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Le taux de pénétration d’internet au Liban a atteint 92% en 2025

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Une progression numérique nette dans un pays toujours traversé par de fortes fragilités

Le Liban comptait 5,4 millions d’utilisateurs d’internet à la fin de 2025, soit un taux de pénétration de 92% de la population, selon les données reprises dans le document à partir de DataReportal. Environ 483 000 personnes, soit 8% de la population, restaient hors ligne. Dans le même temps, les connexions mobiles ont atteint 4,76 millions, l’équivalent de 81% de la population, tandis que les identités actives sur les réseaux sociaux ont progressé à 4,6 millions, soit 78% de la population, contre 4 millions auparavant. Les débits médians de téléchargement sur mobile sont passés de 30,2 Mbps au début de l’année à 43,9 Mbps à la fin de 2025, alors que les vitesses du haut débit fixe ont augmenté de 12,78 Mbps à 16,13 Mbps. TikTok s’est classé en tête avec 4,58 millions d’utilisateurs, devant Facebook avec 3,45 millions, YouTube avec 3,12 millions et Instagram avec 2,95 millions. L’usage des réseaux sociaux reste par ailleurs dominé par les hommes, qui représentent 60% du total.  

Pris ensemble, ces chiffres racontent une mutation importante. Dans un pays généralement analysé à travers la monnaie, les banques, les importations ou les risques géopolitiques, l’économie numérique progresse de façon beaucoup plus visible qu’on ne le dit souvent. Le taux de pénétration de 92% place désormais internet dans la catégorie des infrastructures de base de la vie quotidienne. Le téléphone mobile, les réseaux sociaux et l’accès en ligne ne sont plus des commodités réservées à une partie étroite de la population urbaine; ils forment un environnement d’usage quasi généralisé, même si cet environnement reste inégal selon les revenus, les territoires et la qualité des connexions.  

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Un marché presque saturé en accès, mais pas encore en qualité

L’indicateur de 92% est impressionnant parce qu’il laisse entrevoir un marché proche de la saturation en termes d’accès de base. Lorsqu’un pays approche un tel niveau, la question principale cesse progressivement d’être « combien de personnes sont connectées ? » pour devenir « dans quelles conditions se connectent-elles ? ». C’est là que le détail des vitesses prend toute son importance. Le débit mobile médian est passé de 30,2 Mbps à 43,9 Mbps en 2025, soit une progression de 13,7 Mbps ou, rapporté au point de départ, une hausse de 45,4%. Le débit fixe est passé de 12,78 Mbps à 16,13 Mbps, soit une progression de 3,35 Mbps, équivalente à une hausse de 26,2%.  

Ces gains ne sont pas anecdotiques. Une connexion mobile proche de 44 Mbps en médiane change la qualité d’usage des plateformes vidéo, des applications professionnelles, du commerce en ligne, des services bancaires mobiles et des outils éducatifs. Mais il faut aussi relever une limite évidente: même après progression, le fixe médian reste à 16,13 Mbps, un niveau qui ne traduit pas encore une infrastructure filaire très robuste. Le document parle d’amélioration des vitesses, et les chiffres le confirment. Il ne permet pas pour autant de conclure à une modernisation complète de l’infrastructure numérique.  

Autrement dit, le Liban progresse plus vite dans l’usage et dans l’amélioration marginale des réseaux que dans la transformation complète de son architecture de connectivité.

Les réseaux sociaux sont devenus un espace de masse

Le document fournit un autre chiffre décisif: 4,6 millions d’identités actives sur les réseaux sociaux à la fin de 2025, soit 78% de la population, contre 4 millions précédemment. La hausse est donc de 600 000 identités, ce qui représente une progression de 15% sur la période.  

Cette progression mérite d’être lue au-delà du simple usage récréatif. Dans un pays où les circuits institutionnels sont souvent fragmentés, les réseaux sociaux sont devenus simultanément des canaux d’information, des espaces de commerce, des outils de marketing, des plateformes de relation client, des vitrines pour les indépendants, et parfois des substituts à des médias ou à des services plus institutionnalisés. Le poids de TikTok, avec 4,58 millions d’utilisateurs, est particulièrement frappant. Il situe le Liban dans une logique de forte consommation de formats courts, visuels et fortement algorithmiques. Facebook, YouTube et Instagram conservent eux aussi des volumes considérables.  

Il faut ici faire une distinction importante. Le document parle d’« identités actives » sur les réseaux sociaux et non d’individus uniques. Cela signifie qu’il s’agit d’identités d’utilisateurs actives recensées par plateforme ou agrégat méthodologique, et non nécessairement d’un comptage direct de personnes physiques distinctes. Cette nuance n’affaiblit pas l’intérêt du chiffre, mais elle interdit les lectures naïves. Le niveau d’usage est massif; la mesure ne doit pas être interprétée comme une photographie démographique parfaite.  

Une domination masculine persistante des usages sociaux

Le document précise que l’usage des réseaux sociaux au Liban demeure à dominante masculine, avec 60% d’utilisateurs hommes. Cette information, en apparence secondaire, est en réalité très révélatrice. Elle indique que l’extension de l’espace numérique ne neutralise pas automatiquement les asymétries sociales. Même lorsqu’internet atteint 92% de pénétration, l’intensité, la visibilité ou la nature des usages peuvent rester marquées par des écarts de genre.  

Dans le contexte libanais, ce point résonne avec d’autres constats documentés sur la participation économique des femmes et sur les limites des cadres institutionnels qui soutiennent leur présence dans la vie active. Une société plus connectée ne devient pas automatiquement plus égalitaire. Les réseaux peuvent amplifier des opportunités, mais aussi reproduire des déséquilibres déjà installés.

L’analyse doit donc rester double. Oui, l’essor numérique ouvre des possibilités plus larges de travail indépendant, de visibilité, de vente en ligne et d’accès à l’information. Mais non, ces possibilités ne se distribuent pas mécaniquement de façon égale.

Le numérique comme levier d’adaptation dans une économie déséquilibrée

Le Liban offre un cas particulier: celui d’un pays où la digitalisation des usages progresse alors même que plusieurs piliers économiques classiques restent fragiles. Dans le même document, les importations sont données à 21,1 milliards de dollars en 2025, contre 3,6 milliards de dollars d’exportations, pour un déficit commercial de 17,4 milliards de dollars. Le texte précise aussi que l’inflation importée a été estimée à 5,4% et que la croissance réelle des importations a atteint 19,2%, signe d’un regain de demande en biens de consommation et d’investissement.  

Le rapprochement entre ces données n’est pas artificiel. Une société très connectée mais structurellement dépendante des importations peut utiliser le numérique comme levier de fluidité économique sans pour autant résoudre ses déséquilibres profonds. Internet facilite l’achat, la recherche d’information, les services, la publicité, le travail à distance, la comparaison des prix, l’accès aux diasporas et aux marchés régionaux. Mais il ne remplace ni une base productive solide, ni un système bancaire pleinement fonctionnel, ni une politique industrielle.

Le numérique peut donc compenser partiellement certaines faiblesses de l’économie libanaise, mais il ne constitue pas à lui seul un modèle de redressement.

La progression des débits améliore l’environnement des services

L’évolution des vitesses mérite un regard spécifique, car elle touche directement la productivité de nombreuses activités. Un débit mobile médian passant à 43,9 Mbps et un débit fixe à 16,13 Mbps créent de meilleures conditions pour la visioconférence, les paiements numériques, les services à la demande, l’enseignement hybride, la télémédecine légère, la diffusion vidéo, la gestion des stocks, les outils de marketing et les échanges documentaires en ligne.  

Dans une économie tertiaire comme celle du Liban, où les services occupent une place déterminante, cette amélioration de l’environnement numérique est potentiellement plus importante que ne le suggère le chiffre brut. Elle peut réduire des coûts de transaction, faire gagner du temps, soutenir des micro-entreprises et accroître la capacité d’interaction entre entreprises et clients.

Mais là encore, la prudence s’impose. Le document évoque des vitesses médianes, pas des garanties homogènes de service. Les médianes progressent, ce qui est positif, mais elles n’informent ni sur la régularité du réseau, ni sur les coupures, ni sur la qualité territoriale fine de l’accès, ni sur le coût relatif pour les ménages. Le progrès est factuel; la qualité systémique complète ne peut pas être déduite des seules médianes.

Tableau de synthèse des principaux indicateurs numériques en 2025

IndicateurNiveau 2025Niveau antérieur indiquéVariation
Utilisateurs d’internet5,4 millions92% de pénétration
Population hors ligne483 0008% de la population
Connexions mobiles4,76 millions81% de la population
Identités actives sur les réseaux sociaux4,6 millions4,0 millions+15,0%
Part masculine des usages sociaux60%domination masculine maintenue
Débit mobile médian43,9 Mbps30,2 Mbps+45,4%
Débit fixe médian16,13 Mbps12,78 Mbps+26,2%
TikTok4,58 millions1er réseau cité
Facebook3,45 millions2e réseau cité
YouTube3,12 millions3e réseau cité
Instagram2,95 millions4e réseau cité

Source: données DataReportal reprises dans le document.  

Ce tableau fait ressortir trois idées. La première est celle d’une forte diffusion de l’accès. La deuxième est celle d’un élargissement rapide des usages sociaux. La troisième est celle d’une amélioration technique réelle, surtout sur mobile. L’ensemble dessine une société plus numérisée dans ses pratiques quotidiennes.

La domination de TikTok dit quelque chose de la culture numérique locale

La hiérarchie des plateformes n’est pas neutre. TikTok arrive en tête avec 4,58 millions d’utilisateurs, presque au niveau du total des identités sociales actives, devant Facebook, YouTube et Instagram. Cela suggère que l’économie de l’attention au Liban est désormais largement structurée par le format vidéo court, mobile-first, fondé sur la recommandation algorithmique.  

Pour les entreprises, ce basculement a des implications concrètes. Le marketing digital, la publicité locale, la visibilité des commerçants, la promotion de services, les campagnes politiques, les activités culturelles et même certains usages informationnels migrent de plus en plus vers des formats brefs et très concurrentiels. Cela ouvre de nouvelles possibilités à faible coût d’entrée, mais cela accroît aussi la dépendance à des plateformes internationales sur lesquelles les acteurs locaux ne contrôlent ni les règles, ni la distribution de l’audience, ni les changements d’algorithme.

L’essor numérique peut ainsi renforcer l’agilité des petits acteurs tout en les rendant plus dépendants de quelques écosystèmes privés mondiaux.

Un potentiel réel pour la diaspora, l’investissement et les services à distance

Le même document évoque l’activation de la diplomatie économique et l’engagement de la diaspora pour soutenir l’investissement, l’entrepreneuriat et les initiatives d’affaires. Il mentionne aussi la modernisation du mécanisme de guichet unique par l’automatisation des procédures de licences.  

Ce passage éclaire bien le sens stratégique du chiffre de 92% de pénétration internet. Une société massivement connectée est plus facilement mobilisable pour des démarches à distance, pour des investissements pilotés depuis l’étranger, pour la circulation d’information entre diaspora et marché local, pour la dématérialisation administrative et pour des services exportables en ligne. Le numérique ne remplace pas la gouvernance, mais il peut réduire certaines frictions entre institutions, investisseurs et usagers.

Une réserve s’impose néanmoins. Le potentiel numérique n’est utile économiquement que s’il rencontre des procédures fiables, une administration capable de suivre et un environnement réglementaire lisible. Sans cela, la connectivité reste un avantage diffus, pas une politique de développement.

Le numérique progresse dans un environnement régional et économique toujours tendu

Le contraste entre les données numériques et le reste du document est frappant. D’un côté, l’accès s’étend, les réseaux sociaux grossissent, les débits progressent. De l’autre, le même numéro évoque les tensions régionales, la nécessité de surveiller la capacité des réseaux télécoms face aux mouvements de déplacement de population, et des fragilités persistantes sur l’environnement économique général.  

Ce contraste n’est pas contradictoire. Il montre plutôt que la société libanaise continue de se numériser même en période d’incertitude. C’est un trait important du pays: les usages technologiques peuvent progresser malgré la faiblesse de plusieurs cadres macroéconomiques ou institutionnels. Cette capacité d’adaptation explique en partie pourquoi le numérique devient l’un des rares domaines où l’on observe des améliorations continues et quantifiables.

Mais cela invite aussi à la prudence. Une progression numérique dans un pays sous tension n’est pas forcément synonyme de modernisation institutionnelle complète. Elle peut aussi être une réponse adaptative d’une société qui contourne, compense ou absorbe des défaillances plus larges.

Ce que disent vraiment les 92%

Le chiffre de 92% ne signifie pas que le Liban a résolu sa question numérique. Il signifie qu’une très large majorité de la population se trouve désormais dans l’univers internet. C’est considérable. Cela ouvre des opportunités de productivité, d’information, de commerce, de services et de liens avec la diaspora. La hausse des vitesses et l’explosion des usages sociaux le confirment. Mais ce même chiffre ne dit rien, à lui seul, sur la capacité du pays à convertir cette connectivité en croissance plus inclusive, en modernisation administrative ou en réduction des inégalités d’usage.  

L’enseignement le plus juste est donc celui d’une avancée réelle, mais incomplète. Le Liban de 2025 est très connecté, socialement très exposé aux plateformes, et techniquement mieux équipé qu’au début de l’année. Il reste à savoir si cette numérisation croissante servira surtout à consommer, communiquer et contourner les défaillances, ou si elle pourra aussi soutenir une transformation économique plus profonde.

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Newsdesk Libnanews
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