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Jour pour jour: Le rapport Haig du 30 janvier 1982, m’avertissement américain sur les risques d’une invasion israélienne du Liban

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Le 30 janvier 1982, le secrétaire d’État américain Alexander Haig présente un rapport au président Ronald Reagan, exprimant des craintes sérieuses quant à la possibilité qu’Israël déclenche une guerre contre le Liban au moindre prétexte. Ce document, issu d’un briefing interne au sein de l’administration Reagan, reflète les tensions accumulées dans la région du Moyen-Orient, où les dynamiques entre Israël, le Liban, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et la Syrie menacent d’exploser en conflit ouvert. Haig, de retour d’un voyage diplomatique, met en garde contre une escalade potentielle, soulignant que les forces israéliennes pourraient réagir de manière disproportionnée à toute provocation, même mineure. Ce rapport, noté dans les journaux personnels de Reagan, préfigure avec une précision troublante l’invasion israélienne qui surviendra quelques mois plus tard, en juin 1982, marquant un tournant dans l’histoire du Liban et des relations américano-israéliennes.

À cette époque, le Liban est plongé dans une guerre civile depuis 1975, un conflit multifacettes opposant milices chrétiennes, musulmanes, druzes et palestiniennes, exacerbé par l’ingérence de puissances régionales. L’OLP, dirigée par Yasser Arafat, a établi ses bases principales dans le sud du Liban, d’où elle lance des attaques contre Israël. La Syrie, quant à elle, occupe une partie du territoire libanais depuis 1976, sous prétexte de stabiliser la situation, mais en réalité pour consolider son influence. Israël, confronté à des tirs de roquettes et à des incursions frontalières, a déjà mené une opération militaire en 1978, baptisée « Opération Litani », qui a conduit à la création d’une zone de sécurité au sud du Liban, contrôlée par des milices alliées. Ces éléments forment le terreau fertile pour les appréhensions exprimées par Haig.

Les racines du conflit libanais et les enjeux régionaux

Le Liban des années 1970 et 1980 est un pays fracturé par des lignes de faille confessionnelles et politiques. La guerre civile éclate en avril 1975 à Beyrouth, opposant initialement les Phalanges libanaises, une milice chrétienne maronite dirigée par Bachir Gemayel, aux forces progressistes et palestiniennes. Rapidement, le conflit s’internationalise : la Syrie intervient pour empêcher une victoire des milices chrétiennes, craignant un Liban pro-israélien à ses frontières. L’OLP, chassée de Jordanie en 1970 lors du « Septembre noir », trouve refuge au Liban, transformant le sud du pays en un « Fatahland », une zone quasi autonome d’où partent des opérations contre Israël.

Israël perçoit cette présence palestinienne comme une menace existentielle. Depuis la guerre des Six Jours en 1967 et celle de Yom Kippour en 1973, l’État hébreu adopte une doctrine de défense proactive, visant à neutraliser les menaces avant qu’elles ne se concrétisent. Le gouvernement de Menahem Begin, au pouvoir depuis 1977, est particulièrement intransigeant. Begin, fondateur du Likoud, prône une politique ferme face aux Arabes, influencée par son passé dans la résistance contre le mandat britannique. Son ministre de la Défense, Ariel Sharon, est un stratège militaire ambitieux, connu pour ses opérations audacieuses lors des guerres passées.

Dans ce contexte, les États-Unis, sous la présidence de Ronald Reagan, élu en novembre 1980, cherchent à renforcer leur alliance avec Israël tout en contenant l’influence soviétique au Moyen-Orient. Reagan voit en Israël un rempart contre le communisme, aligné sur sa vision anticommuniste globale. Cependant, l’administration est divisée : certains, comme Haig, un général à la retraite avec une expérience militaire en Vietnam, plaident pour une approche équilibrée, évitant une escalade qui pourrait impliquer les superpuissances.

Le rôle clé d’Alexander Haig dans la diplomatie américaine

Alexander Haig, nommé secrétaire d’État en janvier 1981, est un homme d’expérience. Ancien chef d’état-major de l’armée sous Nixon et Ford, il a servi comme commandant suprême des forces alliées en Europe pour l’OTAN. Son style est direct, parfois abrasif, ce qui lui vaut des frictions au sein de l’administration Reagan. Haig prône une « consensus stratégique » entre les États-Unis, Israël et les États arabes modérés pour contrer l’URSS, mais il est conscient des risques d’une confrontation directe.

Au début de 1982, Haig effectue une tournée au Moyen-Orient, rencontrant des dirigeants israéliens, égyptiens et saoudiens. De retour à Washington, il brief Reagan et le conseiller à la sécurité nationale William Clark. Dans son rapport du 30 janvier, Haig exprime explicitement sa crainte : Israël pourrait déclencher une guerre contre le Liban « au moindre prétexte ». Il note que la situation est « tendue mais calme », mais que cette accalmie est précaire. Haig redoute que toute provocation de l’OLP – un tir de roquette ou une incursion – ne serve de justification à une offensive israélienne massive.

Ce rapport s’inscrit dans une série d’échanges diplomatiques. Reagan avait déjà écrit à Begin en janvier 1982, l’exhortant à la retenue dans son soutien aux Phalanges libanaises face à la Syrie. Haig, dans ses mémoires ultérieurs, insiste sur son rôle de modérateur, affirmant avoir constamment plaidé pour la restraint auprès des Israéliens. Pourtant, certains critiques l’accusent d’avoir donné un « feu vert » implicite à l’invasion, une allégation qu’il réfute vigoureusement, arguant qu’il a toujours cherché à prévenir le conflit.

Les avertissements diplomatiques et les signes avant-coureurs

Les mois suivant le rapport de Haig sont marqués par une intensification des tensions. En avril 1981, une crise des missiles avait déjà opposé Israël et la Syrie au Liban, lorsque Damas avait déployé des batteries antiaériennes dans la vallée de la Bekaa. Haig avait alors envoyé l’émissaire Philip Habib pour négocier un cessez-le-feu, obtenu en juillet 1981. Ce cessez-le-feu, fragile, interdit les attaques transfrontalières, mais les violations se multiplient.

En mars 1982, Sharon visite Washington et discute avec Haig d’une possible opération limitée au Liban pour éliminer les bases de l’OLP. Sharon minimise l’ampleur : une incursion de 40 kilomètres, pour deux à trois jours. Haig, selon des comptes rendus, insiste sur la nécessité d’une « provocation internationalement reconnue » pour justifier une action, afin d’obtenir le soutien américain. Sharon interprète cela comme une approbation conditionnelle, tandis que Haig voit cela comme un avertissement.

Le 3 juin 1982, l’ambassadeur israélien à Londres, Shlomo Argov, est victime d’une tentative d’assassinat par des membres du groupe Abu Nidal, une faction dissidente de l’OLP. Bien que l’OLP d’Arafat nie toute implication, Israël bombarde des positions palestiniennes à Beyrouth et au sud du Liban. L’OLP riposte avec des tirs de roquettes sur le nord d’Israël. C’est le prétexte attendu. Reagan envoie une lettre à Begin le 6 juin, tentant une dernière médiation, mais il est trop tard.

L’invasion israélienne : Opération Paix pour la Galilée

Le 6 juin 1982, Israël lance l’opération Paix pour la Galilée. Officiellement, l’objectif est de créer une zone tampon de 40 kilomètres au sud du Liban pour protéger le nord d’Israël des roquettes. Mais Sharon a des ambitions plus larges : détruire l’infrastructure de l’OLP, expulser les forces syriennes et installer un gouvernement libanais pro-israélien sous Bachir Gemayel.

L’armée israélienne, forte de 60 000 hommes, 800 tanks et une supériorité aérienne écrasante, avance rapidement. En trois jours, elle atteint la rivière Awali, puis pousse vers Beyrouth. Les forces de l’OLP, estimées à 15 000 combattants, résistent dans les camps de réfugiés, mais sont surclassées. La Syrie engage ses troupes : des combats aériens voient la destruction de 82 avions syriens contre aucun perte israélienne, grâce aux F-15 et F-16 fournis par les États-Unis.

Le 13 juin, les Israéliens entrent dans Beyrouth-Ouest, assiégeant la ville. Le siège dure des semaines, avec des bombardements intenses causant des milliers de victimes civiles. Haig, encore secrétaire d’État, tente de négocier un cessez-le-feu, mais les divisions au sein de l’administration Reagan compliquent les efforts. Le 25 juin, Haig démissionne, remplacé par George Shultz, au milieu de tensions internes.

Le siège de Beyrouth et les négociations pour l’évacuation de l’OLP

Beyrouth, divisée depuis la guerre civile, devient le théâtre d’un siège impitoyable. Israël coupe l’eau, l’électricité et les approvisionnements, bombardant les quartiers ouest où sont retranchés l’OLP et des civils. Les estimations varient, mais on parle de 6 000 à 18 000 morts libanais et palestiniens durant l’invasion.

Philip Habib, émissaire américain, négocie l’évacuation de l’OLP. Le 18 août, un accord est signé : 14 000 combattants palestiniens quittent Beyrouth par mer, sous protection d’une force multinationale incluant des Américains, Français et Italiens. Arafat part pour Tunis. Reagan annonce que cela permettra de stabiliser le Liban.

Bachir Gemayel est élu président du Liban le 23 août, avec le soutien israélien. Mais le 14 septembre, il est assassiné dans un attentat à la bombe, attribué à un agent syrien. Israël réoccupe Beyrouth-Ouest, violant l’accord.

Les massacres de Sabra et Chatila

Dans la nuit du 16 au 18 septembre 1982, les Phalanges libanaises, alliées d’Israël, entrent dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth, sous le regard des forces israéliennes qui illuminent les zones avec des fusées éclairantes. Motivés par la vengeance après l’assassinat de Gemayel, les miliciens massacrent entre 700 et 3 500 civils palestiniens et libanais chiites, incluant femmes et enfants.

La commission d’enquête israélienne Kahan, en février 1983, conclut que Sharon est indirectement responsable pour n’avoir pas empêché les massacres, le forçant à démissionner comme ministre de la Défense. Reagan condamne les événements, qualifiant cela de « holocauste », et rédéploie les Marines à Beyrouth pour stabiliser la situation.

L’implication américaine et la force multinationale

La force multinationale (MNF), déployée en août 1982, vise à superviser l’évacuation et aider le nouveau gouvernement libanais sous Amin Gemayel, frère de Bachir. Les États-Unis envoient 1 200 Marines, la France 1 500 soldats, l’Italie 1 400. Mais la MNF devient cible : le 18 avril 1983, un attentat à la bombe contre l’ambassade américaine à Beyrouth tue 63 personnes, dont 17 Américains.

Le conflit s’enlise. Israël occupe le sud du Liban, la Syrie contrôle la Bekaa. Des accords de mai 1983 entre le Liban et Israël prévoient un retrait mutuel, mais la Syrie refuse, annulant l’accord en mars 1984.

Les attentats de 1983 et le retrait progressif

Le 23 octobre 1983, deux attentats simultanés frappent les casernes de la MNF à Beyrouth : un camion piégé tue 241 Marines américains, un autre 58 soldats français. Le groupe Jihad islamique, lié au Hezbollah naissant et à l’Iran, revendique. Reagan promet de rester, mais face à l’opinion publique, ordonne le retrait en février 1984. Les forces américaines quittent le Liban le 26 février, suivies des alliés.

Israël maintient son occupation jusqu’en 1985, se retirant partiellement pour créer une « zone de sécurité » au sud, gardée jusqu’en 2000. La Syrie reste au Liban jusqu’en 2005.

Les implications immédiates pour la stabilité régionale

L’invasion de 1982 renforce le Hezbollah, milice chiite formée avec l’aide iranienne pour résister à Israël. Les attaques contre les forces d’occupation se multiplient, avec des embuscades et des attentats-suicides. Le Liban sombre plus profondément dans le chaos, avec des enlèvements d’Occidentaux et une économie dévastée.

Aux États-Unis, l’expérience libanaise marque un recul dans l’engagement au Moyen-Orient, influençant la prudence future. Reagan, dans ses discours, insiste sur la nécessité de contrer le terrorisme, mais l’administration se concentre désormais sur d’autres fronts, comme l’Amérique centrale.

L’opération Paix pour la Galilée, initialement limitée, s’étend sur des années, coûtant à Israël environ 650 soldats tués et des milliers de blessés. Pour le Liban, les pertes civiles sont estimées à plus de 19 000 morts. La présence syrienne se consolide, avec 40 000 troupes contrôlant 40 % du territoire.

Dans les mois suivants, des négociations sporadiques tentent de résoudre les différends, mais les veto syriens bloquent les progrès. Les milices libanaises, divisées, poursuivent leurs luttes intestines, prolongeant la guerre civile jusqu’en 1990.

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