Beyrouth, ce jeudi 12 mars 2026. Au cœur de la capitale libanaise, une frappe aérienne israélienne a touché peu avant l’aube le front de mer de Ramlet al-Baïda, zone prisée des déplacés qui y avaient dressé des tentes de fortune. Le bilan initial communiqué par les autorités sanitaires fait état de sept morts et de vingt et un blessés. Cette attaque s’inscrit dans une série d’opérations d’une ampleur inédite menée par l’armée israélienne en réponse à une offensive conjointe du Hezbollah et de l’Iran qui a visé, la veille au soir, des dizaines de sites militaires dans le nord d’Israël.
Les explosions ont retenti vers 2 heures du matin heure locale. Des témoins présents sur la corniche ont décrit des jets survolant la zone à basse altitude avant que des détonations successives ne secouent la plage publique et les abris de toile installés par des familles fuyant les bombardements du sud. Ramlet al-Baïda, habituellement lieu de promenade et de baignade, s’est transformé en camp de fortune depuis le début de l’escalade. Des centaines de personnes y dormaient à même le sol ou sous des bâches lorsque la frappe a touché le secteur. Les secours ont évacué les victimes vers les hôpitaux de la capitale déjà saturés.
Cette frappe constitue le point culminant d’une nuit marquée par une vague de bombardements israéliens à grande échelle. Selon les déclarations de l’armée israélienne, une « vaste série d’opérations » a visé simultanément une dizaine de structures du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, notamment un quartier général du renseignement et plusieurs centres de commandement. Des colonnes de fumée noire ont été visibles depuis les quartiers résidentiels de Dahiyeh, où les habitants avaient reçu, quelques heures plus tôt, des ordres d’évacuation immédiate diffusés via des appels téléphoniques automatisés et des messages sur les réseaux.
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Dans le même temps, d’autres raids ont frappé l’est du pays. Huit personnes ont perdu la vie et trois ont été blessées dans le district de Baalbek, bastion traditionnel du Hezbollah dans la vallée de la Bekaa. Quatre morts supplémentaires ont été recensés à Burj Al-Shamali, localité proche de Tyr dans le sud. Au total, la nuit du 11 au 12 mars a fait au moins dix-neuf victimes civiles ou combattantes selon le décompte provisoire des services de santé libanais. Ces chiffres viennent s’ajouter à un bilan déjà dramatique accumulé en seulement dix jours.
Le Hezbollah, de son côté, avait ouvert les hostilités de la soirée par une salve de roquettes d’une intensité rarement atteinte depuis le début de l’escalade. Des sources sécuritaires libanaises évoquent plus de cent projectiles lancés en direction du nord d’Israël, visant notamment des bases militaires dans la région de Haïfa, de la Galilée et jusqu’aux abords de Tel-Aviv. Le mouvement chiite a revendiqué l’opération comme une « réponse directe à l’agression contre des dizaines de villages et de villes libanaises ainsi que contre la banlieue sud de Beyrouth ». Pour la première fois depuis le déclenchement de la crise actuelle, des responsables israéliens ont évoqué une coordination opérationnelle avec les Gardiens de la révolution iraniens, qualifiant l’attaque de « première action conjointe » depuis le début du conflit régional élargi.
L’armée israélienne a immédiatement réagi en activant ses systèmes de défense. Des interceptions ont été signalées au-dessus de Nazareth et de plusieurs localités du nord. Deux personnes ont été légèrement blessées par des éclats de roquette au sol. Mais la riposte ne s’est pas limitée à la défense passive. Dans les heures suivantes, les chasseurs israéliens ont multiplié les passages au-dessus du Liban, frappant successivement des zones rurales du sud, des positions dans la Bekaa et, pour la troisième fois en quelques jours, le cœur même de la capitale.
Une escalade qui remonte au 2 mars
Pour comprendre la violence des dernières vingt-quatre heures, il faut remonter au 2 mars dernier. Ce jour-là, le Hezbollah avait lancé une première série de tirs de roquettes et de drones contre Israël, en solidarité avec l’Iran après l’élimination de son guide suprême. Le Liban s’est retrouvé brutalement entraîné dans un conflit qu’il n’avait pas initié. En quelques heures, l’armée israélienne a déclenché une campagne aérienne d’une ampleur inédite, visant systématiquement les infrastructures du mouvement chiite armé : dépôts d’armes, centres de commandement, lance-roquettes mobiles.
Depuis cette date, les opérations n’ont cessé de s’intensifier. Les frappes se sont concentrées sur trois axes principaux : le sud libanais, où les villages chiites frontaliers ont été vidés de leurs habitants ; la vallée de la Bekaa, où les positions logistiques du Hezbollah ont été méthodiquement pilonnées ; et la banlieue sud de Beyrouth, fief historique du parti. L’extension progressive des raids jusqu’au centre de la capitale marque une nouvelle étape dans la stratégie israélienne.
Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, a tenté de prendre ses distances. Dès les premiers jours, le Conseil des ministres a officiellement interdit toute activité militaire du Hezbollah sur le territoire national, rappelant que le monopole de la force armée relève de l’État. Cette position, réaffirmée à plusieurs reprises, n’a toutefois pas empêché le mouvement de poursuivre ses opérations. Les autorités libanaises dénoncent aujourd’hui un pays « piégé » dans une guerre qu’il n’a pas choisie.
Le bilan humain et humanitaire s’alourdit jour après jour
Selon le ministère libanais de la Santé, le nombre total de morts depuis le 2 mars s’élève désormais à 634, dont 91 enfants. Plus de 1 500 personnes ont été blessées. Ces chiffres, actualisés quotidiennement, incluent à la fois des civils et des combattants du Hezbollah. Parmi les victimes récentes figurent des figures locales, comme un prêtre catholique et un secouriste de la Croix-Rouge tués plus tôt dans la semaine, dont les funérailles ont eu lieu mercredi.
Le volet humanitaire est tout aussi préoccupant. Près de 800 000 personnes ont été contraintes de quitter leurs foyers en l’espace de dix jours. Les ordres d’évacuation massifs diffusés par l’armée israélienne ont vidé des pans entiers du sud et de la banlieue sud de Beyrouth. Des familles entières ont pris la route vers le nord, cherchant refuge dans des écoles, des centres communautaires ou chez des proches. Les abris collectifs officiels, au nombre de plus de 500, hébergent actuellement près de 120 000 personnes dans des conditions souvent précaires : manque d’eau, d’électricité, de sanitaires. Les organisations humanitaires sur place signalent une saturation rapide et des risques sanitaires croissants.
Dans les zones encore habitées, la vie quotidienne est suspendue. Les écoles sont fermées, les commerces tournent au ralenti, les hôpitaux fonctionnent en mode d’urgence. À Tyr, à Nabatiyeh, à Baalbek, les habitants alternent entre phases de silence et explosions soudaines. Les réseaux électriques ont subi de multiples coupures, compliquant encore la prise en charge des blessés.
La dimension régionale d’un conflit qui s’étend
Les événements des dernières vingt-quatre heures ne peuvent être isolés du contexte plus large. Le Hezbollah agit explicitement en soutien à l’Iran dans le cadre d’un affrontement qui oppose désormais Washington et Tel-Aviv à Téhéran et ses alliés. Les responsables israéliens ont répété que leur objectif restait le démantèlement des capacités militaires du Hezbollah, qualifié d’« infrastructure terroriste ». L’armée a affirmé avoir détruit des dizaines de lance-roquettes et neutralisé plusieurs sites de commandement lors de la dernière vague.
Du côté libanais, le mouvement chiite maintient sa ligne : il ne cessera ses tirs que lorsque Israël mettra fin à ses opérations sur le territoire national. Cette posture de confrontation directe a déjà coûté cher au pays. Les infrastructures civiles – routes, ponts, installations électriques – subissent des dommages collatéraux importants, même si les frappes sont officiellement ciblées.
La communauté internationale suit avec inquiétude. Plusieurs pays contributeurs à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) ont exprimé leur préoccupation face à la reprise des hostilités, rappelant la nécessité de protéger les civils et les casques bleus. Aucun incident majeur impliquant la FINUL n’a toutefois été signalé dans les dernières vingt-quatre heures, contrairement à des épisodes antérieurs.
Des frappes qui touchent désormais le cœur de la capitale
L’extension des raids jusqu’au centre de Beyrouth constitue un tournant. Mercredi encore, un immeuble d’habitation du centre-ville avait été touché, blessant quatre personnes. La frappe de Ramlet al-Baïda, en plein quartier touristique et résidentiel, marque une nouvelle franchissement de seuil. Les autorités israéliennes justifient ces opérations par la présence présumée de cibles du Hezbollah dans ces secteurs. Les Libanais, eux, y voient une stratégie d’intimidation visant à faire plier non seulement le mouvement armé mais l’ensemble de la société.
Les habitants de la capitale, habitués aux tensions, n’avaient pas connu un tel niveau de violence depuis des années. Les alertes aériennes, les sirènes, les appels à l’évacuation se succèdent. Dans les rues de Hamra ou de Achrafieh, les discussions tournent inévitablement autour des prochaines heures. Beaucoup ont déjà préparé un sac de survie, prêts à rejoindre le nord si les bombardements s’étendent.
La réponse du Hezbollah et la logique de l’escalade
Le barrage de roquettes lancé mercredi soir n’est pas une opération isolée. Le Hezbollah a multiplié les communiqués revendiquant des cibles précises, dont une base de renseignement militaire israélienne près de Tel-Aviv. Ces attaques, menées avec des missiles sophistiqués, visent à démontrer une capacité de riposte à longue portée malgré les frappes israéliennes répétées. Les sources sécuritaires israéliennes ont confirmé des impacts et des interceptions, sans toutefois détailler les dégâts.
Cette dynamique d’action-réaction s’est accélérée ces dernières semaines. Chaque salve du Hezbollah déclenche une réponse aérienne israélienne plus intense. Le cycle semble s’emballer. Les observateurs notent que l’ampleur des opérations israéliennes dépasse désormais largement les frappes ponctuelles des années précédentes.
L’impact sur les populations civiles du sud et de l’est
Dans le sud, les villages frontaliers sont largement désertés. Les ordres d’évacuation ont concerné des dizaines de localités, de Khiam à Marjayoun en passant par Bint Jbeil. Les familles qui ont tardé à partir ont souvent payé un prix lourd. À Burj Al-Shamali, les quatre morts de la nuit illustrent la vulnérabilité des zones encore partiellement habitées. Dans la Bekaa, les frappes sur Baalbek visent des entrepôts et des axes logistiques, mais touchent aussi des habitations voisines.
Les routes du sud sont encombrées de véhicules chargés de matelas et de sacs. Des convois de minibus organisés par des municipalités ou des ONG tentent d’acheminer les plus vulnérables vers Beyrouth ou le nord. Les images de ces exodes rappellent les déplacements massifs de 2006, mais à une échelle et une vitesse inédites pour la période actuelle.
Le système de santé libanais sous tension extrême
Les hôpitaux de Beyrouth, de Tyr et de Baalbek fonctionnent au-delà de leurs capacités. Les services d’urgence ont signalé une augmentation exponentielle des admissions pour blessures par éclats, brûlures et traumatismes. Le manque de médicaments et de matériel chirurgical commence à se faire sentir. Plusieurs établissements ont dû transférer des patients vers le nord du pays pour libérer des lits.
Le ministère de la Santé a lancé un appel à la solidarité internationale, précisant que les besoins en sang, en pansements et en équipements de réanimation sont critiques. Des avions d’aide humanitaire ont commencé à arriver, mais la coordination reste complexe dans un contexte de bombardements permanents.
Les déplacés face à l’incertitude
Dans les centres d’accueil, la situation est précaire. Des familles de dix personnes partagent parfois une seule pièce. L’hiver, pourtant doux, réserve encore des nuits froides. Les enfants, privés d’école depuis dix jours, errent dans les couloirs. Les organisations internationales présentes sur place rapportent une augmentation des cas de stress post-traumatique et de maladies respiratoires liées à la promiscuité.
Les autorités libanaises ont enregistré plus de 800 000 inscriptions sur les listes de déplacés. Ce chiffre ne cesse de croître au fil des nouvelles vagues de frappes. Les municipalités du nord et de la montagne tentent d’organiser l’accueil, mais les ressources s’épuisent.
Une nuit de feu sur tout le territoire
La chronologie des dernières heures est éloquente. Vers 22 heures le 11 mars, les premières roquettes du Hezbollah ont traversé la frontière. Moins d’une heure plus tard, les premiers chasseurs israéliens étaient au-dessus du Liban. Les frappes se sont succédé sans interruption jusqu’à l’aube : d’abord la banlieue sud, puis l’est, puis le front de mer de la capitale. Chaque vague a été accompagnée d’appels à l’évacuation diffusés en arabe via les téléphones portables des habitants.
Les images diffusées par les médias locaux montrent des scènes de panique : habitants courant vers les abris, voitures chargées à la hâte, colonnes de fumée s’élevant au-dessus de Dahiyeh. À Ramlet al-Baïda, les tentes ont été soufflées par le souffle de l’explosion. Des vidéos amateurs montrent des sauveteurs fouillant les décombres à la lueur des téléphones.
Le Hezbollah maintient sa posture de résistance
Dans un communiqué publié dans la nuit, le Hezbollah a affirmé avoir « rempli son devoir » en répondant à l’agression. Le mouvement a promis de poursuivre ses opérations tant que les frappes israéliennes continueraient. Cette détermination, affichée publiquement, contraste avec la fatigue visible des populations civiles qui paient le prix fort de cette confrontation.
Les analystes notent que la capacité du Hezbollah à lancer des centaines de roquettes malgré les pertes subies démontre une résilience logistique certaine. Mais chaque jour de guerre supplémentaire creuse un peu plus le fossé entre le mouvement et une partie de la société libanaise épuisée par les destructions.
Les infrastructures du pays à nouveau menacées
Les routes du sud, déjà endommagées par les conflits passés, subissent de nouveaux dégâts. Plusieurs ponts ont été visés, compliquant les évacuations. Les lignes électriques ont été coupées à plusieurs reprises, plongeant des quartiers entiers dans le noir. Les stations-service rationnent le carburant par crainte de pénuries prolongées.
À Beyrouth, l’aéroport international Rafic Hariri fonctionne encore, mais sous haute surveillance. Des vols ont été retardés ou annulés en raison des survols militaires. Le port, vital pour l’économie, reste opérationnel mais les compagnies maritimes surveillent étroitement la situation.
Une population entre résignation et colère
Dans les rues de la capitale, le sentiment dominant oscille entre résignation et exaspération. Beaucoup de Libanais rappellent que le pays sort à peine d’une crise économique majeure. La guerre actuelle vient ajouter une couche de souffrance à une société déjà fragilisée. Les discussions dans les cafés ou sur les réseaux sociaux tournent autour d’une question récurrente : jusqu’où ira cette escalade ?
Les familles qui ont déjà perdu un proche dans les frappes des jours précédents portent le deuil dans la discrétion. Les obsèques se multiplient, souvent dans l’urgence. À Baalbek, les huit morts de la nuit ont été enterrés dans la matinée sous haute sécurité.
Les opérations militaires se poursuivent sur plusieurs fronts
Au moment où ces lignes sont écrites, les avions israéliens continuent de patrouiller l’espace aérien libanais. Des explosions isolées ont encore été signalées dans le sud en début de matinée. Le Hezbollah a promis de nouvelles ripostes. Le cycle semble loin de s’interrompre.
Les ordres d’évacuation pour certains quartiers de la banlieue sud restent en vigueur. Les habitants qui avaient regagné leurs appartements entre deux vagues de frappes sont à nouveau sommés de partir. Les routes vers le nord enregistrent un trafic dense malgré l’heure matinale.
Le ministère de la Santé actualise ses chiffres en continu
Les équipes du ministère de la Santé libanais travaillent sans relâche pour compiler les données. Chaque nouvelle frappe fait l’objet d’un bilan précis : nombre de morts, de blessés, de disparus. Les hôpitaux transmettent leurs rapports en temps réel. Le dernier décompte global, publié dans la nuit, confirme l’ampleur du drame : 634 morts, plus de 1 500 blessés, 800 000 déplacés.
Parmi les victimes, la proportion d’enfants et de femmes reste élevée, reflétant la nature des zones touchées : quartiers résidentiels, camps de fortune, villages ruraux. Les services pédiatriques des hôpitaux de Beyrouth sont particulièrement sollicités.
Les déplacés du sud trouvent refuge dans des conditions précaires
Dans les centres d’accueil de la montagne et du nord, les arrivées se poursuivent. Des familles entières dorment à même le sol, enveloppées dans des couvertures fournies par les municipalités. Les distributions de nourriture et d’eau sont organisées par des associations locales, mais la demande dépasse l’offre. Les écoles transformées en abris accueillent parfois jusqu’à cinq cents personnes.
Les témoignages recueillis sur place sont unanimes : la peur domine. Peur des prochaines frappes, peur de perdre un être cher, peur de ne plus jamais rentrer chez soi. Les enfants, surtout, portent les stigmates de ces nuits d’angoisse.
La situation au Liban reste donc marquée par cette succession ininterrompue de frappes et de ripostes. Les dernières vingt-quatre heures ont vu la capitale elle-même entrer pleinement dans le viseur, avec des conséquences humaines immédiates sur sa population civile déjà éprouvée. Les opérations militaires se poursuivent sur l’ensemble du territoire, du sud à la Bekaa en passant par les faubourgs de Beyrouth, tandis que les bilans officiels continuent de s’alourdir au fil des heures.



