La déclaration est brève, mais sa portée est considérable. Ce dimanche 15 mars, le ministre israélien de l’Énergie, Eli Cohen, a affirmé que l’accord maritime conclu en 2022 entre Israël et le Liban devait être annulé. Dans le contexte de guerre régionale actuelle, cette prise de position ne relève pas d’un simple commentaire politique : elle vise l’un des rares arrangements bilatéraux encore debout entre les deux pays.
L’accord de 2022, conclu le 27 octobre et enregistré à l’ONU sous le numéro 57582, avait mis fin à un long différend sur la délimitation maritime entre Israël et le Liban. Il avait été présenté à l’époque comme un mécanisme de stabilisation, permettant de clarifier l’exploitation des ressources gazières en Méditerranée orientale sans reconnaissance mutuelle formelle entre les deux États.
En demandant aujourd’hui son annulation, Eli Cohen ne remet donc pas seulement en cause un texte technique. Il s’attaque à l’un des très rares cadres qui avaient survécu à la détérioration générale de la relation israélo-libanaise. Son message, relayé par Al Jazeera, s’inscrit dans une séquence où plusieurs responsables israéliens ferment la porte à toute détente rapide avec Beyrouth et replacent la question libanaise sous un prisme exclusivement sécuritaire.
Un signal politique plus large qu’un dossier gazier
Il faut mesurer ce que signifie une telle sortie. Depuis plusieurs jours, des informations circulaient sur d’éventuels contacts ou discussions indirectes autour du Liban. Mais le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a justement démenti ce 15 mars tout pourparler imminent avec le gouvernement libanais, en exigeant d’abord des mesures concrètes contre le Hezbollah. La déclaration d’Eli Cohen vient durcir encore ce climat : non seulement il n’y aurait pas de dynamique diplomatique, mais même l’accord maritime de 2022, souvent présenté comme un précédent utile, serait désormais visé.
Autrement dit, la logique israélienne paraît se déplacer. Il ne s’agit plus seulement de dire que le Liban n’est pas un interlocuteur crédible tant qu’il ne contient pas le Hezbollah. Il s’agit aussi de suggérer que les compromis passés, même adossés à une médiation américaine et enregistrés à l’ONU, peuvent être remis sur la table si le contexte stratégique change. C’est une manière de transformer un accord de stabilisation en levier de pression.
L’un des derniers acquis de 2022 fragilisé par la guerre
L’accord maritime avait été salué en 2022 par Washington comme une percée historique censée renforcer la sécurité et la prospérité des deux parties. Le texte déposé aux Nations unies formalisait un échange de lettres entre Israël et le Liban et faisait entrer en vigueur une frontière maritime convenue entre eux. Même s’il n’avait jamais débouché sur une normalisation politique, il représentait une ligne de démarcation reconnue et un outil de désescalade autour des ressources offshore.
Le fait qu’un ministre israélien appelle maintenant à son annulation montre à quel point la guerre en cours déborde désormais les seuls fronts militaires. Après les frappes, les menaces sur le Liban-Sud, les avertissements contre le Hezbollah et le refus affiché de négociations immédiates, c’est le cadre économique et juridique de l’après-2022 qui se retrouve fragilisé. Le différend ne porterait plus seulement sur les roquettes, la frontière terrestre ou la sécurité du nord d’Israël, mais aussi sur l’architecture même des arrangements conclus avant l’escalade actuelle.
Une menace, pas encore une annulation
Il faut toutefois rester précis. À ce stade, ce qui a été rapporté, c’est un appel d’Eli Cohen à annuler l’accord, pas l’annulation effective de l’accord elle-même. Je n’ai pas trouvé, dans les sources consultées, de décision gouvernementale formelle israélienne mettant fin au texte enregistré à l’ONU. La nuance est essentielle : politiquement, le signal est fort ; juridiquement, l’accord existe toujours tant qu’une procédure officielle ne l’a pas remis en cause.
Mais même sans acte formel immédiat, l’effet est déjà réel. Une telle déclaration en pleine guerre envoie trois messages simultanés : au Liban, qu’Israël ne considère plus les arrangements passés comme intouchables ; aux médiateurs occidentaux, que le retour à la case 2022 n’est plus acquis ; et aux acteurs énergétiques, que la Méditerranée orientale redevient un espace de risque politique majeur. C’est en cela que la sortie d’Eli Cohen dépasse largement la communication du jour : elle suggère que, dans la guerre présente, Israël pourrait vouloir redéfinir non seulement le rapport de force militaire, mais aussi les règles économiques héritées de la phase précédente.
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