Le Premier ministre Nawaf Salam a reçu le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Saïd, pour examiner les effets économiques et monétaires de la guerre en cours. Au même moment, le président des organismes économiques, Mohammad Choucair, a publié une série de chiffres faisant état d’un fort recul de l’activité dans la plupart des secteurs, du commerce à l’hôtellerie, en passant par l’industrie, l’agriculture et les services.
Nawaf Salam évoque les conséquences financières de la guerre
Le Premier ministre Nawaf Salam a rencontré le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Saïd, dans le cadre d’un échange consacré aux répercussions économiques de la guerre en cours au Liban. Selon les informations communiquées à l’issue de l’entretien, les discussions ont porté sur les effets généraux du conflit sur l’économie nationale, ainsi que sur ses retombées financières et monétaires.
Au cours de la réunion, le gouverneur a présenté au chef du gouvernement l’ensemble des mesures de précaution prises par la Banque du Liban. Ces dispositions visent, selon les termes rapportés, à assurer la continuité de la liquidité dans le système financier et bancaire et à préserver la stabilité monétaire dans les circonstances actuelles.
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Cette séquence place la question monétaire au premier rang des priorités publiques, alors que la guerre accentue la pression sur l’activité, sur les recettes et sur les équilibres financiers du pays. La réunion entre le Premier ministre et le gouverneur intervient ainsi dans un contexte où les autorités cherchent à éviter toute déstabilisation supplémentaire du système bancaire et du marché.
La Banque du Liban met en avant la continuité de la liquidité
L’entretien entre Nawaf Salam et Karim Saïd a été centré sur les instruments de réponse immédiate disponibles face aux effets du conflit. Le gouverneur a indiqué que la Banque du Liban avait pris des mesures préventives pour garantir la poursuite de la liquidité dans le système financier et bancaire.
L’objectif affiché est double. D’une part, maintenir le fonctionnement du circuit monétaire malgré la guerre. D’autre part, contenir les risques susceptibles d’affecter la stabilité monétaire du pays dans une période de forte tension. Les autorités monétaires mettent ainsi l’accent sur la continuité opérationnelle, alors que les perturbations sécuritaires pèsent directement sur l’économie réelle.
La réunion ne s’est pas accompagnée de nouvelles annonces chiffrées sur les réserves, sur les marchés ou sur les instruments mobilisés. Mais elle confirme que l’exécutif et la banque centrale suivent de près les effets du conflit sur les conditions financières générales.
Mohammad Choucair publie des chiffres jugés alarmants
Dans un communiqué diffusé le même jour, le président des organismes économiques et ancien ministre Mohammad Choucair a alerté sur les « graves risques » qui menacent l’économie nationale dans les secteurs public et privé en raison de la guerre en cours.
Il a indiqué que, selon les chiffres recueillis auprès des présidents de syndicats et d’associations économiques, le ralentissement des affaires touche la plupart des secteurs. Il a également souligné que l’administration publique était presque paralysée dans de larges zones du Liban, jusqu’à Beyrouth, et que la principale difficulté résidait dans la pression supplémentaire exercée sur les finances publiques, avec une hausse des dépenses et une baisse des recettes.
Mohammad Choucair a averti que la poursuite de la guerre et son prolongement conduiraient inévitablement à la fermeture de centaines d’entreprises et à la perte de milliers d’emplois, avec un risque d’aggravation de la crise sociale et économique. Il a aussi dit craindre un retour de l’économie libanaise dans une spirale de crises et d’effondrement.
Un recul de 50 % dans le commerce et l’industrie
Les chiffres avancés par Mohammad Choucair dressent le tableau d’un net ralentissement multisectoriel. Selon les données qu’il a présentées, le secteur commercial enregistre une baisse d’activité d’environ 50 %. Cette contraction s’explique par un recul des ventes de biens non essentiels compris entre 60 % et 80 %, tandis que la demande pour les produits de base reste proche de niveaux quasi normaux.
Le secteur industriel connaît lui aussi une baisse estimée à 50 %. Cette évolution est attribuée à l’arrêt de certaines unités de production dans le Sud, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans des zones de la Békaa. Le communiqué mentionne également les effets de l’interruption des exportations vers les pays du Golfe et de la baisse de la demande pour les biens non essentiels sous l’effet de la guerre.
Dans l’agriculture, la baisse d’activité est estimée à 40 %. Ce recul est lié à l’arrêt de la production dans de vastes zones du Sud et dans une large partie de la Békaa, ainsi qu’à la suspension des exportations agricoles vers les marchés du Golfe.
Hôtellerie, restauration et tourisme en chute
Les secteurs liés au tourisme et aux loisirs figurent parmi les plus durement touchés dans les chiffres publiés. Selon Mohammad Choucair, les hôtels enregistrent une forte baisse de leur taux d’occupation, dans un contexte marqué par l’absence de tourisme entrant et l’annulation de nombreuses réservations. Le taux d’occupation des établissements hôteliers se situerait entre 10 % et 15 %.
Le secteur de la restauration accuse, lui, un recul d’environ 90 %, en raison d’une forte chute de la fréquentation des restaurants et des cafés. Quant aux établissements de nuit, leur activité est décrite comme quasiment inexistante dans les conditions sécuritaires actuelles.
Les agences de voyage et les bureaux de tourisme affichent, selon les mêmes chiffres, une baisse d’activité proche de 80 %. L’essentiel de leur travail serait désormais limité à l’annulation ou à la modification des réservations existantes.
Services, location de voitures et immobilier également touchés
Le ralentissement dépasse les seuls secteurs du commerce et du tourisme. Mohammad Choucair fait état d’un recul compris entre 40 % et 50 % dans les services. Il évoque aussi une chute de plus de 95 % dans la location de voitures, l’un des indicateurs les plus marqués de son relevé sectoriel.
Le secteur immobilier apparaît également à l’arrêt. Le communiqué fait état d’une quasi-paralysie des ventes, en raison d’une absence presque totale de la demande. Ce gel du marché immobilier s’ajoute au coup d’arrêt plus général observé dans d’autres branches de l’économie.
Pris ensemble, ces chiffres décrivent une économie fortement ralentie dans la plupart de ses composantes, avec des effets simultanés sur la consommation, la production, les exportations, les déplacements et l’investissement.
Appel à l’arrêt de la guerre et au soutien aux institutions
En conclusion de son communiqué, Mohammad Choucair a appelé à un arrêt immédiat de la guerre, à la remise des armes à l’État libanais et à un soutien total aux institutions constitutionnelles et légales. Il a également plaidé pour un appui au rôle de l’armée libanaise dans la préservation de la paix civile, de la sécurité et de la stabilité, ainsi que dans l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Entre la réunion de Nawaf Salam avec le gouverneur de la Banque du Liban et l’alerte lancée par les organismes économiques, la journée a été marquée par une double séquence sur le front économique: d’un côté, la volonté officielle de préserver la liquidité et la stabilité monétaire; de l’autre, la publication de données faisant apparaître un ralentissement prononcé dans la quasi-totalité des secteurs productifs et de services.


