compétences, les résultats, la vision.

Car en continuant à suivre aveuglément les héritiers, en refusant de remettre en question les legs qu’ils portent, il y a un risque de rester enchaînés à un passé qui ne peut plus guider.Le moment est venu de choisir une voie nouvelle. Que l’on se détourne de la nostalgie qui pousse à revivre les guerres et les divisions d’hier à travers les héritiers des grandes figures. Que l’on se tourne vers ceux qui, par leur travail, leur vision, leur dévouement, peuvent écrire un nouveau chapitre pour le pays.

Peu importe qu’ils s’appellent Gemayel, Hariri, Jumblatt, ou qu’ils soient des inconnus issus des quartiers de Beyrouth ou des villages du Akkar. Ce qui compte, c’est leur capacité à servir, à unir, à bâtir.La compétence doit devenir l’étoile polaire du Liban.

Elle seule peut guider hors des ombres du passé, loin des chaînes de la nostalgie et des héritages pesants, vers un avenir où le pays retrouve sa lumière. Que les noms du passé, et leurs erreurs, ne dictent plus le destin. Que l’on donne une chance à ceux qui, par leurs actes, méritent de porter les espoirs d’une nation. Car c’est dans la compétence, et non dans l’héritage, que réside la promesse d’un Liban meilleur.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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