Plus d’un demi-million de personnes confrontées à des conditions de vie « catastrophiques » dans l’enclave palestinienne, selon un rapport onusien accablant.
Une famine historique au Moyen-Orient
Le 22 août 2025, l’Organisation des Nations unies a officiellement décrété l’état de famine dans la bande de Gaza, une première dans l’histoire du Moyen-Orient. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), soutenu par l’ONU, plus de 500 000 personnes se trouvent en situation de détresse alimentaire « catastrophique », marquées par une privation alimentaire extrême, une malnutrition aiguë et des décès liés à la faim. Ce constat, qualifié de « scandale moral » par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, survient après près de deux ans d’un conflit dévastateur qui a aggravé une crise humanitaire déjà critique dans cette enclave de 365 km², où s’entassent plus de deux millions d’habitants.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Un rapport accablant de l’IPC
Publié le 22 août 2025, le rapport de l’IPC confirme que la famine sévit dans le gouvernorat de Gaza, englobant la ville de Gaza et ses environs, soit environ 20 % de l’enclave. Les experts estiment que cette situation s’étendra d’ici fin septembre aux gouvernorats de Deir el-Balah (centre) et de Khan Younès (sud), couvrant ainsi les deux tiers du territoire. Une famine est déclarée lorsque trois seuils sont atteints : 20 % des foyers souffrent d’un manque extrême de nourriture, 30 % des enfants de moins de cinq ans sont en malnutrition aiguë, et au moins deux personnes sur 10 000 meurent quotidiennement de faim ou de maladies liées. Ces critères sont désormais remplis dans le gouvernorat de Gaza, et les conditions dans le nord seraient « tout aussi graves, voire pires », bien que le manque de données empêche une évaluation complète.
Une crise alimentaire liée au conflit
La famine est indissociable de l’escalade du conflit israélo-palestinien, déclenché par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a fait 1 219 morts, majoritairement des civils, selon l’Agence France-Presse. En réponse, Israël a lancé une offensive militaire d’envergure à Gaza, causant, selon le ministère de la Santé du Hamas, jugé fiable par l’ONU, au moins 62 192 morts, principalement des civils. Ce conflit a provoqué des déplacements massifs, la destruction de 87 % du territoire et l’effondrement des infrastructures essentielles, notamment les systèmes de santé, d’eau et d’assainissement. Environ 98 % des terres agricoles sont inaccessibles ou détruites, rendant la population presque entièrement dépendante de l’aide humanitaire.
L’obstruction de l’aide humanitaire
Le rapport de l’IPC et des responsables onusiens, dont Tom Fletcher, chef de la coordination des affaires humanitaires, pointent « l’obstruction systématique » d’Israël comme cause principale de la famine. Depuis mars 2025, Israël a imposé un blocus quasi-total sur l’aide humanitaire, avant d’autoriser fin mai des convois limités, insuffisants face aux besoins. L’ONU estime que 62 000 tonnes d’aide alimentaire mensuelles sont nécessaires, mais les quantités acheminées restent dérisoires. Tom Fletcher a dénoncé une situation où « la nourriture s’accumule aux frontières » en raison des restrictions israéliennes, qualifiant cette famine de « catastrophe d’origine humaine ».
Une malnutrition aiguë galopante
La malnutrition, notamment chez les enfants, atteint des niveaux alarmants. En juillet 2025, plus de 12 000 enfants de moins de cinq ans ont été diagnostiqués en malnutrition aiguë, un record depuis le début du conflit. Le nombre d’enfants risquant de mourir de malnutrition d’ici juin 2026 a triplé depuis mai 2025, passant de 14 100 à 43 400. Les nourrissons n’ont plus accès à l’eau potable, aux substituts du lait maternel ou à une alimentation thérapeutique, et moins de 15 % des services de traitement nutritionnel sont opérationnels. Catherine Russell, directrice de l’UNICEF, décrit des enfants « émaciés, trop faibles pour pleurer » et des bébés mourant de maladies évitables. Les femmes enceintes et allaitantes sont aussi durement touchées, avec un triplement des cas de malnutrition et un bébé sur cinq naissant prématurément ou sous-poids.
La réponse israélienne
Israël conteste ces conclusions, dénonçant un rapport « biaisé » et « basé sur les mensonges du Hamas ». Le ministère des Affaires étrangères affirme qu’« il n’y a pas de famine à Gaza » et accuse l’IPC de modifier ses critères. Le COGAT, chargé des affaires civiles dans les territoires occupés, soutient que 300 camions d’aide entrent quotidiennement, mais les ONG, comme Médecins sans frontières, jugent ces efforts insuffisants, les restrictions rendant la distribution dangereuse et limitée.
Un possible crime de guerre
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains, a qualifié l’utilisation de la famine comme méthode de guerre de « crime de guerre », les décès pouvant relever d’un « homicide volontaire ». António Guterres a exigé un cessez-le-feu immédiat, la libération des 49 otages encore détenus par le Hamas (dont 27 présumés morts selon l’armée israélienne) et un accès humanitaire sans entrave. Les agences onusiennes, dont l’UNICEF, l’OMS, le PAM et la FAO, appellent à une réponse humanitaire massive.
Une situation militaire complexe
La crise alimentaire coïncide avec une escalade militaire. Le 21 août 2025, Israël a approuvé un assaut sur la ville de Gaza, avec le rappel de 60 000 réservistes. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé de « transformer Gaza en champ de ruines » si le Hamas ne se plie pas aux conditions israéliennes, incluant la libération des otages et le désarmement. Parallèlement, Benyamin Netanyahou a annoncé des négociations pour un cessez-le-feu, avec une proposition de trêve de 60 jours et un échange d’otages contre des prisonniers palestiniens. Les bombardements et ordres d’évacuation compliquent toutefois l’acheminement de l’aide.
Les obstacles à l’aide humanitaire
Outre les restrictions israéliennes, le Hamas est accusé par Israël de détourner l’aide, ce que le mouvement nie. Les agences onusiennes rapportent que la distribution est rendue périlleuse par les combats, les routes endommagées et le manque de carburant. Jean-Guy Vataux, de Médecins sans frontières, note que « toutes les capacités de production alimentaire à Gaza ont été détruites ». Malgré une pause humanitaire en mai, les convois restent bloqués ou insuffisants.
Une catastrophe en expansion
L’IPC prévoit que d’ici fin septembre 2025, plus de 640 000 personnes pourraient atteindre le niveau 5 de l’insécurité alimentaire (famine), et un million d’autres le niveau 4 (urgence). Ces projections concernent les gouvernorats de Gaza, Deir el-Balah et Khan Younès, abritant environ 2 millions d’habitants. L’ONU craint que l’intensification militaire n’aggrave la situation, rendant l’évacuation impossible pour les plus vulnérables, comme les enfants malnutris, les personnes âgées et les handicapés.
Réactions internationales
La déclaration de famine suscite des réactions contrastées. David Lammy, ministre britannique des Affaires étrangères, parle de « scandale moral », et un sondage Ipsos indique que 65 % des Américains soutiennent une aide accrue. Donald Trump a reconnu une responsabilité israélienne, tout en nuançant. Des voix pro-israéliennes, comme l’ambassadeur américain Mike Huckabee, minimisent la crise, mettant en avant les otages du Hamas. Les agences onusiennes appellent à un cessez-le-feu, à la levée des restrictions et à la relance des importations commerciales pour rétablir les marchés locaux.



