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Lettre ouverte au Président de la République,au Président du Conseil des ministres,et aux Députés de la Nation

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Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les Députés,

Le débat sur l’or du Liban revient avec insistance. Il surgit à chaque crise comme une tentation silencieuse, presque instinctive : vendre une partie des réserves pour injecter de la liquidité, soulager les banques, donner l’illusion d’un répit.

Je vous écris pour vous dire, avec gravité, que vendre l’or aujourd’hui, sans réforme structurelle préalable et sans mise en place d’un contrôle financier indépendant et réellement efficace, serait une faute historique.

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L’or n’est pas un actif comme les autres. Il est la dernière ligne de défense d’un pays qui a déjà consumé sa monnaie, détruit son système bancaire et brisé la confiance de ses citoyens. Il représente ce qui reste d’intangible dans un État fragilisé. Le céder sans avoir assaini les mécanismes qui ont produit l’effondrement reviendrait à verser de l’eau dans un récipient percé.

Car le problème n’est pas d’abord un problème de liquidité. C’est un problème de structure.

Tant que des trous financiers persistent au sein de l’État — qu’ils prennent la forme de commissions, de rétro-commissions, de surfacturations, de brokering institutionnalisé — toute ressource nouvelle sera absorbée par les mêmes circuits opaques qui ont vidé les précédentes. Vous le savez mieux que quiconque : notre système politique, par sa fragmentation et par ses logiques d’allégeance, a longtemps « obligé » au financement occulte de réseaux. Ce n’est pas un secret. C’est un mode de fonctionnement qui s’est normalisé au fil des décennies.

Dans ces conditions, vendre l’or reviendrait à financer le passé au lieu de construire l’avenir.

Nous passerions d’un effondrement financier à un autre, avec une différence majeure : nous aurions, en plus, perdu une partie de notre réserve stratégique.

Il existe un ordre logique que nous devons respecter si nous voulons redevenir un État au sens plein du terme.

D’abord, fermer les trous.

Cela signifie instaurer un contrôle financier indépendant du pouvoir politique, doté de moyens juridiques et techniques réels. Cela signifie mettre fin au brokering systémique dans les marchés publics. Cela signifie imposer une transparence totale sur les appels d’offres, les adjudications, les coûts réels des projets. Cela signifie auditer sérieusement les ministères les plus exposés aux surfacturations. Cela signifie également instaurer un mécanisme de contrôle des avoirs internationaux des responsables publics, afin que l’exercice du pouvoir ne soit plus un raccourci vers l’enrichissement privé.

Ce travail n’est pas spectaculaire. Il est ingrat. Il ne produit pas de communiqué triomphal. Mais c’est lui qui fonde un État.

Une fois ces verrous posés, une fois les mécanismes de prédation neutralisés, alors — et alors seulement — le débat sur l’or pourra être abordé rationnellement. Dans un cadre réformé, vendre une partie des réserves pour restructurer le secteur bancaire ou soutenir une transition économique pourrait devenir un choix stratégique assumé, calculé, contrôlé.

Sans cela, ce serait une dilapidation.

Le Liban a trop souvent cru qu’un actif exceptionnel — un afflux de capitaux, une manne extérieure, une découverte providentielle — pouvait compenser l’absence de réforme. L’histoire récente nous a démontré le contraire. Aucune ressource, si abondante soit-elle, ne survit à un système qui ne se réforme pas.

La question de l’or est donc un test. Non pas financier, mais moral et institutionnel.

Sommes-nous prêts à corriger les mécanismes qui ont produit l’effondrement ? Ou cherchons-nous encore à gagner du temps en mobilisant ce qu’il reste de solide pour différer les décisions difficiles ?

L’or du Liban ne doit pas devenir la dernière victime d’un système que nous n’aurions pas eu le courage de transformer.

Il ne s’agit pas de refuser par principe toute utilisation des réserves. Il s’agit d’établir une hiérarchie des priorités. Réforme d’abord. Liquidité ensuite. Contrôle avant dépense. Transparence avant transfert.

Sans cela, nous continuerons à tourner en cercle, d’effondrement en effondrement, chaque fois un peu plus appauvris, chaque fois un peu plus divisés.

Vous avez aujourd’hui la responsabilité de rompre ce cycle.

L’histoire jugera non pas la décision de vendre ou de ne pas vendre l’or, mais l’ordre dans lequel vous aurez choisi d’agir.

Respectueusement,

Un citoyen libanais
qui refuse de voir le dernier rempart du pays disparaître sans réforme.
Bernard Raymond Jabre

Open Letter to the President of the Republic, the Prime Minister, and the Deputies of the Nation
Mr. President,
Mr. Prime Minister,
Ladies and Gentlemen Deputies,
The debate over Lebanon’s gold reserves keeps resurfacing insistently. It emerges with every crisis as a silent, almost instinctive temptation: sell part of the reserves to inject liquidity, relieve the banks, and create the illusion of respite.
I am writing to you with gravity to say that selling the gold today, without prior structural reform and without establishing genuinely independent and effective financial oversight, would be a historic mistake.
Gold is not an asset like any other. It is the last line of defense for a country that has already consumed its currency, destroyed its banking system, and shattered the confidence of its citizens. It represents what remains intangible in a weakened state. To give it up without having cleaned up the mechanisms that caused the collapse would be like pouring water into a leaky container.
Because the problem is not primarily one of liquidity. It is a problem of structure.
As long as financial holes persist within the state—whether in the form of commissions, kickbacks, overbilling, or institutionalized brokering—any new resource will be absorbed by the same opaque circuits that drained the previous ones. You know this better than anyone: our political system, through its fragmentation and allegiance-based logic, has long “required” the covert financing of networks. This is not a secret. It is a mode of operation that has become normalized over decades.
Under these conditions, selling the gold would amount to financing the past instead of building the future.
We would move from one financial collapse to another, with one major difference: we would have also lost part of our strategic reserve.
There is a logical order we must respect if we want to become a state in the full sense of the term again.
First, close the holes.
This means establishing financial oversight independent of political power, equipped with real legal and technical means. This means ending systemic brokering in public procurement. This means imposing total transparency on tenders, auctions, and the real costs of projects. This means seriously auditing the ministries most exposed to overbilling. It also means setting up a mechanism to monitor the international assets of public officials, so that holding power is no longer a shortcut to personal enrichment.
This work is not spectacular. It is thankless. It produces no triumphant press release. But it is what founds a state.
Once these locks are in place, once the predation mechanisms are neutralized, then—and only then—can the debate on gold be approached rationally. In a reformed framework, selling part of the reserves to restructure the banking sector or support an economic transition could become an assumed, calculated, and controlled strategic choice.
Without that, it would be squandering.
Lebanon has too often believed that an exceptional asset—an influx of capital, an external windfall, a providential discovery—could compensate for the absence of reform. Recent history has proven the opposite. No resource, however abundant, survives a system that does not reform itself.
The gold question is therefore a test. Not a financial one, but a moral and institutional one.
Are we ready to correct the mechanisms that produced the collapse? Or are we still seeking to buy time by mobilizing what remains solid to postpone difficult decisions?
Lebanon’s gold must not become the last victim of a system we lacked the courage to transform.
This is not about rejecting in principle any use of the reserves. It is about establishing a hierarchy of priorities. Reform first. Liquidity second. Control before spending. Transparency before transfer.
Without that, we will continue to go in circles, from collapse to collapse, each time a little more impoverished, each time a little more divided.
You today bear the responsibility of breaking this cycle.
History will judge not the decision to sell or not sell the gold, but the order in which you chose to act.
Respectfully,
A Lebanese citizen
who refuses to see the country’s last rampart disappear without reform.
Bernard Raymond Jabre

رسالة مفتوحة إلى فخامة رئيس الجمهورية،
ودولة رئيس مجلس الوزراء،
والسادة أعضاء مجلس النواب المحترمين

تحية وطنية صادقة،

أكتب إليكم اليوم بصفتي مواطنًا لبنانيًا يخشى على ما تبقّى من ركائز هذا الوطن، ويرفض أن يُمسّ آخر ما يملكه لبنان من عناصر الصمود من دون إصلاح حقيقي وجذري يضع حدًا لمسار الانهيار المستمر.

إنّ الذهب الذي يملكه لبنان ليس مجرّد أصل مالي يمكن إدراجه في خانة الأصول القابلة للتسييل عند الأزمات. إنّه، في وجدان اللبنانيين وفي المعنى الاستراتيجي للدول، صمّام أمان سيادي، ورمز للثقة المتبقية، واحتياطي أخير يحفظ للدولة قدرتها على النهوض حين تتوافر الإرادة والإصلاح. إن التفريط به قبل معالجة أسباب الانهيار البنيوية لن يكون خطوة إنقاذية، بل مخاطرة تاريخية قد تحرم الأجيال القادمة من آخر ضمانة وطنية متاحة.

لقد أثبتت التجربة القاسية التي عاشها اللبنانيون خلال السنوات الماضية أنّ المشكلة لم تكن يومًا في نقص الموارد فحسب، بل في غياب الإدارة الرشيدة، وفي ثقوب مالية مفتوحة استنزفت الدولة عبر العمولات والسمسرات، وتضخّم كلفة المشاريع العامة، وغياب الرقابة الفعّالة والمستقلة. إن ضخّ أي سيولة ناتجة عن بيع الذهب في هذا النظام القائم، من دون إصلاح مسبق، سيعني ببساطة تمويل العجز ذاته وإعادة إنتاج المنظومة نفسها بأدوات جديدة.

إنّ المنطق السليم يفرض ترتيبًا واضحًا للأولويات:

أولًا، إقفال مزاريب الهدر نهائيًا عبر إنشاء جهاز رقابة مالية مستقل تمامًا عن السلطة التنفيذية والسياسية، يتمتع بصلاحيات واسعة وشفافة، ويخضع لمعايير المحاسبة الدولية.

ثانيًا، وضع حدّ لظاهرة السمسرة في العقود العامة، وإرساء آليات مناقصات شفافة، معلنة، وقابلة للتدقيق العلني، بحيث تُنشر تفاصيل الكلفة الحقيقية لكل مشروع ومراحله التنفيذية.

ثالثًا، إجراء تدقيق جنائي شامل في الوزارات والإدارات التي شكّلت تاريخيًا بؤرًا للهدر والتضخّم غير المبرر في الإنفاق، مع ملاحقة قضائية فعلية لكل من يثبت تورطه، بعيدًا عن أي حماية سياسية.

رابعًا، إقرار آلية قانونية ملزمة للتصريح عن ممتلكات المسؤولين العموميين داخل لبنان وخارجه، مع تمكين الجهات الرقابية من التحقق من أي تضارب مصالح أو إثراء غير مشروع.

فقط بعد استكمال هذه الخطوات، واستعادة الحد الأدنى من الثقة الداخلية والخارجية بمؤسسات الدولة، يمكن عندها مناقشة الخيارات المالية الكبرى، بما فيها استخدام جزء من الاحتياطي الذهبي ضمن خطة شاملة ومدروسة، تخدم إعادة هيكلة النظام المالي والمصرفي وفق قواعد شفافة وعادلة.

إنّ بيع الذهب قبل الإصلاح لن يُنقذ الاقتصاد، بل قد يؤجّل الانفجار لبعض الوقت، ليعود بشكل أشدّ قسوة. أما الإصلاح قبل أي تصرّف بالاحتياطي، فيؤسس لمسار مختلف: مسار دولة قانون ومؤسسات، لا دولة تسويات ظرفية.

إنّ المسؤولية الملقاة على عاتقكم اليوم ليست تقنية فحسب، بل تاريخية وأخلاقية. فالأجيال المقبلة ستحاسب على ترتيب القرارات: هل بدأتم بإصلاح النظام قبل المساس بالاحتياطي السيادي، أم لجأتم إلى بيع آخر ما يملكه لبنان لتغطية أخطاء لم تُصحّح؟

إنّ إنقاذ لبنان لا يكون بإجراءات موضعية، بل بقرار شجاع يعيد بناء الدولة على قواعد الشفافية والمحاسبة والعدالة. عندها فقط يصبح أي خيار مالي جزءًا من خطة نهوض، لا محاولة يائسة لشراء الوقت.

والله وليّ التوفيق.

برنار ريمون جبر

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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