Alors que la France s’apprête à reconnaître l’État de Palestine lors d’une conférence prévue en juin prochain, les autorités israéliennes expriment des réserves majeures et multiplient les avertissements quant aux conséquences potentielles de cette décision. La réaction israélienne reflète une profonde inquiétude face à ce qu’elles considèrent comme un bouleversement dans l’équilibre diplomatique du Proche-Orient. Confronté à une montée du soutien international à la cause palestinienne, Israël déploie une stratégie multidimensionnelle pour contrer cette dynamique, mêlant diplomatie, fermeté militaire et mobilisation intérieure.
Une inquiétude diplomatique croissante
Une menace pour l’équilibre régional
Le gouvernement israélien, confronté à une intensification du soutien international en faveur de la Palestine, redoute que cette reconnaissance n’encourage davantage les mouvements palestiniens à durcir leurs positions. Les responsables israéliens estiment que ce geste diplomatique de la France pourrait être perçu comme une récompense pour les actions violentes menées depuis Gaza et la Cisjordanie. Ils craignent ainsi une aggravation des tensions sur le terrain, alors que les combats font déjà rage dans la bande de Gaza.
Cette perception s’inscrit dans une longue tradition israélienne : toute reconnaissance unilatérale de la Palestine est vue comme une remise en cause du principe selon lequel un accord final doit résulter de négociations bilatérales. « Nous ne pouvons accepter que des décisions extérieures sapent notre sécurité », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères le 9 avril, une position relayée par les médias locaux. Pour Tel-Aviv, l’initiative française risque de marginaliser sa voix dans le processus de paix.
Un effet domino redouté
Les dirigeants israéliens s’inquiètent par ailleurs de l’effet domino que pourrait entraîner la décision française. Tel-Aviv redoute que d’autres pays européens suivent l’exemple de Paris, ce qui renforcerait la position diplomatique de la Palestine sur la scène internationale. Cette éventualité incite Israël à multiplier les démarches auprès des chancelleries européennes pour tenter de dissuader d’éventuelles reconnaissances supplémentaires. Les autorités israéliennes espèrent ainsi freiner une dynamique qui, à leurs yeux, pourrait nuire à la sécurité et à la stabilité régionale.
Depuis 2024, des pays comme l’Irlande, la Norvège, l’Espagne et la Slovénie ont reconnu la Palestine, portant à plus de 160 le nombre d’États soutenant cet État, selon des estimations récentes de l’ONU. Si la France, cinquième puissance mondiale et membre permanent du Conseil de sécurité, rejoint ce mouvement, d’autres pourraient emboîter le pas, comme la Belgique ou le Portugal, où des débats similaires sont en cours.
Une situation militaire tendue
Opérations intensives à Gaza
La perception israélienne de la reconnaissance française s’inscrit dans un contexte où les forces israéliennes poursuivent leurs opérations militaires intensives à Gaza. Ces opérations ont provoqué des pertes humaines considérables, notamment dans le quartier de Shujaiya, où plus de trente civils ont trouvé la mort dans des bombardements particulièrement destructeurs, selon des rapports officiels palestiniens datés du 8 avril. Le gouvernement israélien justifie ces attaques par la nécessité d’éliminer les infrastructures du Hamas et d’assurer la sécurité de ses citoyens face aux tirs de roquettes.
Depuis janvier 2025, plus de 500 Palestiniens ont été tués à Gaza, selon l’ONU (données au 8 avril), tandis que les roquettes palestiniennes, bien que moins fréquentes, maintiennent une menace constante sur le sud d’Israël. Le 7 avril, une salve de roquettes a visé Ashkelon, causant des dégâts matériels mais aucune victime, selon le quotidien Yedioth Ahronoth. Ces violences alimentent l’argument israélien selon lequel toute reconnaissance pourrait enhardir les factions armées.
Une stratégie de containment
Parallèlement à ces efforts diplomatiques, Israël maintient une posture militaire de fermeté. Dans la bande de Gaza, les opérations continuent, avec pour objectif déclaré de neutraliser les capacités militaires du Hamas et d’empêcher toute consolidation de ses positions. La stratégie militaire israélienne repose également sur la création de zones tampons, comme à Rafah, afin de contrôler les mouvements de population et d’isoler les combattants du Hamas. Cette approche vise à empêcher le retour des habitants déplacés et à maintenir une pression constante sur les factions armées palestiniennes.
À Rafah, près de la frontière égyptienne, l’armée israélienne a élargi une zone de sécurité depuis février 2025, déplaçant plus de 200 000 personnes, selon l’ONG Human Rights Watch. Cette tactique, combinée à des frappes ciblées sur des tunnels présumés du Hamas, illustre la volonté de Tel-Aviv de garder le contrôle opérationnel face à une menace perçue comme croissante.
Les contre-stratégies israéliennes
Une offensive diplomatique
Face à cette perspective, Israël envisage plusieurs contre-stratégies. Le gouvernement israélien prévoit de renforcer ses efforts diplomatiques auprès de ses alliés traditionnels, notamment aux États-Unis et en Europe, afin de freiner l’élan international en faveur de la Palestine. Il s’agit pour Tel-Aviv de mobiliser ses soutiens pour contenir ce que les autorités israéliennes perçoivent comme une offensive diplomatique palestinienne orchestrée à l’échelle mondiale.
Les États-Unis, sous l’administration Trump réélue en 2024, restent un allié clé. Le 8 avril, un haut responsable du Département d’État a réaffirmé à Reuters que Washington privilégie une solution négociée, laissant peu de place à un soutien explicite à l’initiative française. Israël compte sur ce veto potentiel au Conseil de sécurité pour limiter les retombées de la conférence de juin. En Europe, des pays comme l’Allemagne et la Hongrie, historiquement prudents sur ce dossier, sont également ciblés par des démarches intensives de lobbying.
Une mobilisation intérieure
Sur le front politique intérieur, les dirigeants israéliens utilisent également la reconnaissance imminente de la Palestine par la France pour consolider leur base électorale. Les discours gouvernementaux insistent sur la nécessité de maintenir une position ferme face à ce qu’ils considèrent comme des tentatives de délégitimation de l’État d’Israël. Ce discours est relayé par plusieurs responsables politiques, qui appellent à l’unité nationale face aux défis diplomatiques et sécuritaires que représente la reconnaissance de la Palestine par des puissances internationales telles que la France.
Le Premier ministre, dans une allocution télévisée le 9 avril, a déclaré : « Nous ne céderons pas aux pressions extérieures qui compromettent notre sécurité. » Ce message, destiné à rassurer une population inquiète, s’appuie sur les récentes violences pour justifier une ligne dure. Selon un sondage de Haaretz publié le 10 avril, 62 % des Israéliens soutiennent cette fermeté face aux initiatives européennes.
Les enjeux économiques et internationaux
Une menace sur l’économie
La crainte d’Israël ne se limite pas au seul volet diplomatique. Les responsables israéliens s’interrogent également sur les répercussions économiques potentielles d’une vague de reconnaissances de la Palestine. Bien que ces impacts restent difficiles à quantifier à ce stade, les autorités de Tel-Aviv redoutent un accroissement des campagnes de boycott et de désinvestissement ciblant les entreprises israéliennes, notamment dans les secteurs exposés à l’opinion publique internationale.
Le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), actif depuis 2005, a gagné en visibilité ces dernières années. En 2024, des entreprises comme SodaStream ont vu leurs exportations chuter de 15 % en Europe, selon The Jerusalem Post, en partie sous la pression de ces campagnes. Une reconnaissance par la France pourrait amplifier ce phénomène, affectant des secteurs clés comme la technologie et l’agriculture.
Une conférence sous haute tension
Dans ce climat de tension, la conférence internationale prévue en juin représente un moment de vérité pour la diplomatie israélienne. Les autorités israéliennes suivront de près les discussions et chercheront à peser sur leurs partenaires pour limiter la portée de la reconnaissance française. Elles espèrent également utiliser cette tribune pour réaffirmer leur position en faveur d’une solution négociée au conflit, qui garantirait la sécurité d’Israël tout en respectant ses revendications légitimes.
Israël pourrait boycotter l’événement si ses conditions – garanties sécuritaires, gel des reconnaissances unilatérales – ne sont pas prises en compte. « Nous ne participerons pas à un processus qui nous désavantage », a averti un conseiller du gouvernement, cité par Yedioth Ahronoth le 10 avril.
Une stratégie globale face à un défi croissant
Alors que la France s’apprête à franchir un cap symbolique en reconnaissant l’État palestinien, les autorités israéliennes s’activent sur tous les fronts pour limiter l’impact de cette décision. Entre diplomatie intensive, manœuvres militaires et mobilisation de l’opinion publique, Israël déploie une stratégie globale pour défendre sa position face à un contexte international de plus en plus favorable aux revendications palestiniennes.
Cette réponse reflète une double priorité : préserver la sécurité nationale et maintenir une influence diplomatique face à une dynamique qui échappe en partie à son contrôle. À deux mois de la conférence de juin, Tel-Aviv joue une partie serrée, entre fermeté et pragmatisme, dans un Proche-Orient où chaque geste diplomatique résonne comme une onde de choc.



