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Le gouvernement acte l’exclusivité de la violence légitime

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Réuni en conseil le 6 août 2025, le gouvernement libanais a adopté une résolution affirmant que la détention des armes devait désormais être strictement réservée à l’État. Cette décision, inédite dans son expression, vise à mettre fin à la dualité sécuritaire entretenue par la présence d’acteurs armés non étatiques, au premier rang desquels figure le Hezbollah. Le texte, adopté par une majorité des membres du cabinet, engage formellement l’armée à élaborer un plan de mise en œuvre, dont les contours seront discutés avant la fin du mois.

L’annonce a été précédée par plusieurs réunions préparatoires tenues en présence de responsables militaires et de représentants du ministère de la Défense. Le Premier ministre Nawaf Salam aurait insisté sur la nécessité de « rétablir la pleine souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire, en conformité avec les engagements internationaux du Liban ». Aucune mention explicite du Hezbollah n’apparaît dans la formulation finale, mais la portée du texte ne laisse guère de place à l’ambiguïté.

La réaction de plusieurs ministres proches du Hezbollah et du mouvement Amal a été immédiate. Ceux-ci ont quitté la session en signe de protestation, dénonçant une tentative de provocation et un alignement sur des agendas extérieurs. Le gouvernement a cependant maintenu sa position, arguant que cette décision s’inscrivait dans le cadre des résolutions des Nations unies, en particulier la 1701.r

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Le Hezbollah dénonce une offensive politique

Dans un discours retransmis depuis la banlieue sud de Beyrouth, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a violemment critiqué la décision du gouvernement. Il l’a qualifiée de « déclaration de guerre contre la Résistance », accusant les autorités d’avoir cédé aux pressions étrangères. Selon lui, cette décision est « moralement et juridiquement nulle », dans la mesure où elle « ignore les équilibres internes du Liban et les sacrifices consentis pour sa défense ».

Naim Kassem a également averti que le Hezbollah continuerait à assumer son rôle militaire en tant que « force de dissuasion face aux menaces israéliennes ». Il a affirmé que le mouvement ne remettrait jamais ses armes tant que le Liban ne disposerait pas d’une armée capable de protéger ses frontières. Cette rhétorique, bien connue, prend cependant une tournure plus tranchante depuis la formalisation du plan gouvernemental.

Dans les quartiers où le Hezbollah est fortement implanté, des affiches sont apparues dénonçant la décision du Conseil des ministres et proclamant le maintien de la « résistance armée ». Plusieurs responsables locaux ont organisé des réunions dans les villages du sud pour « mobiliser la base » et réaffirmer leur opposition à toute initiative visant à désarmer le mouvement.

Une armée confrontée à une mission délicate

La mise en œuvre du plan annoncé repose sur les forces armées libanaises, qui devront à la fois affirmer leur rôle central et éviter une confrontation directe avec le Hezbollah. Le chef de l’armée, Joseph Aoun, s’est montré réservé lors de sa première communication interne sur le sujet. Il a déclaré que « l’armée se conformera aux décisions politiques tout en veillant à préserver la stabilité nationale ». Cette formule prudente reflète l’équilibre précaire que doivent maintenir les autorités militaires.

Des sources proches de l’état-major indiquent que plusieurs scénarios sont à l’étude. L’un d’eux consisterait à renforcer la présence de l’armée dans certaines zones frontalières, notamment dans le sud du pays, tout en évitant les frictions avec les forces du Hezbollah. Un autre scénario envisagé reposerait sur une concertation indirecte, visant à organiser une intégration progressive d’une partie des effectifs du Hezbollah dans l’armée régulière, sur le modèle de certains précédents régionaux.

Mais la probabilité d’un tel compromis reste faible à ce stade. Le Hezbollah considère toute forme de désarmement comme une atteinte existentielle à son rôle. Les déclarations publiques de ses dirigeants ne laissent entrevoir aucun espace pour la négociation. L’armée, quant à elle, continue de dépendre en grande partie de l’aide internationale, notamment américaine, ce qui la rend vulnérable à des accusations de partialité.

Une société divisée entre légitimité et peur du conflit

Dans les heures qui ont suivi l’annonce, les réactions au sein de la société civile ont été contrastées. Plusieurs organisations militantes ont salué ce qu’elles qualifient de « pas historique vers l’unité de l’État ». Des collectifs citoyens, réunis à Beyrouth et Saïda, ont publié des communiqués appelant à l’application immédiate de la décision et à la mise en place d’un calendrier contraignant.

En revanche, dans les milieux populaires proches du Hezbollah, le ton est à l’inquiétude. Des habitants du sud du Liban interrogés lors de réunions locales ont exprimé leur attachement au rôle du parti chiite, qu’ils perçoivent comme un rempart contre Israël mais aussi comme un vecteur d’assistance sociale dans un pays en crise. Cette polarisation reflète l’ancrage profond du Hezbollah dans certaines régions, où il reste perçu comme un acteur étatique à part entière.

Sur les réseaux sociaux, les débats sont vifs. Les soutiens de la décision gouvernementale évoquent une « opportunité historique » pour rétablir la souveraineté nationale, tandis que les opposants y voient un piège destiné à déstabiliser la scène intérieure. Plusieurs figures publiques, dont d’anciens officiers, ont mis en garde contre le risque d’un affrontement direct qui raviverait les divisions confessionnelles.

Un tournant dans la vie politique libanaise

L’initiative du Conseil des ministres survient dans un contexte d’extrême fragilité politique. La décision sur les armes pourrait donc être interprétée comme une tentative de marquer une rupture politique, voire de poser les bases d’un nouveau contrat national.

Certains analystes voient dans cette résolution une manière pour le Premier ministre Nawaf Salam de se positionner comme un acteur réformateur et légitimiste, face à une opposition fragmentée. La manœuvre reste toutefois risquée. L’absence d’un consensus clair sur les modalités d’application du désarmement ouvre la voie à une confrontation institutionnelle entre l’exécutif, l’armée et les partis alliés au Hezbollah.

Dans les cercles diplomatiques, la décision a été perçue avec prudence. Plusieurs chancelleries européennes se sont abstenues de tout commentaire, tandis que des diplomates arabes ont exprimé leur inquiétude quant à une possible déstabilisation. Le soutien américain, bien que non officiellement exprimé, semble avoir joué un rôle dans la formulation de la décision, notamment à travers les récentes visites de hauts responsables de la défense à Beyrouth.

Une issue incertaine

Trois jours après l’annonce, aucun calendrier précis n’a été communiqué. Le ministère de la Défense évoque une « phase d’étude » et appelle à la patience. Mais le silence des institutions pourrait nourrir la suspicion et favoriser les lectures les plus pessimistes. L’histoire récente du Liban, marquée par les effets délétères des doubles standards sécuritaires, laisse peu de place à l’improvisation.

Les prochaines semaines seront décisives. La capacité du gouvernement à traduire sa décision en acte dépendra autant de sa volonté politique que de sa gestion du risque. Si la mesure reste lettre morte, elle entérinera l’impuissance de l’État. Si elle est appliquée de façon unilatérale, elle pourrait ouvrir un nouveau cycle d’instabilité.

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Newsdesk Libnanews
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