Le système bancaire libanais traverse une phase de contraction inédite. Selon l’Association of Lebanese Banks (ABL), le nombre de chèques compensés a plongé de 51,88 % en glissement annuel pour s’établir à seulement 28 440 chèques en mars 2025. Ce recul massif illustre l’effondrement de la confiance dans les instruments de paiement traditionnels. En valeur, les chèques en livres libanaises (LBP) ont diminué de 14,27 % pour atteindre 15 364 milliards de livres, tandis que les chèques en devises étrangères ont chuté de 50,58 % à 255 millions de dollars.
Le volume des chèques en livres libanaises a diminué de 48,29 % à 26 810 unités, alors que les chèques en devises étrangères ont enregistré une dégringolade spectaculaire de 77,53 % à seulement 1 630 unités. Le taux de dollarisation du volume de chèques est tombé à 5,73 %, contre 12,27 % un an plus tôt. Cette dédollarisation forcée révèle l’assèchement progressif des dépôts en devises dans le système bancaire.
Les chèques impayés en devise étrangère explosent malgré la baisse du nombre d’incidents
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La situation devient encore plus critique en matière de chèques impayés. Si leur nombre total a baissé de 42,55 % pour s’établir à 189 incidents, la valeur des chèques impayés en devises étrangères a, elle, bondi de 233,86 % en un an pour atteindre 65 millions de dollars. Cette augmentation souligne une fragilité inquiétante du segment en dollars frais, qui, en théorie, devait bénéficier d’une plus grande sécurité financière.
En livres libanaises, la valeur des chèques impayés a chuté de 46,30 % pour atteindre 87 milliards de livres. Mais la flambée de la valeur des incidents en dollars remet en cause l’efficacité des mesures adoptées pour stabiliser les transactions en devises étrangères.
La circulaire 165 de la Banque du Liban tente d’imposer un nouvel équilibre
Pour tenter de corriger ces déséquilibres, la Banque du Liban (BDL) a lancé la Circulaire 165 le 1er juin 2023. Celle-ci permet aux clients d’effectuer des paiements par chèque uniquement depuis des comptes « fresh » ouverts après la crise, distincts des anciens comptes bloqués. L’objectif officiel est de réduire la circulation de cash et de stimuler la reprise économique par la bancarisation.
Un nouveau système de clearing sépare désormais les flux issus des comptes frais des anciens dépôts. Toutefois, l’ampleur des incidents montre que ce mécanisme peine à rassurer les acteurs économiques et à restaurer une confiance suffisante pour relancer l’usage du chèque dans les transactions.
Les chèques en dollars frais dominent le marché mais concentrent aussi les risques
En mars 2025, le nombre total de chèques issus de comptes frais a atteint 14 750. Parmi eux, 11 073 chèques ont été émis en dollars américains, représentant une valeur cumulée de 152,82 millions de dollars, tandis que 3 677 chèques ont été émis en livres libanaises pour 7 377 milliards de livres.
| Type de chèque | Nombre de chèques | Valeur totale |
|---|---|---|
| Chèques en LBP compensés | 26 810 | LBP 15 364B |
| Chèques en devises étrangères compensés | 1 630 | $255M |
| Chèques en dollars frais | 11 073 | $152,82M |
| Chèques en livres frais | 3 677 | LBP 7 377B |
| Chèques retournés | 189 | – |
Le poids des chèques en dollars frais dans le système est significatif, mais la montée des incidents remet en cause la solidité de cette relance apparente. Le fait que 25 % de la valeur totale en chèques impayés provienne désormais du segment en dollars illustre une instabilité persistante dans l’économie de paiement.
Une compensation bancaire en déclin malgré les réformes institutionnelles
Le nombre total de chèques compensés en mars 2025 n’était que de 5 450 pour le mois. Ce chiffre illustre l’attrition continue de l’usage du chèque, alors que les acteurs économiques privilégient le cash ou les transferts digitaux rapides, échappant à un système bancaire perçu comme risqué.
Malgré les efforts de la Banque du Liban pour structurer un nouveau marché financier basé sur les comptes frais, les statistiques de mars 2025 confirment que la confiance du public dans les moyens de paiement traditionnels demeure profondément ébranlée. La persistance d’un niveau élevé d’incidents en dollars représente un sérieux obstacle à la stabilisation attendue.
institutions citées
Association of Lebanese Banks (ABL)
Fondée en 1959, l’ABL représente les intérêts des banques commerciales libanaises. Elle joue un rôle clé dans la collecte des statistiques financières et dans les échanges entre les banques et la Banque du Liban.
Banque du Liban (BDL)
La Banque du Liban, créée en 1963, est la banque centrale du Liban. Sa mission comprend la stabilité monétaire, la régulation bancaire et la préservation des réserves de change. En 2022, la BDL disposait de 10 milliards de dollars de réserves brutes, un niveau historiquement bas en comparaison des années précédentes.



