samedi, janvier 24, 2026

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Joseph Aoun : entre consensus et mise en garde, un président en quête d’équilibre

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À la tête de l’État libanais depuis 2024, Joseph Aoun continue de tracer une ligne présidentielle prudente mais affirmée. Ancien commandant en chef de l’armée, devenu chef de l’État dans un contexte de vide institutionnel prolongé, il s’impose aujourd’hui comme une figure centrale de stabilité. Ses déclarations récentes, largement relayées en juin 2025, illustrent un positionnement présidentiel articulé entre consensus national, refus des clivages politiques classiques, et vigilance face aux pressions régionales et internationales.

Une parole rare mais calibrée

Joseph Aoun s’exprime peu, mais chacun de ses discours est longuement analysé. À l’occasion de la commémoration de la fête de la Résistance et de la Libération le 25 mai dernier, il a souligné l’importance de « préserver la souveraineté nationale par le dialogue et la cohésion des institutions ». Une formule largement interprétée comme un appel indirect aux partis à dépasser leurs intérêts partisans pour relancer les réformes attendues.

Sans nommer explicitement les formations politiques en conflit, Aoun a évoqué « ceux qui veulent déstabiliser l’État pour préserver leurs avantages ». Une critique voilée, que plusieurs analystes ont reliée aux tensions entre le Hezbollah, les partis traditionnels du 14 Mars et les nouveaux blocs parlementaires.

Il a aussi rappelé que l’armée resterait « au service de l’unité nationale, au-dessus des calculs politiques », consolidant ainsi sa posture d’arbitre. Cette neutralité affichée fait écho à son parcours militaire, et à sa réputation d’homme de dossier plus que d’estrade.

Une popularité stable, adossée à l’institution militaire

Depuis son accession à la présidence, Joseph Aoun bénéficie d’un taux d’approbation relativement élevé, selon plusieurs enquêtes menées dans la presse nationale. Une majorité de Libanais considèrent qu’il incarne « l’ordre », « la retenue » et « la fiabilité ». Ce capital politique repose largement sur sa gestion antérieure de l’armée, perçue comme l’une des dernières institutions crédibles du pays.

En 2020 puis en 2021, Aoun avait su maintenir la neutralité de l’institution militaire face aux contestations populaires. Son image de « président technicien » et non d’homme de clan continue de le distinguer dans un paysage politique fragmenté. À l’étranger, notamment auprès des ambassades occidentales, il est présenté comme un interlocuteur « sérieux et modéré ».

Cependant, ce positionnement lui vaut aussi des critiques : ses opposants l’accusent de « passivité », voire de « neutralité opportuniste ». Certains le jugent trop proche des élites militaires, ou trop attentiste face à la crise sociale.

Un président silencieux sur certains dossiers sensibles

Malgré les appels à la fermeté, Joseph Aoun reste discret sur des dossiers brûlants. La question de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, par exemple, n’a fait l’objet d’aucune déclaration officielle de sa part depuis son élection. Ce silence est critiqué par les familles de victimes, qui attendaient de la présidence un appui symbolique à la reprise de l’instruction judiciaire.

De même, sur la question du contrôle des frontières avec la Syrie ou de l’usage des armes détenues par les milices hors contrôle de l’État, le chef de l’État adopte un ton modéré, évoquant la « nécessité d’un dialogue national ». Certains y voient une prudence stratégique, d’autres un refus de confrontation.

Ce positionnement est assumé : dans un échange récent, Aoun a affirmé que « le rôle du président n’est pas de créer des conflits, mais d’empêcher leur extension ». Il mise sur des réunions bilatérales discrètes, des consultations techniques, et une diplomatie de l’équilibre plutôt que sur des annonces spectaculaires.

Une diplomatie en sourdine, mais active

Le président multiplie les contacts diplomatiques, notamment avec la France, les États-Unis, et les pays arabes modérés. Il s’est entretenu à plusieurs reprises avec les émissaires du FMI et de la Banque mondiale, cherchant à relancer les négociations financières. En parallèle, il veille à maintenir une communication fluide avec les pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, considérés comme des partenaires économiques potentiels.

Sa visite en avril dernier à Doha, bien que peu médiatisée, a permis de consolider une série de promesses d’investissement dans les infrastructures portuaires et énergétiques. Il y a exprimé « le besoin d’un partenariat régional fondé sur la stabilité et la confiance mutuelle ».

Sur le dossier syrien, Aoun adopte une position nuancée : tout en refusant une normalisation précipitée, il appelle à « traiter les questions sécuritaires et humanitaires sans instrumentalisation politique ». Ce ton mesuré le distingue des positions plus tranchées d’autres responsables libanais.

Une présidence sous contrainte

Joseph Aoun exerce ses fonctions dans un contexte institutionnel difficile. Le Parlement est fragmenté, le gouvernement opère sous régime intérimaire, et les décisions stratégiques sont systématiquement bloquées par des équilibres communautaires rigides. Le président ne dispose pas de majorité parlementaire stable, et sa marge d’action dépend du bon vouloir des blocs les plus influents.

Il tente de contourner cet obstacle par une multiplication d’initiatives symboliques : visites de terrain, rencontres avec des syndicats, déclarations sur les réseaux sociaux. Il s’est rendu récemment dans un hôpital public de Nabatieh et dans une école primaire de la Békaa, soulignant « la résilience des services publics malgré le manque de moyens ».

Son entourage explique qu’il travaille à « restaurer une culture de l’État », en rétablissant la confiance entre les citoyens et l’administration. Mais sans levier institutionnel, cette ambition reste tributaire de l’évolution du paysage politique.

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Newsdesk Libnanews
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