vendredi, janvier 23, 2026

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Homicides non élucidés : une hausse alarmante liée au désengagement sécuritaire

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Augmentation des affaires non résolues depuis 2024

Depuis janvier 2024, le nombre d’affaires d’homicides non élucidées a enregistré une hausse de 27 %, une évolution jugée préoccupante par plusieurs observateurs du secteur judiciaire. Cette progression est d’autant plus marquante qu’elle survient dans un contexte d’apparente désorganisation des services de sécurité. Les statistiques disponibles indiquent une baisse sensible du taux de résolution des crimes, notamment dans les zones périphériques et rurales.

Plusieurs unités d’enquête de la police judiciaire ont signalé un ralentissement dans la conduite des investigations, en partie en raison d’un manque de moyens logistiques. Les délais d’intervention, les expertises balistiques et les reconstitutions de scènes de crime sont devenus plus rares, faute de ressources. Certains services manquent même de carburant pour effectuer les déplacements nécessaires aux auditions et perquisitions.

Les zones les plus touchées par ce phénomène sont le nord du pays, la Békaa et certains quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, où les homicides sont souvent liés à des différends familiaux, des règlements de comptes ou des affaires de trafic. Le taux d’élucidation y est tombé sous les 30 %, contre 45 à 50 % en moyenne nationale l’année précédente.

Retrait progressif des forces de sécurité

L’un des facteurs centraux de cette détérioration est le désengagement progressif des forces de sécurité. Le non-paiement régulier des soldes des militaires et des policiers a entraîné une démotivation croissante dans les rangs. De nombreux agents, notamment dans les brigades mobiles et les unités spécialisées, ont réduit leurs heures de service, voire suspendu leurs missions les plus risquées.

Ce désengagement se manifeste aussi dans la gestion quotidienne des postes de police. Certains commissariats fonctionnent en mode réduit, n’ouvrant que quelques heures par jour ou suspendant les patrouilles nocturnes. Dans les régions éloignées, l’absence de présence policière régulière a conduit à une recrudescence de la violence de droit commun.

Les syndicats internes de la sécurité ont alerté à plusieurs reprises les autorités sur l’impact de cette situation. Ils réclament non seulement le versement régulier des salaires mais aussi une revalorisation des indemnités de mission et une protection juridique renforcée pour les agents exerçant dans des zones à haut risque.

Conséquences judiciaires et saturation des tribunaux

Le ralentissement des enquêtes policières a des répercussions directes sur le système judiciaire. Les parquets régionaux sont confrontés à une accumulation de dossiers en attente d’éléments probants. Les juges d’instruction, en l’absence de rapports d’enquête complets, sont contraints de reporter les audiences ou de classer temporairement certaines affaires.

Ce phénomène engendre une saturation des juridictions pénales et un engorgement des prisons préventives. Des suspects placés en détention provisoire doivent être libérés faute d’instruction suffisante dans les délais légaux. Cette situation fragilise la crédibilité de la chaîne judiciaire et alimente un sentiment d’impunité dans certaines franges de la population.

Les magistrats spécialisés dans le pénal plaident pour une réforme structurelle du lien entre police et justice. Ils appellent à la création d’équipes mixtes, dotées d’un statut autonome et de moyens propres, pour gérer les affaires les plus graves. Une telle évolution suppose un engagement budgétaire que le gouvernement peine à assumer dans le contexte actuel.

Perception publique et montée de l’autodéfense

Face à la multiplication des affaires non résolues, un climat d’insécurité diffuse s’installe dans plusieurs régions. La population, en particulier dans les zones rurales et les quartiers populaires, manifeste une méfiance croissante à l’égard des autorités. Des comités de quartier, parfois armés, se constituent pour assurer la surveillance locale ou enquêter eux-mêmes sur certains incidents.

Cette tendance à l’autodéfense, bien que marginale, traduit une perte de confiance dans les institutions régaliennes. Des cas d’intimidation, de représailles ou d’arrestations illégales ont été signalés dans plusieurs communes, suscitant des inquiétudes sur une dérive vers la justice privée.

Les autorités religieuses et municipales tentent de jouer un rôle de médiation, notamment dans les conflits familiaux ou communautaires qui dégénèrent. Elles organisent des cercles de dialogue et encouragent la résolution amiable des différends. Ces efforts, bien que louables, ne peuvent se substituer à un appareil judiciaire et sécuritaire opérationnel.

Appels à une réforme urgente du système de sécurité

Le consensus se renforce au sein de la société civile et des milieux professionnels sur la nécessité d’une réforme d’urgence du secteur sécuritaire. Il ne s’agit pas seulement de restaurer les capacités opérationnelles des forces de l’ordre, mais aussi de moderniser les méthodes d’investigation, d’informatisation des plaintes et de coordination interservices.

Plusieurs propositions ont été formulées : création d’une force de police judiciaire spécialisée, renforcement des laboratoires criminels, augmentation des effectifs d’enquêteurs et redéploiement stratégique des unités sur le territoire. Ces recommandations nécessitent un soutien politique fort et une programmation budgétaire pluriannuelle.

L’absence de réaction rapide risque de creuser davantage l’écart entre les besoins de sécurité des citoyens et la capacité de l’État à y répondre. La poursuite de cette tendance pourrait accentuer les phénomènes de violence, d’impunité et de fragmentation sociale.

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Newsdesk Libnanews
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