Washington arme le Golfe et refuse, pour l’heure, toute troupe au sol
Donald Trump a assuré jeudi qu’il ne « déployait pas de troupes » en Iran, tout en maintenant une ligne de fermeté maximale contre Téhéran et en annonçant, dans le même mouvement, de nouvelles ventes d’armes de plus de 16 milliards de dollars aux Émirats arabes unis et au Koweït. Le président américain a aussi laissé apparaître une nuance rare à l’égard de Benyamin Netanyahou, en affirmant que les efforts américains et israéliens étaient coordonnés, mais que le Premier ministre israélien faisait parfois « des choses » qu’il n’aimait pas.
Cette séquence intervient alors que la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran entre dans une phase plus instable, marquée par l’attaque israélienne contre le champ gazier de South Pars, la riposte iranienne contre des installations énergétiques du Golfe, et une montée des interrogations à Washington sur la durée, le coût et l’utilité politique de l’engagement américain. Le Qatar a affirmé jeudi que l’attaque iranienne contre son site gazier montrait que Téhéran ne visait pas seulement des intérêts américains, tandis que Doha a averti que les dégâts auraient de lourdes répercussions sur l’approvisionnement énergétique mondial.
Trump ferme la porte à un engagement terrestre immédiat
Interrogé à la Maison-Blanche aux côtés de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, Donald Trump a assuré qu’aucun déploiement terrestre américain n’était en cours en Iran. Cette déclaration tranche avec ses propos plus ambigus du début du mois, lorsqu’il n’avait pas exclu l’idée d’envoyer ultérieurement des troupes au sol pour sécuriser des installations ou des matières sensibles. Le 7 mars, il disait encore qu’une telle option restait « possible » s’il existait une « très bonne raison », avant d’ajouter que cela ne se ferait pas « maintenant », mais peut-être « plus tard ».
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Le changement de ton est notable. Cette fois, Donald Trump a choisi une formule plus catégorique, même s’il l’a aussitôt enveloppée de prudence en lançant que, si tel était le cas, il ne le dirait pas publiquement. Ce glissement alimente l’idée d’une présidence qui ajuste son discours au gré du rapport de force militaire, du débat intérieur américain et de la pression de ses alliés régionaux. Il permet aussi à la Maison-Blanche de tenter de rassurer une partie de sa base politique, rétive à l’idée d’une nouvelle guerre terrestre américaine au Moyen-Orient.
Les critiques montent dans le camp trumpiste
La ligne suivie par la Maison-Blanche suscite désormais des remous jusque dans l’entourage idéologique de Donald Trump. L’Associated Press a rapporté jeudi la démission de Joe Kent, ancien directeur du Centre national de contre-terrorisme, qui a expliqué avoir quitté ses fonctions à cause de la guerre contre l’Iran. Lors d’un entretien diffusé le 18 mars, il a affirmé que lui-même et d’autres responsables n’avaient pas été autorisés à exposer leurs réserves directement au président avant les frappes. Il a aussi accusé Israël d’avoir fortement pesé sur la décision américaine, dans un climat de pressions politiques et médiatiques.
Cette démission donne un visage concret à une critique plus large, déjà visible chez plusieurs figures de la droite isolationniste américaine, qui reprochent à Donald Trump d’avoir laissé Israël entraîner les États-Unis dans une guerre qu’il avait longtemps promis d’éviter. Le reproche n’est plus seulement formulé par les adversaires démocrates de la guerre. Il traverse désormais une partie du camp trumpiste lui-même, ce qui fragilise politiquement la Maison-Blanche au moment où le conflit s’enlise et où son coût financier augmente.
Une coordination avec Israël, mais des réserves de plus en plus visibles
C’est dans ce contexte que la phrase de Donald Trump sur Benyamin Netanyahou prend un relief particulier. En reconnaissant que la coordination existe, tout en ajoutant que le dirigeant israélien prend parfois des initiatives qu’il n’apprécie pas, le président américain laisse entrevoir une tension croissante entre les deux capitales sur la conduite de la guerre. La divergence ne porte pas nécessairement sur l’objectif immédiat de pression maximale contre l’Iran, mais sur la manière de calibrer l’escalade, sa durée et ses effets sur les intérêts américains.
Depuis plusieurs jours, la Maison-Blanche tente d’éviter d’apparaître totalement arrimée au calendrier israélien. Donald Trump a ainsi tenu à préciser qu’Israël avait frappé South Pars sans implication américaine ni qatarie, tout en avertissant l’Iran de ne pas riposter contre le Qatar. Cette mise au point visait à dissocier Washington d’une opération qui a accéléré la guerre de l’énergie dans le Golfe, provoqué des dégâts majeurs à Ras Laffan et accru la pression sur les marchés mondiaux.
Le Golfe renforcé par de nouvelles ventes d’armes
Dans le même temps, Washington consolide son dispositif régional. Les États-Unis ont annoncé jeudi avoir approuvé des ventes d’armes de plus de 16 milliards de dollars aux Émirats arabes unis et au Koweït, deux pays directement exposés aux retombées militaires et énergétiques de la guerre. Cette décision s’inscrit dans une stratégie de sécurisation du Golfe alors que l’Iran poursuit ses frappes de missiles et de drones contre des intérêts américains et des infrastructures civiles dans les monarchies voisines.
L’annonce confirme que Washington entend continuer à armer ses partenaires régionaux même s’il exclut, pour l’instant, un engagement terrestre direct en Iran. Autrement dit, les États-Unis refusent de parler de troupes au sol, mais approfondissent la militarisation de leur environnement régional. Ce choix permet à Donald Trump de soutenir la guerre sans endosser, à ce stade, le coût politique d’une intervention terrestre américaine ouverte.
Le Japon cité, l’Otan égratignée
Donald Trump a également profité de l’occasion pour affirmer que le Japon « montait au créneau » face à l’Iran, disant avoir obtenu des garanties de Tokyo, sans en préciser le contenu. En ajoutant, après une pause, « pas comme l’Otan », il a une nouvelle fois glissé une critique contre l’Alliance atlantique, fidèle à une rhétorique qui lui permet de valoriser certains partenaires asiatiques tout en maintenant la pression sur les alliés européens. Cette remarque montre que la guerre contre l’Iran reste aussi, dans son discours, un instrument de politique intérieure et de hiérarchisation des alliances.
Une présidence entre escalade militaire et prudence politique
À ce stade, la ligne de Donald Trump apparaît double. Sur le terrain, l’administration américaine continue d’armer le Golfe, de coordonner ses efforts avec Israël et de durcir la pression sur l’Iran. Sur le plan politique, elle tente de se ménager une marge de manœuvre en excluant officiellement, pour l’instant, l’envoi de troupes au sol et en laissant filtrer des réserves sur certaines initiatives de Benyamin Netanyahou.
Cette ambiguïté traduit la difficulté croissante de la Maison-Blanche à tenir ensemble deux récits. Le premier est celui de la fermeté absolue contre Téhéran. Le second est celui d’un président qui ne veut pas apparaître prisonnier d’une guerre longue imposée de l’extérieur, ni d’un allié israélien de plus en plus accusé, y compris dans la droite américaine, d’avoir entraîné Washington dans une escalade qu’une partie de son propre camp n’avait jamais voulue.



