vendredi, janvier 23, 2026

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La Confusion Des Pouvoirs : L’Inceste Libanais Entre Finance Et Politique Tue Les Réformes

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Le principe fondamental de la séparation des pouvoirs, socle des démocraties modernes, trouve ses origines dans la pensée politique européenne du XVIIIe siècle. Il est formulé avec rigueur par Montesquieu dans De l’esprit des lois en 1748. Pour prévenir la tyrannie, Montesquieu établit qu’il faut séparer le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Aucun des trois ne doit empiéter sur les fonctions de l’autre. Mais ce principe, trop souvent réduit à une mécanique institutionnelle, repose en vérité sur une logique plus profonde : celle de la séparation des fonctions sociales. La politique ne peut servir l’intérêt général que si elle n’est pas capturée par des intérêts particuliers. C’est cette même exigence qui, bien avant Montesquieu, avait nourri la pensée républicaine romaine et le christianisme médiéval dans leur distinction entre le spirituel et le temporel, entre César et Dieu, entre l’épée et la parole.

Appliqué à l’ordre contemporain, ce principe exige que la fonction politique — qui pense le bien commun, trace la vision, établit les priorités — soit strictement séparée de la fonction financière — qui gère les flux, administre les budgets, recherche l’efficience. Leur confusion détruit l’équilibre et corrompt l’intention. Le pouvoir doit être distribué pour être légitime, limité pour être juste, spécialisé pour être efficace.

Au Liban, cette séparation est inexistante. L’élite politique est en grande partie issue du monde de la finance, tandis que de nombreux financiers ne se contentent plus de faire fructifier des capitaux : ils dirigent des partis, négocient des alliances, tirent les ficelles des nominations et dictent les priorités nationales. Cette hybridation malsaine produit un système incestueux où l’intérêt privé parasite l’intérêt public, où l’argent dicte la loi, et où la vision se réduit à la préservation d’un statu quo rentable pour quelques-uns.

Les réformes, dans un tel système, deviennent impossibles. Toute réforme sérieuse menace nécessairement des intérêts financiers enchevêtrés dans les structures de pouvoir. Réformer l’État, c’est risquer de priver un clan de ses privilèges bancaires, de ses rentes administratives, ou de ses accès privilégiés à la dette publique. Réformer la fiscalité, c’est heurter les familles qui contrôlent les banques. Réformer la justice, c’est s’exposer à ceux qui placent leurs juges, en fonction de leur solvabilité plus que de leur probité. Résultat : chaque projet de réforme meurt étouffé dans les tiroirs d’un directeur général, dans les menaces d’un financier politique, ou dans les silences complices d’un conseil de ministres stérile.

Ce système est verrouillé. Le pouvoir ne change pas de main, il circule entre les mêmes familles, les mêmes réseaux, les mêmes intérêts. La Banque et l’État forment un couple incestueux qui donne naissance à l’immobilisme. Aucun arbitrage impartial n’est possible, car ceux qui devraient trancher sont eux-mêmes juges et parties. Le Liban est pris au piège d’un modèle où la finance se sert de la politique pour se protéger, et où la politique utilise la finance pour se maintenir.

Il ne peut y avoir de salut sans rupture. Il faut rétablir une frontière claire entre ceux qui gèrent l’argent et ceux qui gouvernent. Tant que les deux fonctions resteront confondues, il n’y aura ni réforme, ni redressement, ni justice. Seulement l’entretien méthodique d’une agonie nationale.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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