Trois Casques bleus ghanéens de la FINUL ont été blessés le 6 mars au soir à l’intérieur de leur base d’Al Qawzah, dans le sud-ouest du Liban, au milieu de tirs nourris. La mission de l’ONU a indiqué que le plus gravement atteint avait été transféré vers Beyrouth, tandis que les deux autres étaient soignés dans une structure médicale de la force. Un incendie s’est déclaré dans la base avant d’être éteint. La FINUL a annoncé l’ouverture d’une enquête et rappelé qu’il était « inacceptable » que des soldats de la paix chargés d’un mandat du Conseil de sécurité soient pris pour cible.
La nationalité des blessés a ensuite été confirmée. Le secrétaire général de l’ONU a parlé de « trois Casques bleus ghanéens » touchés à Al Qawzah. L’armée ghanéenne a, elle, affirmé que le quartier général de son bataillon avait été frappé par des missiles, faisant deux blessés graves. Devant le Conseil de sécurité, le chef des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a confirmé qu’un soldat ghanéen restait hospitalisé à Beyrouth dans un état sérieux mais stable, tandis que plusieurs autres soldats avaient été plus légèrement blessés.
L’incident survient dans un Liban déjà ravagé par la reprise de la guerre. Reuters rapportait le 13 mars que les frappes israéliennes avaient fait 773 morts au Liban depuis le 2 mars, tandis que l’ONU recensait plus de 800 000 déplacés. La veille, Antonio Guterres était à Beyrouth pour lancer un appel d’urgence de 325 millions de dollars en faveur du Liban.
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Une attaque que la FINUL dit susceptible de constituer un crime de guerre
Dans son communiqué du 6 mars, la FINUL va au-delà du simple constat opérationnel. Elle affirme qu’une attaque contre ses soldats constitue une grave violation du droit international humanitaire et de la résolution 1701, et qu’elle « peut constituer un crime de guerre ». Cette formulation donne à l’affaire une portée juridique et politique immédiate. Elle signifie que la mission considère qu’un seuil extrêmement grave a pu être franchi, même si l’attribution précise des tirs reste à établir.
À ce stade, la FINUL n’a pas désigné publiquement l’auteur des tirs ou des munitions qui ont frappé Al Qawzah. Jean-Pierre Lacroix a confirmé que l’enquête visait à déterminer l’origine des projectiles. Dans un contexte saturé d’accusations croisées, cette retenue reste un élément central du dossier.
Une mission déjà sous pression politique avant même l’attaque
L’incident intervient alors que l’avenir même de la FINUL est déjà compromis. En août 2025, le Conseil de sécurité a renouvelé son mandat une dernière fois jusqu’au 31 décembre 2026, avec une demande de début de retrait ordonné pendant 2027. Reuters avait alors rapporté que cette décision intervenait sous pression d’Israël et des États-Unis, qui jugeaient la mission inefficace face au Hezbollah. Le texte prévoit l’arrêt des opérations fin 2026, puis un retrait progressif dans l’année suivante.
Ce contexte compte politiquement. La FINUL est l’un des rares acteurs internationaux présents en permanence sur le terrain au sud du Liban, où elle documente les violations de la résolution 1701, les activités militaires et les incidents le long de la Ligne bleue. La mission elle-même rappelait encore en mars qu’elle avait enregistré plus de 120 projectiles tirés depuis le Liban vers Israël, sept frappes aériennes israéliennes et plus de 120 autres incidents en une seule journée. Elle reste donc un témoin institutionnel direct des violations commises dans sa zone d’opérations.
Au moment où Israël prépare une offensive terrestre
L’attaque contre Al Qawzah intervient aussi alors qu’Israël accentue sa présence militaire au sud du Liban. Reuters rapportait dès le 3 mars que l’armée israélienne avait déployé des forces supplémentaires dans le sud, et le ministre de la Défense Israel Katz annonçait avoir autorisé la prise de positions additionnelles au Liban après des tirs du Hezbollah. Reuters rappelait aussi qu’Israël occupait déjà cinq positions dans le sud libanais depuis novembre 2024.
Dans les jours suivants, Jean-Pierre Lacroix a fait état devant le Conseil de sécurité de plusieurs incursions israéliennes dans des localités libanaises, ainsi que de la présence d’un char israélien à environ sept kilomètres au nord de la Ligne bleue. Et Axios rapportait le 14 mars qu’Israël préparait une offensive terrestre beaucoup plus large, avec l’objectif de prendre le contrôle de la zone au sud du Litani et de démanteler l’infrastructure militaire du Hezbollah.
Une force de paix qui voit le front se transformer sous ses yeux
La FINUL a été créée pour observer, interposer et contribuer à empêcher une nouvelle guerre totale entre Israël et le Liban. Son mandat repose sur la résolution 1701 adoptée après la guerre de 2006. Mais l’évolution du terrain la place désormais dans une situation beaucoup plus dangereuse. Au Conseil de sécurité, Jean-Pierre Lacroix a décrit une zone où les incursions, les combats directs et les bombardements se multiplient. Dans un tel cadre, la sécurité des Casques bleus n’est plus un acquis.
C’est ce qui rend l’attaque d’Al Qawzah particulièrement lourde. La base touchée ne se trouvait pas à la marge du théâtre d’opérations, mais au cœur même d’une zone devenue active. L’armée ghanéenne a parlé d’attaques de missiles contre le quartier général de son bataillon. La FINUL a confirmé l’existence de blessés, d’un incendie et de dommages à l’intérieur de la base.
Israël pousse à la fin de la FINUL, mais aucun lien n’est établi à ce stade avec la frappe
Deux faits coexistent désormais. D’un côté, Israël a poussé avec les États-Unis pour obtenir la fin programmée du mandat de la FINUL en 2027. De l’autre, la mission reste l’un des rares témoins internationaux directs des violations commises dans le sud du Liban, y compris celles attribuées à Israël et au Hezbollah. Ces deux éléments nourrissent inévitablement les soupçons et les lectures politiques autour d’Al Qawzah.
Mais, sur le plan strictement journalistique, un point doit être tenu : aucun élément public produit jusqu’ici par la FINUL ou par l’ONU ne permet d’affirmer que la base a été frappée pour “éliminer un témoin”. Ce qui est établi, en revanche, c’est que la mission documente les violations sur le terrain, qu’Israël a plaidé pour sa sortie, et qu’au moment de l’attaque, l’armée israélienne renforçait sa présence au sud du Liban en vue d’une offensive terrestre plus large.
Une séquence qui affaiblit encore le cadre de 1701
La résolution 1701 devait empêcher le sud du Liban de redevenir un front incontrôlable. Or l’attaque contre Al Qawzah, les incursions israéliennes signalées par l’ONU, la montée des frappes et les combats directs montrent que ce cadre s’effrite rapidement. Lorsque des Casques bleus sont blessés à l’intérieur de leur base, c’est toute l’architecture de surveillance et de désescalade qui se trouve fragilisée.
Pour la FINUL, l’enjeu immédiat est désormais double : établir l’origine de la frappe et continuer à opérer dans une zone où sa sécurité n’est plus garantie. Pour le Liban, l’incident s’ajoute à un bilan humain déjà très lourd, alors que la guerre a franchi le seuil des 773 morts et des 800 000 déplacés.



