Pour la première fois en 30 mois, les euro-obligations souveraines du Liban ont dépassé le seuil des 10 cents. Cette évolution survient dans un contexte économique et politique marqué par des pressions internationales croissantes et un vide présidentiel prolongé. Alors que le Parlement libanais a fixé au 9 janvier une session cruciale pour élire un président, le marché des capitaux libanais montre des signes de redressement prudent, soutenu par des prévisions optimistes sur la reprise des valeurs obligatoires. Selon les estimations récentes de Goldman Sachs, la valeur de récupération des obligations pourrait atteindre 25 cents, un niveau bien supérieur aux 15 cents anticipés par les banques internationales auparavant. Cette révision reflète une amélioration des perspectives à long terme, bien que les incertitudes politiques continuent de peser sur les investisseurs.
Réserves en devises et dynamique du marché
Malgré cette avancée, le contexte reste tendu, notamment en raison de la diminution des réserves en devises étrangères de la Banque centrale du Liban (BDL). Durant la période d’octobre à novembre 2024, ces réserves ont été réduites de 515 millions de dollars, signalant une pression continue sur la liquidité du pays. Parallèlement, le taux de change sur le marché parallèle LP/USD a connu de légères variations, oscillant entre 89 600 et 89 700 livres libanaises pour un dollar. Cette volatilité du taux de change reflète les défis structurels auxquels le Liban est confronté, alors que les autorités peinent à stabiliser la monnaie et à restaurer la confiance des marchés. Les investisseurs restent prudents, surveillant de près les évolutions politiques et les discussions parlementaires sur les réformes économiques.
Le marché obligataire : entre reprise et incertitudes
La hausse des prix des euro-obligations, bien qu’encourageante, s’inscrit dans un contexte où les investisseurs évaluent encore les risques de défaut et les perspectives de restructuration de la dette. Depuis la mi-mai 2022, les obligations libanaises se négociaient bien en dessous des 10 cents, reflétant des doutes sur la capacité du pays à parvenir à un consensus politique sur les réformes nécessaires. Cependant, le franchissement du seuil des 10 cents pourrait indiquer un tournant symbolique. Il signale une reprise progressive de la confiance des investisseurs, malgré les tensions persistantes. Ce mouvement a été renforcé par les récentes estimations de Goldman Sachs, qui soulignent une perspective de récupération plus favorable des valeurs obligataires. Ces estimations restent néanmoins conditionnées à des progrès tangibles sur le plan politique et économique.
Performance des marchés actions et indices boursiers
En parallèle, le marché boursier libanais continue de montrer des signes de fragilité. L’indice des prix de la Bourse de Beyrouth (BSE) a reculé de 1,2 % cette semaine, principalement en raison de la baisse des actions de Solidere, un acteur clé du secteur immobilier. Solidere, souvent considéré comme un baromètre de la confiance économique au Liban, a subi des pressions à la baisse, reflétant les incertitudes généralisées sur les perspectives de reprise économique. Malgré cela, le volume total des échanges sur le marché boursier a plus que doublé en une semaine, atteignant 25 millions de dollars. Ce chiffre illustre un regain d’activité, bien que les investisseurs restent majoritairement prudents face aux risques systémiques.
Les perspectives à court et moyen termes
Le franchissement du seuil des 10 cents pour les euro-obligations libanaises marque un développement significatif, mais il reste insuffisant pour inverser les tendances économiques sous-jacentes. La réduction continue des réserves en devises de la BDL et les tensions sur le marché des changes reflètent les défis persistants auxquels le Liban est confronté. Par ailleurs, les incertitudes politiques, notamment liées à l’élection présidentielle et à l’absence de consensus parlementaire, continuent de peser sur les perspectives de reprise. Pour renforcer la confiance des investisseurs et stabiliser les marchés, des réformes économiques et financières décisives seront nécessaires. Cela inclut la restructuration de la dette, la stabilisation de la monnaie et la mise en œuvre de politiques favorisant une reprise durable. Dans ce contexte, les développements à venir sur le plan politique joueront un rôle clé dans l’orientation future des marchés libanais. En conclusion, si la percée des euro-obligations au-delà de 10 cents offre une lueur d’espoir, elle ne doit pas masquer les défis profonds auxquels le Liban reste confronté. Seule une action concertée sur les fronts politique et économique permettra de traduire ces progrès symboliques en une reprise durable et inclusive.



