Monsieur le Président,
J’ai écouté votre discours du 23 mars 2026 lors de l’inauguration de l’exposition consacrée à Byblos, à l’Institut du Monde Arabe, à Paris.
N’ayant pas été conviée à cet événement, je n’ai pas pu décrocher le fameux trophée : une photo à vos côtés, comme l’on fait plusieurs de mes compatriotes. Me voilà donc décidée de vous écrire publiquement en tant que citoyenne profondément préoccupée par la situation dramatique qui se déroule actuellement au Liban.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Pendant que vos mots – évoquant la grandeur du Liban, la richesse de son histoire, la force de sa culture – résonnaient à Paris, au Liban, ce sont des bombes qui tombent.
Elles ne tombent pas sur des concepts diplomatiques, elles tombent avec une régularité froide, mécanique, indifférente aux vies qu’elles brisent. Elles frappent des civils, des familles, des enfants. Elles dévastent des villes, transforment le quotidien en survie et plongent des milliers de personnes dans la peur, le deuil et l’exil intérieur.
Les bombardements israéliens en cours ne relèvent pas d’une abstraction diplomatique ou géopolitique. Ils frappent sans relâche et provoquent des pertes humaines tragiques. C’est une réalité brutale.
Sous les décombres, ce ne sont pas seulement des pierres que l’on retrouve, mais des existences entières réduites au silence.
Derrière chaque frappe, il y a des visages et des destins anéantis : Des civils meurent, des enfants arrachés à la vie, des familles ensevelies sous les décombres, des familles brisées, des villes sont réduites en ruines, des quartiers entiers dévastés, rayés de la carte, Des infrastructures vitales – routes, hôpitaux, réseaux essentiels – sont frappées.
Une population déjà fragilisée par des années de crises économiques, politiques et sociales se retrouve une fois de plus prise au piège d’une violence qui la dépasse. Le peuple libanais endure une fois de plus l’insoutenable, encore et toujours, le prix des logiques de guerre.
Et face à cette tragédie, le monde hésite, pèse, nuance. Ce n’est pas une “situation complexe” : c’est une urgence humanitaire.
Monsieur le Président,
Face à cette escalade de violence, le silence ou l’inaction de la communauté internationale ne peuvent être acceptés.
La France se réclame d’une tradition diplomatique forte, d’un attachement indéfectible aux droits humains, d’une voix singulière sur la scène internationale. Elle ne peut pas se contenter de déclarations timides face à des violations aussi graves du droit international.
La France ne peut pas se contenter d’être spectatrice. La France doit redevenir une puissance d’initiative.
Aujourd’hui, cette voix semble s’éteindre dans la prudence. Les appels à la “retenue”, les déclarations équilibrées, les discours amicaux ne suffisent pas. Ils ne protègent pas. Ils n’arrêtent pas les bombes, ils n’ont jamais protégé un enfant.
Ce ne sont pas des lignes dans un communiqué diplomatique : ce sont des corps, des cris, des silences après l’explosion. Cette posture n’est plus tenable.
Par son histoire, ses valeurs et son rôle diplomatique, La France a une responsabilité particulière à porter une voix forte en faveur de la paix, du respect du droit international et de la protection des civils. Elle ne peut pas rester en retrait, mesurée, prudente – trop prudente.
Monsieur le Président,
Cette prudence n’est plus une position. Elle est devenue une défaillance. À force de peser chaque mot, on finit par ne plus rien dire. À force de vouloir ménager, on finit par ne plus agir. À force de ne pas nommer, on finit par banaliser.
Or, dans cette situation, il ne peut y avoir ni ambiguïté ni silence. Il y a une exigence claire : celle de condamner avec fermeté, agir et stopper par tous les moyens diplomatiques possibles.
Il ne s’agit pas d’un simple “contexte sécuritaire”. Il ne s’agit pas ici de complexité géopolitique. Il s’agit d’une ligne claire : lorsque des populations civiles sont frappées, lorsque la violence s’abat sans relâche, alors le silence et la prudence deviennent inacceptables, une forme de complicité morale.
Chaque jour qui passe aggrave le bilan humain. Chaque heure de silence supplémentaire est une heure de trop pour celles et ceux qui vivent sous les frappes. Le silence protège rarement les victimes, il protège toujours l’inaction.
Monsieur, le Président,
Les formules équilibrées donnent l’illusion d’une position, mais ils n’ont aucun effet sur la réalité. Ils n’arrêtent pas les bombes. Ils ne protègent pas les civils.
Les mots, vos mots, quoiqu’ils soient chaleureux et doux, ils ne suffisent plus. Le Liban a besoin d’actes. Les Libanais, déjà épuisé par les crises successives, sont à nouveau plongé dans la peur, le chaos et le deuil. Ils éprouvent ce que les mots ne peuvent plus atténuer. Il n’a plus le luxe d’attendre, il subit, Il endure, il paie le prix fort, encore une fois.
Face à cela, la position de la France ne peut pas se résumer à des formules prudentes.
La France n’est pas un observateur neutre : elle est une puissance diplomatique, une voix qui compte, un pays qui se réclame des droits humains. Mais aujourd’hui, cette voix manque de force, et ce manque de force résonne comme une absence.
Monsieur le Président, l’heure n’est plus à l’équilibre des mots. Elle est à l’action.
Chaque jour d’attente et d’inaction est un jour de trop. Chaque mot non prononcé est un renoncement de plus. Chaque précaution supplémentaire a un coût humain. Chaque silence est entendu comme une tolérance. Chaque prudence excessive coûte des vies.
La France doit choisir : rester dans le confort des déclarations mesurées, ou assumer pleinement son rôle et peser réellement pour faire cesser cette tragédie.
Il ne s’agit pas seulement de diplomatie, il s’agit de responsabilité, il s’agit d’humanité.
L’Histoire jugera ce moment. Elle jugera la capacité des dirigeants à refuser l’inacceptable, à protéger les civils, à défendre le droit quand il est piétiné. Il faut des actes.
L’Histoire ne retiendra pas les précautions de langage. Elle retiendra si, face à l’urgence, la France a choisi d’être à la hauteur de ses principes – ou si elle a préféré le confort de l’inaction.
L’Histoire ne retiendra pas non plus la subtilité des formulations. Elle retiendra si, face à la souffrance d’un peuple, la France a choisi d’agir- ou de regarder ailleurs.
L’Histoire n’attend pas. Les vies non plus !
Monsieur le Président, que retiendra l’Histoire de votre mandat ?
Il est des moments où une nation ne se juge plus à ses intentions, mais à ses actes. Des moments où l’Histoire, silencieuse mais implacable, observe et tranche. Nous y sommes.
Il vous reste un an à la tête de la France.
Un an pour gouverner, un an pour agir, un an pour décider, un an pour laisser une trace.
Un an pour entrer dans l’Histoire, ou pour en sortir sans y avoir réellement pris place.
Un an pour choisir entre accompagner les événements ou tenter de les infléchir.
Un an pour faire en sorte que votre présidence ne soit pas celle des occasions manquées.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un moment qui compte. L’Histoire, elle, n’attend pas.
Monsieur le Président, la France ne peut pas hésiter quand l’humanité vacille.
Vous pouvez continuer à peser chaque mot, à éviter de nommer, à rester dans une position d’équilibre qui rassure mais n’engage pas. Ou vous pouvez décider de rompre avec cette inertie.
Vous pouvez appeler, clairement et sans ambiguïté, à un cessez-le-feu immédiat. Vous pouvez porter une initiative diplomatique forte pour faire pression et faire cesser les bombardements.
Vous pouvez affirmer que le droit international humanitaire n’est pas une option, mais une ligne rouge.
Vous pouvez faire de la France une puissance qui agit et non une puissance qui commente.
L’Histoire ne retiendra pas la prudence. Elle ne retiendra pas les éléments de langage. Elle retiendra si, face à la souffrance d’un peuple, vous avez choisi d’agir.
Dans un an, il sera trop tard pour corriger le silence. Dans un an, il ne restera que ce que vous aurez fait ou refusé de faire. Le Liban n’a pas besoin d’une position mesurée. Il a besoin d’une position ferme.
Monsieur le Président, il vous reste un an pour marquer votre temps. Faites en sorte que ce soit par le courage.
La prudence peut être une vertu en temps ordinaire. En temps de drame, elle devient une faiblesse. À trop vouloir ménager, on finit par renoncer. À trop équilibrer, on finit par s’effacer.
Or la France n’est pas faite pour s’effacer.
Elle est, par son histoire, par sa voix, par ce qu’elle prétend incarner, une nation qui doit parler quand d’autres se taisent, qui doit agir quand d’autres temporisent. Elle ne peut pas se réfugier dans des formules qui n’engagent rien, pendant que l’inacceptable se déroule sous les yeux du monde.
Ce qui est en cause aujourd’hui, ce n’est pas seulement une crise de plus dans un monde troublé. C’est une épreuve de vérité. Une épreuve pour les principes que nous proclamons, pour le droit que nous invoquons, pour la responsabilité que nous revendiquons. Et cette épreuve est aussi la vôtre.
Vous pouvez continuer à condamner sans nommer, à appeler sans exiger. Vous pouvez choisir la voie rassurante des mots maîtrisés, des équilibres diplomatiques, des engagements différés.
Mais alors, il faudra accepter que l’Histoire vous range parmi ceux qui ont su et qui n’ont pas voulu.
Ou bien vous pouvez rompre. Rompre avec l’habitude, avec la prudence excessive, avec cette retenue qui, aujourd’hui, confine à l’impuissance.
Vous pouvez décider que la France retrouve une parole forte, claire, incontestable : Appeler sans détour à un cessez-le-feu immédiat ; porter une initiative diplomatique d’ampleur pour faire cesser les bombardements ; affirmer que le droit international humanitaire n’est pas négociable ; engager la France non pas dans des mots, mais dans une action.
Monsieur le Président, il vous reste un an pour marquer votre temps.
Un an pour que votre présidence ne soit pas celle des occasions manquées, mais celle d’un sursaut. Un an pour inscrire votre nom non dans la continuité prudente, mais dans une rupture nécessaire. Car l’Histoire ne retient pas ceux qui accompagnent les tragédies. Elle retient ceux qui tentent de les arrêter.
Le Liban n’attend pas vos intentions, le Liban n’attend pas vos promesses polies, le Liban n’attend pas vos discours savants qui s’éteignent dès qu’ils sont prononcés. Il attend des actes, des actes puissants, des actes clairs, des actes qui disent au monde : la France ne fléchit jamais, la France ne recule pas, la France agit.
Voyez ceux qui tentent de les arrêter, voyez ceux qui menacent la stabilité, voyez ceux qui défient la justice, voyez ceux qui piétinent la vérité.
La France ne peut rester spectatrice, la France ne peut céder, elle doit parler, mais surtout : elle doit agir avec force, avec courage, avec honneur.
Il vous reste un an, Monsieur le Président.
Un an pour que chaque décision, chaque geste, chaque mot résonne dans l’Histoire.
aites en sorte que, lorsque l’Histoire écrira ces jours, elle puisse dire : la France n’a pas cédé. La France a parlé. La France a agi.
Ne laissez pas ce moment s’éteindre, ne laissez pas le Liban, ni le monde, se demander si nous avons manqué notre devoir.
Que chaque parole devienne action, que chaque promesse devienne engagement, que chaque décision porte l’empreinte d’une nation fière, d’une nation indomptable, d’une nation fidèle à ses idéaux.
Quand l’Histoire écrira ces jours, qu’elle dise :
La France a tenu sa place, la France a défendu la justice, la France a soutenu la vérité, la France n’a jamais plié,
La France s’est dressée comme nos ancêtres gaulois, avec courage, avec honneur, avec détermination.
Le Liban attend. Le monde regarde. Demain, nos enfants scruteront ce que nous avons fait. Faites que, quand ils liront ces pages, ils puissent dire :
La France était là, la France a parlé, la France a agi, la France n’a jamais cédé.



