Le Liban traverse une crise sanitaire d’une ampleur sans précédent, où les effets combinés de la pandémie de COVID-19, de l’effondrement économique et du conflit en cours avec Israël mettent à genoux un système de santé autrefois réputé dans la région. Les infrastructures détruites, l’exode des professionnels de santé, les pénuries de médicaments et les déplacements massifs de populations forment un cocktail explosif, rendant l’accès aux soins de plus en plus difficile pour des millions de Libanais.
Des infrastructures médicales en ruines
Le conflit avec Israël a gravement endommagé plusieurs infrastructures médicales, particulièrement dans les zones frontalières du sud du Liban. Les frappes aériennes ont détruit trois hôpitaux majeurs à Khiyam, Deir Mimas et Aalma, selon Al Akhbar. Ces établissements, essentiels pour la prise en charge des populations locales, sont désormais hors service. À cela s’ajoute la destruction de routes et de ponts, ce qui complique encore davantage l’acheminement des fournitures médicales vers les zones touchées.
Les coupures d’électricité généralisées aggravent la situation. An-Nahar rapporte que les hôpitaux publics, déjà sous-financés, peinent à faire fonctionner leurs équipements vitaux. Les générateurs, souvent vétustes, ne suffisent pas à maintenir les services de soins intensifs ou les salles d’opération en activité.
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Le poids de la guerre sur les déplacés
Le conflit a provoqué un déplacement massif de la population, avec plus de 200 000 personnes contraintes de quitter leurs foyers, selon Al Sharq Al-Awsat. Ces populations déplacées, souvent hébergées dans des écoles ou des bâtiments publics, vivent dans des conditions précaires, sans accès à des soins médicaux adaptés. Les ONG présentes sur le terrain alertent sur le risque d’épidémies dans ces abris temporaires, faute de conditions d’hygiène suffisantes et d’eau potable.
Parmi les déplacés, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques sont particulièrement vulnérables. Al Joumhouria souligne que de nombreuses femmes ont dû accoucher sans assistance médicale en raison de l’impossibilité d’atteindre les hôpitaux fonctionnels.
Un système de santé déjà fragilisé par la crise économique
Bien avant le début du conflit actuel, le système de santé libanais était déjà à bout de souffle à cause de l’effondrement économique. La dévaluation de la livre libanaise a rendu les médicaments inaccessibles pour une grande partie de la population. An-Nahar estime que 70 % des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, rendant même les traitements de base inabordables.
Les hôpitaux privés, qui représentaient une part importante de l’offre de soins, ont réduit leurs services ou exigent des paiements en dollars. Cette politique exclut les segments les plus vulnérables de la population. Al Akhbar souligne que plusieurs cliniques rurales ont également fermé leurs portes, aggravant l’inégalité d’accès aux soins entre les régions.
L’impact prolongé de la pandémie de COVID-19
La pandémie de COVID-19, bien que moins virulente qu’à son apogée, continue de laisser des séquelles importantes. La campagne de vaccination, mal organisée et sous-financée, a stagné à un taux de couverture de 35 %, selon Al Sharq Al-Awsat. Dans les régions frontalières, ce chiffre tombe à moins de 20 %, exposant les communautés rurales à un risque accru de nouvelles vagues épidémiques.
Les hôpitaux publics, souvent les seuls établissements accessibles, ont été submergés par les vagues successives de patients COVID-19. À Zahlé, les urgences ont dû fermer temporairement par manque de personnel, tandis que les soins intensifs restent saturés, même après une diminution des cas critiques, rapporte Al Joumhouria.
L’exode des professionnels de santé
L’une des conséquences les plus graves de la crise est l’exode massif des médecins et infirmiers. Depuis 2020, plus de 40 % des professionnels de santé ont quitté le pays pour chercher de meilleures opportunités à l’étranger, selon Al Akhbar. Cette fuite des cerveaux a laissé les hôpitaux libanais en sous-effectif, ralentissant les traitements et augmentant les délais d’attente pour des interventions vitales.
Dans les zones touchées par les bombardements, cette pénurie est particulièrement dramatique. Certains hôpitaux fonctionnent avec des équipes réduites, incapables de répondre aux besoins croissants. Les ONG tentent de combler ces lacunes en déployant des cliniques mobiles, mais leurs efforts sont limités par le manque de financements et les conditions de sécurité précaires.
Les campagnes de vaccination interrompues
Le conflit a également perturbé les campagnes de vaccination contre des maladies telles que la rougeole et la polio. Al Sharq rapporte que plusieurs centres de vaccination ont été fermés ou détruits, laissant des milliers d’enfants sans protection contre des maladies évitables. Ces interruptions, combinées aux déplacements massifs, augmentent le risque d’épidémies dans les zones les plus vulnérables.
Les ONG en première ligne
Face à l’effondrement des services publics, les ONG jouent un rôle vital pour répondre aux besoins immédiats. Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge libanaise et d’autres organisations locales fournissent des soins gratuits et distribuent des médicaments dans les régions les plus touchées. An-Nahar mentionne également des initiatives internationales, comme celle de l’OMS, qui envoie des cargaisons de fournitures médicales d’urgence.
Cependant, ces efforts restent largement insuffisants face à l’ampleur de la crise. Al Akhbar note que de nombreux déplacés n’ont toujours pas accès à des soins adéquats en raison de l’insécurité sur les routes et des difficultés logistiques.
Un impact psychologique préoccupant
Les effets psychologiques de la guerre et des crises successives sont alarmants. Les populations déplacées souffrent de troubles post-traumatiques, exacerbés par la perte de leurs foyers et l’incertitude quant à leur avenir. Selon Al Sharq, les enfants, en particulier, montrent des signes croissants d’anxiété et de dépression.
Malgré cela, les services de santé mentale restent quasi inexistants, faute de financement et de personnel. Les ONG offrent un soutien psychologique limité, mais ces initiatives ne peuvent compenser les lacunes structurelles du système de santé libanais.
Perspectives pour la santé publique
Pour éviter un effondrement total du système de santé, des mesures urgentes sont nécessaires. Les experts cités par Al Joumhouria appellent à une mobilisation internationale accrue, incluant des financements pour la reconstruction des infrastructures et le renforcement des capacités des hôpitaux publics. L’OMS propose également des programmes de formation pour combler les déficits en personnel médical.
En s’inspirant d’autres pays confrontés à des crises similaires, comme la Jordanie, le Liban pourrait mettre en œuvre des réformes structurelles pour stabiliser son système de santé. Cependant, ces efforts nécessitent une volonté politique qui fait actuellement défaut.
Références :
- An-Nahar, rapport PDF fourni, 25 novembre 2024.
- Al Akhbar, rapport PDF fourni, 25 novembre 2024.
- Al Sharq Al-Awsat, rapport PDF fourni, 25 novembre 2024.
- OMS, rapports en ligne sur les crises sanitaires en zones de conflit.
- Médecins Sans Frontières, actualités sur leurs opérations au Liban.



